Les quatre Belges ont été libérés, sains et saufs

Guatemala Des négociations ont eu lieu avec les ravisseurs, membres de la « Rencontre paysanne »

Les quatre touristes belges enlevés par un groupe de paysans au Guatemala ont été libérés samedi, et emmenés dimanche dans la capitale.

« Nous avons appris ce matin que les quatre touristes ont été libérés samedi, a annoncé dimanche le porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères, François Delhaye. Il semble qu’il n’y ait pas eu d’intervention de la police » – NDLR : à l’encontre de leurs ravisseurs, un groupe paysan s’appelant « Rencontre paysanne » (« Encuentro campesino » en espagnol), qui exigeait la libération d’un de ses chefs en échange de la libération des otages belges.

La libération des otages, originaires de la région gantoise, est intervenue « après des négociations », a-t-il expliqué sans fournir plus de précisions.

Enlevés au cours

d’une promenade en bateau

M. Delhaye a donné l’identité des touristes belges : Gabriel Van Huysse, 64 ans, Marie Paul Duboise, 62 ans, Eric Stofferis, 62 ans, et Jenny Belaen, 59 ans, et indiqué qu’ils avaient subi des examens médicaux dans un camp militaire à l’issue de leur libération.

Les touristes avaient été enlevés vendredi pendant qu’ils effectuaient une promenade en bateau sur le fleuve Dulce, à environ 250 kilomètres au nord-est de la capitale, Guatemala.

Le Premier ministre, Guy Verhofstadt, s’est réjoui, dimanche, de la libération des quatre touristes. Il a remercié les autorités guatémaltèques pour leur intervention rapide, a précisé son porte-parole.

Le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht s’était déjà réjoui de la libération des quatre Belges. Il avait félicité le gouvernement guatémaltèque pour son action, qui a permis une issue pacifique à la prise d’otage. Durant toute la crise, les services du ministère belge des Affaires étrangères étaient en contact permanent avec les autorités guatémaltèques.

Les quatre Belges sont arrivés dimanche dans la ville de Puerto Barrios, d’où ils devaient prendre un avion pour la capitale.

Ils étaient attendus dans le courant de la soirée par l’ambassadeur de Belgique au Costa Rica, la Belgique n’ayant pas d’ambassade au Guatemala.

Ils devaient passer la nuit dans un grand hôtel de la capitale guatémaltèque, où il était prévu qu’ils reçoivent la visite du vice-président Rafael Espada.

Les quatre touristes devraient regagner la Belgique en début de semaine. (afp, b)

Des paysans qui n’arrivent pas à faire valoir leurs droits

San Salvador

De notre correspondant

Les dizaines de paysans qui ont enlevé quatre touristes belges, vendredi dernier, ne sont pas inconnus des autorités. Leur groupe, « Rencontre paysanne », avait déjà en février pris en otage une trentaine de policiers, pendant un jour et demi, toujours dans cette région de Livingston.

Leurs revendications, depuis, n’ont pas changé : ils demandent des titres de propriété pour leurs terres et la libération de leur leader, Ramiro Choc, emprisonné depuis plusieurs semaines.

Ces conflits liés à la terre, au Guatemala, sont récurrents. Ce pays d’Amérique centrale, peuplé de 13 millions d’habitants, est en effet partagé entre d’énormes « fincas » agricoles appartenant à de riches Guatémaltèques qui marginalisent une grande partie des paysans. Une situation encore compliquée par la composition ethnique du Guatemala, où une myriade d’ethnies indiennes, d’origine maya, forme la moitié de la population.

Selon le dernier recensement (2003), deux pour cent des exploitations agricoles occupent les deux tiers des terres du pays… Ces inégalités, qui remontent à l’époque coloniale, ont été l’une des causes de la guerre civile qui a déchiré le pays de 1960 à 96. Ce conflit, l’un des plus longs et des plus meurtriers d’Amérique latine, s’est soldé par un bilan de 200.000 victimes et disparus. Aujourd’hui, le Guatemala n’est plus en guerre, mais, chaque année, des dizaines d’incidents opposent paysans et propriétaires terriens, ou aux autorités locales. Comme l’écrit Amnesty, « les populations indigènes n’ont souvent d’autre choix que d’occuper les terres sur lesquelles elles ont vécu et travaillé pendant des décennies afin de faire valoir leur droit à la propriété. Le système judiciaire corrompu ne leur donne aucune chance d’y accéder légalement. En 2004, l’arrivée au pouvoir du président Berger – lui-même grand propriétaire – a rimé avec l’expulsion forcée de milliers de familles. Les forces de l’ordre utilisent alors la violence, avec pour conséquence la destruction des maisons et biens, des passages à tabac et même des morts. »

Ne plus protéger la forêt ?

Une violence que Ramiro Choc – leader communautaire d’origine Q’eqchi et membre de la Coordination nationale indigène et paysanne –, connaît bien : en octobre 1998, il a été blessé par balles par un groupe de quatorze hommes armés, envoyé dans son village par un grand propriétaire de la région.

Le président social-démocrate Alvaro Colom, arrivé au pouvoir en janvier 2008, avait bien promis de s’attaquer à la question des terres ; mais il n’a pas encore réussi à apaiser les tensions.

Dans la région paradisiaque de Rio Dulce, fleuve tropical qui se jette dans la mer des Caraïbes, ces incidents passent souvent inaperçus aux yeux des touristes – au nombre de 1,4 million – qui visitent chaque année le pays.

Pourtant, à l’endroit même où ont été enlevés les quatre Belges, quatorze communautés sont menacées. Les paysans qui vivent tout au long du fleuve seraient opposés à une « personne puissante » qui veut les évincer des terres qu’ils occupent depuis plus de dix ans. Les ravisseurs demandaient donc que leurs droits soient clairement établis.

Mais ils exigent aussi le départ de la région des « groupes environnementaux » – institutions ou organisations non gouvernementales qui protègent les forêts alentour, mais qui empêchent aussi les paysans de s’installer sur de nouvelles terres…

BELGA,FAUX,FREDERIC,AFP
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