Les Farc touchées au cœur

Colombie Après la mort de leur porte-parole, Raul Reyes

La disparition de Raul Reyes, abattu par l’armée colombienne samedi, inquiète les familles d’otages.

BOGOTA

de notre correspondante

Raul Reyes se croyait sans doute invincible. En trente ans de clandestinité dans la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), jamais les balles de l’armée ne l’avaient atteint. La mort l’a fauché samedi matin peu après minuit. Un projectile dans la tête et un dans le torse ont tué celui qui était devenu la voix officielle des Farc.

« Je veux faire savoir au pays que dans une opération conjointe de l’armée et de la police, le guérillero connu sous l’alias de Raul Reyes a été abattu », a annoncé dans la matinée le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos. Peu après, la photo du corps du commandant rebelle, vêtu d’un tee-shirt blanc à l’effigie du chef des Farc Manuel Marulanda, circulait sur internet.

Raul Reyes était l’un des hommes les plus recherchés du pays. Depuis plusieurs mois, les services secrets suivaient sa trace dans le département du Putumayo où il évoluait, entre la Colombie et l’Equateur frontalier. Après deux mois de silence, Raul Reyes a commis cette semaine une erreur fatale : un coup de fil passé depuis son téléphone satellitaire a permis de le localiser.

Selon les explications fournies par le ministère de la Défense, l’aviation colombienne aurait bombardé un campement sur le territoire colombien avant d’essuyer en riposte des tirs depuis l’Equateur. C’est dans ces combats que serait mort le combattant rebelle, dans le pays voisin, à 1.800 mètres de la frontière. Tentant de justifier l’incursion militaire, Juan Manuel Santos a affirmé qu’à aucun moment les avions de Bogota n’avaient violé l’espace aérien équatorien, et que, toute la nuit, le Président avait suivi pas à pas l’offensive et appelé son homologue Correa.

Des explications qui n’ont apparemment pas suffi à Quito, qui a rappelé dans la journée son ambassadeur pour « consultation ». Depuis plusieurs mois, la présence de la guérilla dans la région oppose les deux pays. Le chef rebelle se croyait sans doute à l’abri de l’autre côté de la frontière. « J’assume pleinement ces événements », a assuré Alvaro Uribe.

Une victoire qui marquera sans doute un virage dans le conflit colombien. Jamais, en 44 ans d’existence, la guérilla n’avait subi un tel revers. Reyes était considéré par l’armée comme le nº 2 de l’organisation. Il était l’un des sept membres du secrétariat des Farc, le commandement central du groupe armé, et l’ami le plus proche de Manuel Marulanda. C’était surtout la tête visible des Farc dont il était le porte-parole.

Les conséquences de sa mort pour les otages sont incalculables. Reyes servait de contact aux émissaires français, suisses et colombiens sur le dossier Betancourt. Il avait reçu dans la jungle la sénatrice colombienne Piedad Cordoba au début du processus qui a permis la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzalez et, la semaine dernière, de quatre anciens parlementaires.

« Cette mort pourrait durcir la position de la guérilla et annuler les efforts de ces dernières semaines pour les otages », expliquait dimanche à Bogota Lazaro Vivero, ancien négociateur du gouvernement. « Personne n’ignore l’importance de Raul Rayes pour les Farc. Elles pourraient réagir en fermant toute possibilité de négocier tant que le président Alvaro Uribe sera au pouvoir. » Les familles comme celle d’Ingrid Betancourt se disaient « très inquiètes » de la situation militaire, alors que le président vénézuélien Hugo Chavez ordonnait à l’armée de déplacer dix bataillons à la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

D’autres au contraire jugeaient que ce coup pouvait accélérer les choses. « Les rebelles savent aujourd’hui qu’ils finiront tous comme ça s’ils ne négocient pas », avançait Camilo Gomez, ex-commissaire à la paix. À moins que, comme l’affirmait hier l’ancien otage Orlando Beltran relâché cette semaine, cette attaque ne change pas fondamentalement les choses. « J’ai appris à leur contact que quand quelqu’un meurt, ils l’enterrent, le remplacent et continuent », assurait-il à Caracas.

CHRISTINE RENAUDAT

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