Le rock éblouissant de R.E.M.

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Tout le mois sur lesoir.be, dimanche sur Classic 21, mercredi prochain dans le Mad, avec l’interview exclusive : R.E.M. est partout. Mais qui sont-ils ?

Deux groupes atypiques et vite majeurs vont débarquer au même moment, début des années 80, des deux côtés de l’Atlantique : U2 à Dublin et R.E.M. à Athens, Georgie.

R.E.M. – pour Rapid Eye Movement, le mouvement de l’œil durant le rêve chez un sujet endormi –, est un quartette formé par Michael Stipe (chant), Peter Buck (guitare), Mike Mills (basse) et Bill Berry (drums). La même conformation musicale que U2. Deux groupes qui apprendront vite à se connaître et à s’apprécier. La musique de R.E.M. se distingue tout de suite de la production américaine courante, car elle remet au goût du jour les guitares claires à la Byrds et des mélodies tortueuses plus proches des fébrilités new-wave anglaises, de Joy Division à Cure.

C’est en 1982 que paraît, sur le label IRS (locataire, notamment, de Wall of Voodoo et des Go-Go’s), le EP Chronic Town, avec sa belle gargouille en pochette monochrome. Rapidement R.E.M. devient le groupe préféré des campus américains. Le premier album, Murmur, paraît en août 1983. Les paroles mystérieuses de Stipe et son chant particulier forgent la réputation d’un groupe dont le guitariste sait se servir d’une Rickenbacker aux arpèges délicats, alors que la batterie n’hésite pas à déstructurer la mélodie. Le titre « Radio Free Europe » devient un hit dans les charts universitaires. On pense y voir une charge contre l’impérialisme culturel américain, même si rien n’est plus difficile que de comprendre les textes de Stipe.

Mystère et énigme sont les deux mamelles d’un groupe pas comme les autres qui réussit l’exploit d’être classé album numéro un de l’année, par le magazine Rolling Stone, devant le Thriller de Michael Jackson.

Quelques mois après leur premier passage en Belgique, au Vooruit, à Gand, le groupe d’Athens est à l’affiche du TW Festival de 1985, juste après les Ramones. R.E.M. a alors déjà publié deux autres albums, Reckoning en 1984 et Fables of the reconstruction en 1985 mais le grand succès se fait attendre. Seule la reconnaissance critique est là. Il leur faudra encore attendre un petit peu, et tourner inlassablement autour de la planète, pour connaître le succès. Lifes rich pageant, avec des guitares plus plombées, ne convainc pas encore le grand public. Il faudra attendre le cinquième album, Document, en 1987, avec notamment le titre « The one I love » pour que R.E.M. devienne un gros vendeur de disques et intéresse une major comme Warner, qui lui propose en 1988 un juteux contrat de six millions de dollars.

L’album Green, fin 88, confirmera toutes les promesses, avec une immense tournée mondiale qui durera un an (avec un passage à T/W en 1989). Pour ne pas trop se brûler les ailes, le groupe décide ensuite de rentrer à Athens et d’y préparer, à son aise, l’album Out of time. L’idée est de tenter de nouvelles choses (piano, mandoline, section de cordes, duos avec le rappeur KRS-1 pour « Radio song » et la chanteuse des B 52’s d’Athens, Kate Pierson, pour le très flower-power « Shiny happy people »). Ce dernier morceau sera un tube énorme, à l’image de « Losing my religion ». En tout, ce sont dix millions d’albums que le groupe écoulera dans le monde. Sa meilleure vente à ce jour. R.E.M. vit alors une période intense et féconde. À tel point que le groupe décide de ne pas tourner, pour la première fois, et de tout de suite enclencher sur un album moins léger, moins joyeux (un reproche qui a été fait à Out of time par les fans de la première heure). Ce sera l’impérial – et sans doute meilleur album de R.E.M. – Automatic for the people, en 1992. Le plus grave, le plus triste aussi, Peter Buck sortant d’une longue dépression consécutive à son divorce. « Everybody hurts », « Drive », « Nightswimming », « Man on the moon »… sont les fers de

lance d’un groupe qui, à ce moment-là, tutoie la perfection. Ce disque ne sera pas non plus suivi d’une tournée, il ne s’y prêtait pas. Et déjà, R.E.M. pense à la suite. Qui devra trancher avec ces disques subtils, qui ont mis beaucoup de temps à naître, dans de nombreux studios. Il est temps de secouer ce confort millionnaire.

Pendant que R.E.M. conquérait le monde et la tête des hit-parades, un groupe de Seattle a changé la face du rock business : Nirvana. Michael Stipe & Co. ne peuvent y être indifférents. Peter Buck ira même jusqu’à s’installer dans la capitale de l’État de Washington, où il vit toujours. R.E.M. rêve d’un disque immédiat, de guitares assassines et de sensations brutes et live qu’ils ont un peu perdues. Ce sera Monster, en 1994, sur lequel se trouve « Let me in », un hommage à Kurt Cobain avec qui Michael avait prévu de collaborer. R.E.M. se fiche de vendre moins de copies que pour les deux précédents albums. Monster est fait pour ça. Et surtout pour repartir sur les routes, avec leur première tournée mondiale depuis cinq ans. Qui passera, bien évidemment par T/W en 1995. Cette vaste tournée devra être interrompue le jour où le batteur Bill Berry s’écroulera, le 1er mars 1995, à Lausanne, victime d’une rupture d’anévrisme. Il se rétablira et terminera la tournée, mais pour lui, c’est fini, le cœur n’y est plus. En 1998, il décidera de ranger ses baguettes et de profiter de sa vie de famille.

Comme toujours après une tournée, le repos s’impose et l’envie de revenir avec un album différent. Comme prévu, New adventures in hi-fi, en 1996, est beaucoup plus calme. R.E.M rassure son public avec le très beau duo « E-bow the letter » avec Patti Smith. Très varié, il ne masque malgré tout pas un certain malaise au sein du groupe. Bill est en partance et les trois autres s’adonnent à des projets annexes (Michael fondant sa société de production de films indépendants). Il faudra attendre deux ans le réel retour de R.E.M., en toute grande forme avec l’album Up. Reconnu par toute la presse comme un chef-d’œuvre, ce disque n’en est pas moins, de façon tout à fait inexplicable, un relatif échec commercial. Où les verra-t-on en 1999 ? À Werchter bien sûr, pour la quatrième fois. Ils y reviendront en 2003 (deux ans après l’album Reveal) et en 2005 (après Around the sun sorti en 2004).

Reveal, ce premier album enregistré en trio, déçoit. Le dépouillement est de mise mais la magie semble avoir disparu. C’était comme si le groupe était fatigué, si pas déprimé. Les chansons, mélancoliques, sont belles et gentilles, mais on n’y perçoit aucune ambition. Le groupe, qui ne veut pas repartir tout de suite dans une vaste tournée, se produit tout de même le 12 mai 2001, au pied de la cathédrale de Cologne, devant 80.000 personnes.

R.E.M. n’a jamais voulu être considéré comme un groupe « politique », même si Michael n’a jamais hésité à exprimer ses idées. En 2004, la situation est grave : George W. Bush brigue un second mandat. Le groupe rejoint donc la caravane Vote For Change, aux côtés de Bruce Springsteen.

Le 4 octobre 2004, R.E.M. publie Around the sun qu’il préfère ne pas promouvoir dans l’immédiat. On l’apprendra plus tard : le groupe n’est pas satisfait de ce disque. Une fois de plus, pour recoller les morceaux, le groupe décide de partir en tournée. On les retrouve enfin en indoor en Belgique (pour la première fois depuis leur premier concert belge, au Vooruit à Gand en 1985, vingt ans plus tôt). Ce sera le 7 février 2005, au Sportpaleis à Anvers. Cela ne leur suffira pas puisque Werchter les verra une sixième fois l’été de la même année. En 2008, cet été, il s’agira donc de la septième prestation du groupe à Werchter. Vous avez dit fidélité ?

Accelerate paraît le 28 mars (sur Warner) et le groupe sera à Werchter le 3 juillet.

THIERRY  COLJON

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