Lhassa s’enflamme, Pékin l’étouffe

Un à deux morts, une douzaine de blessés, des véhicules et commerces incendiés : où va le Tibet ?

Alors que les Tibétains du monde entier protestent contre le régime chinois depuis ce lundi 10 mars, date anniversaire de l’exil indien du dalaï-lama, des manifestations probablement spontanées ont violemment dégénéré ce vendredi après-midi dans la vieille ville de Lhassa – le Barkhor – en particulier près des temples de Jokhang et de Ramoché. D’autres troubles ont éclaté dans des provinces voisines.

Les manifestations de Lhassa ont d’abord rassemblé des moines, auxquels se sont joints un nombre important de civils. De violents affrontements se sont ensuite produits entre forces de police et manifestants, plusieurs véhicules de police étant incendiés. Les forces chinoises se sont livrées à des tirs à balles réelles, sans qu’il soit certain que ces tirs aient été délibérément orientés vers la foule : le bilan de un ou deux morts n’est d ’ailleurs pas vérifiable. Les services de secours parlent de morts, mais surtout de blessés.

Le vieux quartier de Brakhor étant constitué de venelles commerçantes, des échoppes de non-Tibétains ont été incendiées, provoquant l’intervention des pompiers. C’est l’une des caractéristiques de ces émeutes : elles reflètent probablement une tension inédite entre les ethnies qui composent la vieille ville.

Les informations sont extrêmement limitées. Marc Liégeois, responsable du groupe de Liège de l’association Les Amis du Tibet, est l’un des rares à avoir reçu ce vendredi un double appel direct de Lhassa, faisant le point sur les développements de la journée. Les informations reçues par ce canal sont fiables puisqu’elles émanent d’un Tibétain autrefois réfugié en Inde, que M. Liégeois a rencontré il y a trois ans lors de cet exil indien et avec lequel il a conservé des contacts réguliers : « C’est tout à fait exceptionnel que je reçoive ces deux appels, note M. Liégeois. Apparemment les moines du monastère de Ramoché ont voulu sortir pour manifester et une voiture de police les en a empêchés. Ils ont mis le feu à cette voiture et cela a dégénéré. Mon contact me parle de milliers de personnes – peut-être cinq mille – dans les rues de Lhassa, incendiant des voitures de police, des magasins tenus par des Chinois. » Il y aurait parmi les manifestants, selon ce contact, davantage de civils que de moines, parmi lesquels des femmes et des enfants. « Il a vu au moins trois véhicules de police incendiés, et il a vu la police chinoise tirer, mais en l’air. » Apparemment, la révolte diffère des manifestations de 1989 dans la mesure où elle frapperait tout le Tibet : « Même dans ces

zones que les Chinois n’appellent pas le Tibet, remarque M. Liégeois, les anciennes provinces de Kham et Amdo, situées au nord-est et à l’est et qui ne font pas partie de la “région autonome du Tibet”, il y a eu des manifestations : on parle de 3.000 moines et civils qui ont manifesté autour du monastère de Labran, un des plus grands monastères situé au nord de l’Amdo. » Notons que les cybercafés du Tibet ont été fermés ce vendredi.

A Bruxelles, auprès de l’antenne européenne de l’International Campaign for Tibet, on n’a pas encore enregistré de témoignage direct, mais la riposte est claire : « Il faut que les gouvernements et l’Union européenne fassent des déclarations publiques sur ces évènements, note Vincent Metten, il ne faut pas que cela soit étouffé, confiné aux canaux diplomatiques. »

Notons que dimanche, de 11 h à 12 h 45, place Poelaert à Bruxelles, une grande manifestation de solidarité – avec bougies – est organisée par les cinq associations Communauté tibétaine de Belgique, Les Amis du Tibet, De Vrienden van Tibet, Tibetan Youth Congress et International Campaign for Tibet.

ALAIN LALLEMAND

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