L’indien Tata sort ses griffes

Automobile Le groupe rachète Jaguar et Land Rover à Ford
Le fabricant de la voiture à 2.500 dollars débarque dans le haut de gamme. Par soif de technologies.

L’indien Tata Motors a racheté mercredi les célèbres marques automobiles britanniques Jaguar et Land Rover au géant américain Ford pour 2,3 milliards de dollars, une acquisition qui le catapulte dans le difficile secteur des voitures de luxe d’où il est absent.

Pour cette opération spectaculaire, au cœur de l’industrie automobile européenne, Tata déboursera un montant en liquide « d’environ 2,3 milliards de dollars ». Ford contribuera à hauteur de 600 millions de dollars au financement des fonds de retraite de ses ex-filiales anglaises.

Ratan Tata, le président du conglomérat indien, a promis de « préserver l’héritage, la compétitivité et de maintenir intacte l’identité des deux marques ».

L’Inde, marché en plein essor

Le puissant syndicat britannique Unite, qui depuis des mois s’était dit favorable à l’opération, a regretté que Ford n’ait pas conservé une participation dans ces deux symboles de l’automobile anglaise. Le géant américain, en difficulté, va se « concentrer sur l’intégration mondiale de sa marque Ford afin de dégager une croissance rentable pour tous », selon son patron, Alan Mulally.

L’américain avait acquis Jaguar en 1989 pour 1,6 milliard de livres (2,1 milliards d’euros) et Land Rover en 2000 pour 1,7 milliard de livres et, souhaitant les revendre, il avait désigné en janvier Tata Motors comme son acheteur favori.

En s’emparant de ces deux constructeurs prestigieux, l’indien se propulse dans les voitures haut de gamme où il n’a aucune expérience. Tata Motors, premier constructeur indien de camions et d’autocars, s’est lancé dans l’automobile en 1999 avec une petite voiture rudimentaire, l’Indica. En janvier dernier, Tata dévoilait la Nano, l’auto la moins chère du monde, à 2.500 dollars, dont il espère écouler un million d’exemplaires en Inde et dans d’autres pays émergents.

La sortie de la Nano s’inscrit dans un contexte de compétition internationale en Inde pour y produire un véhicule très bon marché, secteur sur lequel lorgnent Renault-Nissan et l’indien Xenitis allié au chinois Guangzhou.

Pour compter dans l’automobile, Tata a besoin de nouvelles technologies afin de résister aux mastodontes étrangers comme General Motors et Renault qui ont lourdement investi en Inde, un marché en plein essor.

Selon des analystes, la reprise de Jaguar et Land Rover intervient au bon moment pour Tata, les investissements de Ford commençant à porter leurs fruits : Land Rover a renoué avec les bénéfices et Jaguar pourrait bientôt revenir dans le vert. Mais ces achats surviennent aussi alors que le ralentissement mondial, en particulier aux Etats-Unis, pèse sur le marché des voitures haut de gamme. (afp)

La florissante industrie auto « britannique »

La vente de Jaguar et Land Rover marque un nouvel épisode dans l’histoire de l’industrie automobile britannique. Hormis quelques petits constructeurs qui survivent sur le créneau du luxe et des voitures de sport, comme Morgan, tous les fabricants du pays ont été rachetés par des compagnies étrangères, ou ont mis la clé sous la porte.

Après une succession de propriétaires, Jaguar, célèbre marque de luxe fondée dans les années 1920, avait été rachetée par Ford en 1989 pour 2,5 milliards de dollars. Le constructeur américain a ensuite repris Land Rover, l’un des plus grands fabricants de 4×4 du monde, à l’allemand BMW en 2000 pour 2,7 milliards de dollars.

L’américain était aussi jusqu’à l’an dernier propriétaire d’une autre marque prestigieuse, Aston Martin, qu’il a revendue à un consortium d’investisseurs.

Rolls-Royce est quant à lui détenu par BMW, ainsi que Mini, qui a connu un renouveau ces dernières années, tandis que Bentley est aux mains de Volkswagen.

L’américain General Motors a quant à lui relancé la marque Vauxhall sous laquelle il produit et vend au Royaume-Uni des modèles comme l’Astra ou la Vectra.

Cependant, malgré cette perte d’indépendance, le secteur automobile britannique est globalement assez florissant, grâce notamment aux lourds investissements effectués par les constructeurs japonais Honda, Nissan et Toyota. Nissan a investi plus de 3,5 milliards d’euros dans son usine de Sunderland, ouverte en 1986, et qui a produit plus de 4 millions de véhicules. Elle assure 20 % de la production automobile britannique, et 60 % des véhicules Nissan vendus en Europe sortent de ses ateliers.

L’an dernier, la Grande-Bretagne a produit plus d’un million et demi de véhicules, soit 6,4 % de plus qu’en 2006, et dont près d’1,2 million destinés à l’exportation, un niveau record. Le pays fabrique ainsi près de deux fois plus de voitures qu’il y a un quart de siècle.

Cependant, d’autres usines de voitures britanniques ont connu un sort moins favorable. Peugeot avait ainsi fermé en 2007 son site de Ryton, qui employait 2.300 personnes pour fabriquer des 206, invoquant une productivité trop faible. Sa production a été transférée dans une usine slovaque. Et le groupe MG Rover a été repris par le Chinois NAC après sa faillite en 2005, qui a coûté leur emploi à 6.000 salariés. (afp)

Le dinosaure indien s’est réveillé

Le conglomérat indien Tata est une icône nationale en Inde et un champion de la mondialisation. Son président Ratan Tata, 70 ans, descendant d’une dynastie industrielle vieille de 140 ans, a pris la tête de l’empire familial en 1991 et a réussi à réveiller ce que les analystes appelaient un « dinosaure endormi », jusqu’à le propulser au cœur de l’industrie européenne.

En s’emparant de Jaguar et de Land Rover, Tata réalise un nouveau coup de maître en Grande-Bretagne après avoir avalé en janvier 2007 le sidérurgiste anglo-néerlandais Corus pour 10,6 milliards d’euros. Tata a bâti sa renommée en étant l’une des premières entreprises indiennes à acheter à l’étranger. Ratan Tata comprend dès 1999 les bénéfices à tirer d’acquisitions à l’international afin de faire croître son groupe familial. Son premier coup d’éclat remonte à 2000 lorsqu’il enlève le fabricant de thé britannique Tetley Tea pour 407 millions de dollars. A l’époque, la presse indienne y voit la « contre-attaque de l’Empire britannique des Indes » sur le Royaume-Uni, l’ex-puissance coloniale.

Depuis 2000, Tata a dépensé des dizaines de milliards de dollars pour rafler des sociétés aux quatre coins de la planète, du fabricant de café américain Eight O’clock Coffee au sud-coréen Daewoo Commercial Vehicle.

En Inde, Tata est un colosse industriel avec 98 filiales, qui vont du thé à la construction de camions en passant par la sidérurgie, la chimie, les télécommunications, l’informatique ou les services financiers. Le deuxième groupe privé d’Inde fait partie intégrante de la vie quotidienne. Les Indiens portent des montres Tata, boivent du thé Tata, vont travailler dans des autobus et des voitures Tata, téléphonent grâce à l’opérateur mobile Tata. Le mastodonte industriel réalise un chiffre d’affaires de 28,8 milliards de dollars et emploie 289.500 personnes. Il produit 3,2 % de la richesse nationale de l’Inde. (afp)

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