Zapatero : la victoire de l’optimisme

Espagne Jadis jugé trop tendre, l’ex-outsider socialiste a pris une belle revanche

Réélu, le socialiste s’est transformé en icône de la gauche espagnole, grâce à son pragmatisme et sa sérénité.

PORTRAIT

MADRID

DE NOTRE CORRESPONDANT

Dimanche soir, son apparition devant le siège du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) à Madrid a déclenché des scènes de liesse. Il était un peu plus de 23 heures et les résultats officiels venaient confirmer ce que les sondages annonçaient depuis le début de la soirée : la victoire des socialistes de José Luis Rodriguez Zapatero aux élections législatives. Face à l’enthousiasme des militants, Zapatero est apparu souriant, serein. Fidèle à lui-même.

Il devait aussi être soulagé. Les 45 % des votes obtenus par son parti valident les quatre années qu’il vient de passer à la tête de l’exécutif espagnol. Ils démontrent surtout que son élection en mars 2004, trois jours après les meurtriers attentats islamistes de la gare Atocha de Madrid, n’est finalement pas un accident, ni une parenthèse due aux circonstances exceptionnelles de ce précédent scrutin comme l’ont insinué depuis ce jour-là les dirigeants du Parti populaire et les principaux médias proches de cette force d’opposition.

« Zétapé » – le surnom dont l’ont affublé les Espagnols – a souffert de ce manque de légitimité. Lui a toujours assuré que son parti aurait gagné dans tous les cas en 2004, avec ou sans les attentats. Rien n’est moins sûr.

Quand il se présente face à Mariano Rajoy il y a quatre ans, il est complètement inconnu sur la scène internationale. Il est pourtant le leader de l’opposition socialiste au gouvernement de José Maria Aznar depuis l’an 2000. Il est aussi le secrétaire général du PSOE, une formation qu’il récupère la même année, après la déroute électorale qui a vu le Parti populaire d’Aznar remporter la majorité absolue.

Quand il présente sa candidature au poste de secrétaire général, il n’est qu’un jeune outsider de 39 ans n’ayant jamais participé à un gouvernement. Face à lui, les caciques du parti emmenés par l’ex-ministre José Bono ne lui donnent que peu de chance. Un discours va tout changer.

En juillet 2000, lors du 35e Congrès du PSOE, il harangue les responsables socialistes, encore sous le coût de l’échec électoral : « Nous n’allons pas si mal. Nous avons encore beaucoup d’appui, nous dirigeons des mairies. Et nous allons aller de mieux en mieux. » Dans la morosité ambiante, l’optimisme de Zapatero surprend et séduit. Il est finalement élu secrétaire général du PSOE, pour y imposer sa « nouvelle voie ».

Huit ans après, José Luis Rodriguez Zapatero s’est transformé en modèle pour toute la gauche européenne. On le sollicite pour venir soutenir les candidats de gauche dans les autres pays, comme l’année dernière lors des élections présidentielles en France où il s’était affiché au côté de Ségolène Royal, que ses supporters avaient surnommée « Zapatera », signe de l’image positive du chef du gouvernement espagnol en dehors des frontières.

Elle l’est aussi à l’intérieur de la péninsule. Alors que le PSOE est en minorité au Parlement entre 2000 et 2004, Zapatero promeut une opposition « constructive » selon ses termes, sans hésiter à appuyer les conservateurs au pouvoir sur les grands dossiers. Cela lui vaut d’être raillé par les membres du PP et certains dirigeants de son parti, qui l’appellent alors « Bambi ».

Quand il arrive au gouvernement en 2004, les mêmes lui prédisent un échec majeur. Zapatero n’en a que faire. Il ne doute pas de ses capacités à gouverner. Elégant, un regard profond, l’homme possède aussi un optimisme à toute épreuve et une grande confiance en soi. Il engage la société espagnole dans une phase de modernisation.

En quatre ans, il fait voter des lois sur la parité, sur l’aide aux personnes âgées et dépendantes et contre les violences domestiques. Son gouvernement légalise le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, facilite les procédures de divorce et d’avortement. Sur le plan international, « Zétapé » n’hésite pas à tourner le dos aux Etats-Unis en retirant les soldats espagnols mobilisés en Irak.

En politique intérieure, il lance une grande réforme du statut de six régions autonomes, dont l’Andalousie et la Catalogne. Cette politique territoriale divise l’opinion publique et est violemment attaquée par l’opposition, tout comme sa vision de la lutte antiterroriste. Le chef du gouvernement veut en finir avec la violence terroriste d’ETA et entreprend des négociations avec la bande terroriste. C’est l’échec majeur de législature : l’ETA rompt la trêve en décembre 2006, et a encore tué la semaine dernière au Pays Basque.

Les Espagnols ne lui en ont pas tenu rigueur, en lui octroyant une nouvelle victoire par les urnes avant-hier. Zapatero se prépare donc à gouverner quatre années supplémentaires. Il devrait annoncer la composition de son gouvernement dans les prochains jours. Un gouvernement qui aura comme premier objectif la lutte contre la détérioration économique de l’Espagne, marquée par une augmentation du chômage et de l’inflation au cours de ces derniers mois. « Zétapé » a assuré dimanche soir devant les militants qu’il assumerait ces nouveaux défis « avec sérénité et optimisme ». Sans surprise.

GUILLAUME BONTOUX

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