Jules Verne vers les étoiles


Espace Le premier ravitailleur européen de l’ISS décolle dimanche

Le nouveau camion européen de l’espace prend son envol. L’ATV est un concentré de technologies.

KOUROU

De notre envoyé spécial

Dimanche, vers 1 h du matin (5 h à Bruxelles) une puissante Ariane 5 doit décoller de Kourou, le port spatial de l’Europe implanté en Guyane française. Dans sa coiffe, le dernier bijou technologique européen, l’ATV (Automated transfert vehicle). Ce gros module intelligent, dont le premier exemplaire a été baptisé Jules Verne par l’Agence spatiale européenne (ESA) et ses partenaires, dont le Cnes (l’Agence spatiale française), est un concentré de technologies de pointe.

« Il s’agit d’un vaisseau ravitailleur pour la station spatiale internationale qui est quasi totalement autonome, explique Jean-François Clervoy, astronaute européen qui a supervisé le développement de l’ATV. Il réalisera son approche de même que son arrimage à l’ISS en mode automatique. Par rapport aux autres vaisseaux ravitailleurs, l’ATV dispose d’une capacité nettement plus importante. »

L’ATV est un long cylindre de 10,3 m de long sur 4,5 m de diamètre. Pour sa première mission, il affichera une masse au décollage de 19,4 tonnes dont 7 de fret. Suivant les missions qui lui seront dévolues (cinq ATV sont aujourd’hui programmés pour desservir l’ISS tous les 17 mois environ), ce vaisseau pourra emporter jusqu’à 840 kilos d’eau potable, 100 kilos d’air, d’oxygène ou d’azote pour la station, 840 kilos de carburant pour son système de propulsion, 4.500 kg de charge utile, et 4.700 kg de carburant pour son propre système de contrôle d’altitude et d’orbite.

L’ATV est constitué de deux modules principaux : un module de service (instrumentation) et un module de fret. Il est équipé de quatre panneaux solaires d’une envergure totale de 22 m.

Il doit rejoindre l’ISS en dix jours. Pour cette première mission, Jules Verne mettra toutefois trois semaines à rejoindre la station spatiale. En chemin, il se livrera à deux exercices d’approche simulés. De quoi démontrer ses capacités, et celles de son centre de contrôle situé à Toulouse, à faire face à toutes les situations.

Une fois arrimé à l’ISS, l’ATV en deviendra pour six mois un module pressurisé à part entière, offrant un surcroît de 48 mètres cubes d’espace vital à l’équipage en orbite. Avec son propre carburant et ses moteurs, il pourra aussi rehausser l’orbite de l’ISS de quelque 30 km d’altitude. Un atout non négligeable quand on sait que d’ici 2010, les navettes américaines, qui sont jusqu’à présent chargées de remonter régulièrement l’ISS sur son orbite, seront retirées du service.

Au terme de sa mission, l’ATV sera chargé de déchets de l’ISS et expédié vers la Terre où il brûlera dans les hautes couches de l’atmosphère, au-dessus de l’océan Pacifique. Parmi les nouvelles technologies dont a été doté l’ATV, on pointera tout particulièrement son système entièrement automatique d’approche et d’arrimage via le module russe Zvezda.

Mille impulsions à la seconde

Les derniers mètres qui séparent l’ATV de la Station seront comblés grâce à l’utilisation combinée de deux systèmes de mesure haute précision. Le premier est constitué de deux vidéomètres (les « yeux » de l’ATV) qui lui permettent de s’amarrer avec une précision de l’ordre du centimètre. Ces vidéomètres fonctionnent sur base d’un rayon laser qui se réfléchit sur les cibles installées sur l’ISS et d’un analyseur de l’image du rayon réfléchi.

Ils sont complétés par des télégoniomètres qui envoient un millier d’impulsions laser à la seconde vers la station. Connaissant la vitesse de propagation de l’onde lumineuse, le calculateur de bord de l’ATV obtient la distance exacte séparant les deux vaisseaux et peut en conséquence régler son approche.

CHRISTIAN DU BRULLE

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