Des enfants livrés à l’enfer ?


Grande-Bretagne Une affaire sordide secoue l’île de Jersey

L’ancien orphelinat s’appelle Haut de la Garenne. Des enfants y auraient été torturés, abusés. L’affaire glace le sang.

On voudrait évoquer Charles Dickens et l’Angleterre victorienne de la Révolution industrielle, broyeuse d’hommes et d’enfants. Ou les Ténardier de Victor Hugo. Mais le drame qui s’est déroulé sur l’île anglo-normande de Jersey renvoie à des événements qui n’ont rien de littéraire. La question vient à l’esprit : les Britanniques s’apprêtent-ils à connaître leur affaire Julie et Melissa, même s’il n’est pas question ici d’enlèvement ? 160 personnes sont susceptibles d’être concernées.

Depuis qu’un crâne d’enfant a été découvert voici une semaine dans un ancien orphelinat de l’île, la police enquête sur les lieux avec la terrible appréhension de découvrir lors de la percée d’un mur ou le creusement d’une tranchée d’autres ossements humains. Ils confirmeraient ce que tout le monde ici redoute : le Haut de la Garenne, cet ancien pensionnat transformé en foyer pour enfants en difficultés jusqu’en 1986, aurait été le décor de scènes de maltraitance et d’abus sexuels. Des mauvais traitements qui auraient peut-être coûté la vie à certains de ses pensionnaires.

Mais on n’en est pas là. Les nouveaux ossements qui ont été retrouvés il y a quelques jours pourraient bien être « des os d’animaux. L’examen des ossements se poursuit », déclare la police locale. Plusieurs objets « importants » auraient été également découverts dans une cave murée, mais leur nature n’aurait pas été révélée. Une « trappe » aurait été mise à jour. La presse britannique évoque pour sa part la découverte de chaînes, qui auraient servi lors de sévices sur les enfants. La présence d’une baignoire en béton a été en revanche démentie par la police.

L’affaire gagne en importance. La découverte de caves murées entretient le mystère et l’on attend beaucoup des douze enquêteurs, spécialistes des fouilles, qui doivent arriver sur l’île de samedi, afin de faciliter les travaux d’excavation.

Dans la région, les langues se délient. L’AFP a recueilli sur place des témoignages décrivant un univers digne de Cayenne. « C’était comme une prison », se remémore une femme, décrivant les tentatives d’évasion, inlassablement sanctionnées. Les punis étaient placés seuls dans une cellule « avec un banc et un pot » sans pouvoir parler à personne pendant plusieurs jours et étaient nourris « des rebuts » des repas des autres. De là, « on pouvait entendre les cris des enfants victimes d’abus ».

Une autre punition consistait à être enfermé seul dans une cave « dans le noir » pendant plusieurs heures, selon l’un de ces témoins.

Des accusations exagérées ?

Ces excès seraient toutefois purement imaginaires, selon d’autres témoignages. Un des anciens pensionnaires affirme que « beaucoup de ces accusations de mauvais traitements ont été exagérées ». Un couple, Tony et Morag Jordan, de Kirremiur en Ecosse, employé à l’orphelinat de 1971 à 1984, a aussi contesté les accusations, se disant prêt à coopérer avec la police.

En Angleterre, longtemps réputée dure avec ses enfants, Jersey fait figure de petit paradis. Fiscal bien sûr. Touristique aussi. Un havre de paix où l’insécurité est quasi inexistante. Pour protéger cette image de carte postale, l’île s’attelle à redorer son blason. Une réunion de crise entre professionnels de l’hôtellerie et du transport a eu lieu vendredi matin à l’office de tourisme de Saint-Hélier, afin de déterminer l’impact éventuel de l’affaire sur le secteur touristique. A Londres, les autorités tentent de relativiser l’affaire du Haut de la Garenne. La plus grande des îles anglo-normandes a accueilli l’an dernier près de 400.000 visiteurs, dont 80 % d’Anglais.

Depuis 2004, le Haut de Garenne est devenu une auberge de jeunesse. Les jours qui viennent pourraient bien lui valoir le surnom d’« auberge rouge » dans les tabloïds britanniques.

PASCAL MARTIN

Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.