Un haut-fourneau déjà sous tension


Sidérurgie Le sauvetage n’a tenu qu’à un fil… et pourrait être fragilisé

La « mise sous cocon » a sauvé le haut-fourneau 6.

Mais l’accord sur les quotas de C02 est déjà remis en question.

Enfin ! En dépit de soubresauts de dernière minute, le haut-fourneau de Seraing (HF6) sera « inauguré » ce mercredi après-midi. Inutile de dire qu’à Liège, on revient de loin. D’autant plus loin d’ailleurs que rien n’aurait été possible sans un accord, passé pour symbolique à l’époque, qui a permis la « mise sous cocon » du haut-fourneau relancé aujourd’hui.

Annoncée le 24 janvier 2003, la fermeture de la phase à chaud liégeoise fut durement négociée entre la direction d’Arcelor et les organisations syndicales. Celui-ci portait sur une fermeture en deux temps : le HF6 de Seraing à la mi-2005 et la totalité des outils en 2009. « Si le HF6 n’a pas été démonté en 2005 et si on peut donc le relancer aujourd’hui, c’est parce que nous avons négocié sa mise sous cocon », rappelle Jean Potier, président des métallos FGTB à l’époque, qui avait affronté Arcelor avec son alter ego de la CSC, Paul Liakos. « Nous l’avions exigé pour deux raisons. Pour éviter que jusqu’à sa fermeture, la phase à chaud ne soit dépendante que du seul haut-fourneau survivant, à Ougrée, qui aurait pu « tomber en panne » et précipiter le chaos. Mais aussi parce que, si un hypothétique repreneur se présentait, il fallait qu’il puisse faire tourner les outils de manière rentable, avec deux hauts-fourneaux. »

Or, c’est ce qui s’est produit ! En reprenant la totalité d’Arcelor il y a deux ans, Lakshmi Mittal s’est laissé convaincre que la relance du haut-fourneau de Seraing lui permettrait de répondre à la demande croissante d’acier en prolongeant la totalité de la phase à chaud liégeoise au-delà de 2009. Du moins si aucun couac de dernière minute ne vient mettre à mal tout l’édifice.

Patatras ? Alors que l’on pensait la question des quotas de CO2 résolue depuis trois semaines, il apparaît que la Commission européenne ne s’accorde pas avec la technique de comptabilisation imaginée par la Région wallonne via sa réserve de capacité. C’est le sens d’un courrier de la DG Environnement aux autorités wallonnes dans le cadre de la révision du plan national d’allocation des quotas aux 300 entreprises les plus polluantes de Belgique. Selon l’argumentation européenne, seul le recours… à la réserve de quotas flamande permettrait de contourner l’obstacle. Simplement parce que la Flandre avait prévu dès l’amorce de ce plan une telle réserve contrairement à la Wallonie.

« Pas acceptable »

« Ce n’est pas acceptable que l’on ne puisse pas avoir un système équivalent à celui de la Flandre, objecte le ministre de l’Environnement Benoît Lutgen, en charge de ce dossier. L’essentiel est acquis : la Région wallonne remplira ses objectifs de réduction d’émission via l’accord fédéral de début février. Le Commissaire européen Stavros Dimas avait marqué un feu vert officieux avec la procédure proposée lors de nos consultations préalables. Cette volte-face d’un fonctionnaire est étrange. »

C’est dit : la Région wallonne ne changera pas son fusil d’épaule dans le cadre du plan belge d’allocation des quotas de CO2. Ce plan, qui revoit les émissions des entreprises à la baisse (- 7,6 %), doit être envoyé à la Commission avant ce vendredi. « Si la Commission maintient cet avis, nous irons jusqu’au bout en faisant valoir que la Grande-Bretagne a opéré de la même manière que nous et a eu gain de cause, affirme Benoît Lutgen. La Commission veut-elle pénaliser ceux qui sont les plus performants en termes de réduction des émissions industrielles ? »

BENOIT JULY, CHRISTOPHE SCHOUNE

Cette entrée a été publiée dans Economie, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.