L’Europe ferme face à Pékin. Et après ?

La tension diplomatique monte au sujet du Tibet. La Chine a haussé le ton en accusant les médias occidentaux de déformer la situation dans la province autonome et en fustigeant les pays qui recevraient le dalaï-lama – la France a déjà annoncé qu’elle le ferait.

Le président américain George W. Bush a appelé son homologue chinois pour lui faire part de ses « inquiétudes ». Au Parlement européen, les députés ont dénoncé l’attitude chinoise. « Nous sommes solidaires du dalaï-lama », a clamé Hans-Gert Pöttering, président de l’assemblée. Mais s’il y a unanimité sur la fermeté à adopter, il n’y a pas de consensus au sujet de la réaction : boycott des Jeux, oui ou non ?

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« Foutre le bordel à Pékin ! »
Jeux olympiques Débat sur le Tibet au Parlement européen

Boycotter la cérémonie d’ouverture : l’idée a le vent en poupe. Aller à Pékin et, une fois sur place, chanter à grand bruit la liberté ?

Le Parlement européen accroît la pression sur la Chine. Réunis mercredi en session plénière à Bruxelles, les députés européens n’ont pas lésiné sur les formules fortes pour condamner la répression au Tibet. Le président du Parlement tibétain en exil était dans les tribunes. Il y avait aussi beaucoup de drapeaux tibétains et d’écharpes blanches dans les travées de l’hémicycle. De nombreux élus arboraient le T-shirt de Reporters sans frontières, représentant les anneaux olympiques en forme de menottes…

Le président de l’Europarlement, l’Allemand Hans-Gert Pöttering, a d’emblée donné le ton, en se déclarant « troublé » par les événements de Lhassa : « Nous sommes solidaires du dalaï-lama. Nous ne pouvons pas accepter sa diabolisation. Et je demande à Pékin de négocier avec lui, dans le respect de l’intégrité territoriale de la Chine et de l’intégrité de l’identité culturelle et religieuse du peuple tibétain. »

« Nous ne devons pas renoncer à nos principes, a-t-il poursuivi. Tout homme politique responsable doit donc se poser la question de sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux. »

Les amis politiques conservateurs (PPE-DE) de Hans-Gert Pöttering n’ont ensuite pas mâché leurs mots. Parlant au nom de son groupe, le Hongrois Jozsef Szajer a lancé : « On ne peut tolérer qu’un Etat assassine ses propres citoyens ! Cessez le massacre ! » Le Britannique Edward McMillan-Scott a ajouté : « L’esprit olympique est mort dans les rues du Tibet. Alors que la Chine était déjà la marraine du génocide au Darfour… » L’un et l’autre se sont cependant gardés de préconiser un boycott des Jeux.

Les 27 en ordre dispersé

S’exprimant pour le groupe socialiste, l’Italienne Pasqualina Napoletano a appelé Pékin à « ouvrir des négociations directes avec le dalaï-lama », mais a précisé que « l’isolement de la Chine n’apporterait rien ».

Boycotter néanmoins la cérémonie d’ouverture ? L’idée a été défendue par l’Italien Marco Pannella, au nom des libéraux. Et aussi par l’Allemand Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts, à qui revient sans conteste la palme de l’éloquence. « Il faut foutre le bordel à Pékin !, a-t-il ajouté. Il faut parler ! Si l’ordre règne à Pékin, ce sera la victoire de la dictature. (…) Oui aux sportifs citoyens, qui vont sauter, courir, nager, et dire leur solidarité avec le Tibet ! Oui aux journalistes citoyens, qui couvriront les Jeux et iront voir les dissidents ! Et oui aux spectateurs citoyens ! (…) Il faut vraiment que le régime chinois regrette d’avoir voulu organiser les Jeux. »

Sur l’attitude à adopter, l’Union européenne ne parle pas d’une seule voix. Plusieurs eurodéputés l’ont déploré. La commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, l’a également souligné : « La question a présent est de savoir comment les pays de l’Union peuvent coopérer pour donner un message fort et cohérent aux autorités chinoises et aux Tibétains pour les amener à un dialogue sur le fond. »

Le dossier tibétain figurera en bonne place à l’agenda des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, qui se retrouveront ces vendredi et samedi à Brdo, en Slovénie. Mais pour l’unanimité et la cohérence, il faudra peut-être encore attendre…

La Chine hausse le ton

La Chine hausse le ton

Face aux pressions internationales à l’approche des Jeux, la Chine a haussé le ton mercredi contre l’Occident en accusant les médias de déformer la réalité au Tibet et en fustigeant les pays qui accepteront de recevoir le dalaï-lama. Le président américain George W. Bush a par ailleurs appelé son homologue chinois Hu Jintao, mercredi, et exprimé ses inquiétudes sur la situation au Tibet. (afp)

La Chine s’était bien engagée sur les droits de l’Homme

TEXTO

Les critiques des autorités de Pékin évoquent systématiquement les « engagements » en matière de droits humains pris par la Chine lors de sa candidature à l’organisation des Jeux olympiques, et que la Chine n’aurait pas tenus. Mais les autorités chinoises avaient-elles vraiment promis quoi que ce soit ? Recherche faite – avec l’aide de Human Rights Watch –, la réponse est indiscutable. Et ce n’est pas seulement les autorités chinoises qui ont promis que les droits de l’homme allaient se trouver favorisés par l’approche des JO : les autorités du mouvement olympique ont ajouté plusieurs couplets aux promesses chinoises.

Dans les termes des autorités chinoises :

Liu Jinmin, maire adjoint de Pékin et vice-président du Comité pour l’obtention des Jeux, le 21 février 2001 :

En nous portant candidats aux Olympiades, nous voulons promouvoir non seulement le développement de la cité, mais aussi de la société, en ce compris la démocratie et les droits humains.

Wang Wei, vice-président du Comité pour l’obtention des Jeux, 12 juillet 2001 :

Nous sommes confiants qu’avec les Jeux en Chine, nous promouvrons non seulement l’économie, mais aussi les secteurs sociaux, y compris l’éducation, les soins médicaux et les droits humains.

Liu Qi, président du Comité d’organisation de Pékin pour les JO (Bocog) : Le gouvernement chinois honorera les promesses et engagements consentis au cours de la compétition pour l’obtention des Jeux (27 septembre 2006).

Sun Weija, responsable des opérations médias du Bocog : Nous n’imposerons aucune restriction de voyage aux journalistes étrangers couvrant les JO (27 septembre 2006).

Dans les termes de responsables du Comité international olympique (CIO) :

Jacques Rogge, président du CIO : Nous sommes convaincus que les JO auront un effet positif et durable sur la société chinoise (5 août 2005).

Jacques Rogge : Nous devons tous nous souvenir que les Jeux ne seront pas seulement jugés sur la compétence technique, mais aussi sur la perception que le monde aura des Jeux de Pékin (25 octobre 2006).

Hein Verbruggen, responsable pour le CIO de la commission de coordination des Jeux de Pékin : Nous pensons qu’amener les Jeux ici – ceci sans entrer dans aucun détail d’ordre politique – bénéficiera au développement économique et social de ce pays (25 avril 2007). J. Kz

LABAKI,MAROUN,AFP
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