Marilyn Monroe, une nuit sans retour


Cinéma Sortie du livre « Marilyn, le dernier secret »

William Reymond raconte les derniers jours de l’icône. Et prouve que Marilyn ne s’est pas suicidée.

entretien

Paris

De notre envoyé spécial

La lecture de Marilyn, le dernier secret, du journaliste d’investigation William Reymond (Coca Cola, l’enquête interdite, Toxic) procure le même sentiment que celle de L’affaire du Dahlia Noir, de l’ancien détective du LAPD Steve Hodel. Autant ce dernier démontre, en reprenant l’enquête à zéro, que son propre père a assassiné Betty Short, autant William Reymond prouve, arguments à l’appui que non, Marilyn Monroe ne s’est pas suicidée et que non, Bob Kennedy n’était pas dans la maison de l’actrice cette fameuse nuit du 4 au 5 août 1962. Soit deux des (multiples) hypothèses qui entourent la mort de l’actrice. Au terme d’une enquête de près de trois ans et à travers des entretiens inédits, le journaliste français – Reymond vit aux Etats-Unis depuis sept ans – remonte à la source de l’information et élimine, de page en page, les sources qui ont « pollué » ce dossier sensible depuis plus de 45 ans.

Pourquoi personne n’avait encore jamais écrit un livre comme le vôtre en s’attardant uniquement sur les faits qui précèdent et entourent le décès de Marilyn Monroe ?

Parce que, très souvent, les livres qui ont été écrits sur le sujet partent d’un a priori et défendent cet a priori jusqu’au bout, quel qu’il soit. A la limite, parfois, d’une certaine malhonnêteté intellectuelle comme je le présente dans le livre. Soit vous avez des bouquins qui, d’entrée, ont décidé que Marilyn a été assassinée et pour des raisons, souvent économiques, ont décidé de mettre les Kennedy dans tout ça. Soit ce sont des livres qui décident de défendre la thèse du suicide et qui, du coup, écartent tout ce qui est gênant.

On a le sentiment, puisque vous êtes Français, que les Américains se complaisaient dans la mythologie Monroe…

Exactement. Depuis dix ou quinze ans, ce qui fonctionne énormément aux Etats-Unis, c’est le déboulonnage de la statue Kennedy. Donc, forcément, ce qui a été écrit récemment sur Marilyn a été écrit sur ce prisme-là parce que financièrement, c’est intéressant pour un éditeur. Norman Mailer a d’ailleurs avoué avoir romancé la biographie de Marilyn pour payer ses impôts (NDLR : L’auteur accréditait la thèse d’un complot du FBI et de la CIA afin d’accumuler des preuves contre les Kennedy). Le grand public, dans son ensemble, préfère les belles histoires à la vérité. Donc, la belle histoire, c’est John et Marilyn. Parce qu’on touche aux étoiles et au mythe. C’est très difficile de lutter contre cela.

Concrètement comment avez-vous opéré ?

J’ai commencé par poser des questions sur des forums sur le Net. On a dit, par exemple, qu’elle avait été assassinée par Robert Kennedy. La preuve ? Elle avait son carnet rouge et elle le harcelait au téléphone. Il fallait vérifier aussi des éléments de l’autopsie. À partir de là, j’ai établi une liste de questions sur laquelle je devais absolument me pencher, pour y répondre.

Comment faire le tri parmi les centaines d’ouvrages consacrés à Monroe ?

On se rend compte qu’il y a quatre ou cinq ouvrages qui sortent du lot. Ma première lecture a été la lecture des notes de bas de pages. Et à travers ces notes, on constate qu’il est très difficile de remonter à la source. Et plus c’est compliqué, plus c’est suspect.

Pourquoi ?

Parce qu’on assiste à un recyclage de l’information. On cite énormément, par exemple, un documentaire réalisé dans les années nonante de la BBC. C’est intéressant sauf que les informations se trouvaient dans des livres d’un théoricien de la conspiration. La BBC avait interrogé des gens sur une source erronée à la base. À savoir ce fasciste de Staten Island contrôlé par le FBI et plongé dans une guerre de manipulation.

Finalement, vous prouvez que c’est un lavement à base de Nembutal sous forme liquide qui est la cause du décès. C’est loin d’être une mort glamour…

On ne peut pas imaginer Marilyn mourir dans ces conditions. C’est pour cela que la majorité de l’opinion publique ne peut pas croire, à raison mais pour de mauvais motifs, à la thèse de la mort naturelle. On a du mal à penser que des personnalités extraordinaires, Lady Diana est un autre exemple, peuvent avoir une mort stupide.

Vous laissez, malgré tout, ouverte la porte du meurtre perpétré par son médecin personnel avec lequel la star était en conflit…

Je n’ai pas la réponse. Le docteur Greenson était extrêmement possessif avec Marilyn. Et s’il reste un dernier mystère, c’est presque tant mieux.

Pourquoi Marilyn fascine-t-elle encore aujourd’hui ?

Marilyn était un personnage extrêmement populaire, et elle est morte inopinément. Dans notre imaginaire, elle ne vieillira jamais. Ensuite, elle était liée aux Kennedy, qui ont eu une mort tragique. Hollywood essaie de cultiver en permanence la nouvelle Marilyn. Il y a quelques jours encore, la starlette Lindsay Lohan posait en refaisant cliché par cliché la dernière séance nue de Marylin avec Leon Berstein. Sur Google news, c’est le deuxième sujet le plus consulté par les Américains après la campagne électorale. USA Today vient d’élire la photo de Marilyn sur la bouche de métro comme la plus iconographique du cinéma du XXe siècle.

William Reymond, Marilyn, Le dernier secret, 490 p., 22 euros (Flammarion).

PHILIPPE MANCHE

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