La droite limite la casse

France Ce dimanche est un avertissement pour le deuxième tour des municipales

Pas de raz de marée rose. Mais une poussée de la gauche.
La droite rechigne à parler de « vote sanction ».

PARIS

De notre envoyée permanente

La claque n’est pas spectaculaire. Mais l’avertissement est clair. Au premier tour des élections municipales, ce dimanche, la gauche vire en tête.

Au niveau national, le rapport de forces s’établit nettement en faveur de cette dernière. Elle obtient 47,94 % contre 40 % pour la droite, 4,5 % pour le Modem et 2 % pour le Front national, selon les premières estimations.

Les maires de gauche, à l’instar de celui de Paris Bertrand Delanoë, sont confortés, et certains élus de droite, comme à Rouen et Laval, sont renversés dès le premier tour. Le Parti socialiste manque de peu la victoire au premier tour à Lyon où le maire sortant Gérard Collomb devance très largement son adversaire de droite, l’ancien ministre Dominique Perben, et à Lille, où Martine Aubry frôle elle aussi la réélection dès le premier tour. Le PS vire aussi en tête à Strasbourg et à Pau où sa liste devance celle du centriste François Bayrou. Autant de revers pour la droite qui se console en rempilant dès le premier tour à Bordeaux avec Alain Juppé, triomphalement réélu avec 56 % des voix et en résistant à Marseille où le maire UMP sortant Jean-Claude Gaudin reste au coude à coude avec son adversaire socialiste Jean-Noël Guérini, et à Toulouse où l’actuel maire de droite Jean-Luc Moudenc joue une partie très serrée face à son challenger PS Pierre Cohen.

Dix mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, l’opposition espérait adresser un avertissement au chef de l’Etat.« Mission accomplie », semble déjà se réjouir le Parti socialiste. Au diapason, le premier secrétaire François Hollande et l’ancienne candidate à la présidentielle Ségolène Royal croient voir un vote sanction. « La volonté d’avertir le gouvernement s’est exprimée contre la politique menée, notamment sur le pouvoir d’achat », estime le premier. « J’ai parcouru la France et j’ai vu les désillusions. C’est toute la colère qui s’est exprimée », juge la seconde.

Un triomphalisme prématuré ? La droite reconnaissait dimanche soir que les résultats n’étaient « naturellement pas bons », selon les mots du secrétaire général de l’UMP Patrick Devedjian. Mais elle rechignait à reconnaître un vote sanction. Le premier ministre François Fillon a très vite relativisé. « Les chiffres sont plus équilibrés que ceux qu’on nous avait annoncés », a-t-il réagi. En recadrant surtout la nature de l’enjeu : un scrutin avant tout local, selon lui. « J’invite les électeurs à penser surtout la semaine prochaine à l’intérêt de leur commune. Je vois bien que les responsables de l’opposition voudraient exacerber le clivage. Mais il ne faut pas se tromper d’élection : les choix nationaux ont été tranchés en 2007 ».

Avec une participation moyenne (69 %), comparable aux précédentes élections municipales mais évidemment en net retrait par rapport aux présidentielles, les abstentionnistes vont faire l’objet de toutes les attentions pendant cette semaine. La gauche appelle à « amplifier le mouvement » et la droite à se déplacer massivement pour « corriger le tir ».

Car rien, il est vrai, n’est encore joué. La gauche voudrait gagner une trentaine de grandes villes. La droite, jusqu’à ce week-end, espérait encore en conquérir une quinzaine. Cette dernière a plus à perdre que la gauche : aux dernières municipales de 2001, elle avait conquis une quarantaine de grandes villes. Une « vague bleue » qui avait alors été éclipsée par les succès spectaculaires de la gauche à Paris et à Lyon.

A l’Elysée, hier soir, silence assourdissant. Nicolas Sarkozy ne devrait pas s’exprimer sur les résultats de ce premier tour avant mardi, à l’occasion d’un déplacement sur le terrain. Une manière, une fois encore, de se détacher de ce scrutin ? Le président, ces deux derniers mois, s’est soigneusement tenu à l’écart de la campagne. Un revirement spectaculaire : début janvier, quand sa cote de popularité n’avait pas encore dégringolé, il laissait encore entendre qu’il pourrait personnellement se jeter dans la bataille. « Ces élections sont évidemment politiques », tranchait-il comme pour reconnaître un évident retentissement national.

Préférant finalement jouer la discrétion Nicolas Sarkozy a laissé monter François Fillon en première ligne. Le premier ministre, dont la courbe de popularité, ces deux derniers mois, est inversement proportionnelle à celle du Président a multiplié les déplacements pour soutenir des candidats. L’issue du vote le fragilisera ou le renforcera à Matignon.

Quel que soit le résultat du second tour, dimanche prochain, Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà exclu de changer le cap de sa politique. Et prévenu qu’il n’y aurait pas de remaniement spectaculaire du gouvernement, mais sans doute seulement un ajustement. Mais qu’il le veuille ou non, si la poussée de la gauche devait se confirmer la semaine prochaine, il aurait les coudées moins franches pour poursuivre ses réformes…

JOELLE MESKENS

LE PORTFOLIO : les élections municipales

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