Le plus vieux des guérilleros

Colombie Décès de Manuel Marulanda, chef suprême des Farc
« Tirofijo », fondateur et chef des Farc, n’a jamais fêté ses 78 ans : il était déjà mort le 26 mars. Son successeur se nomme Alfonso Cano.

De notre correspondante à Bogotá

Le plus vieux guérillero du monde n’est plus. Manuel Marulanda, commandant en chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) est mort, à l’âge de 77 ans, le 26 mars dernier, après avoir combattu le pouvoir pendant 44 ans. Le commandant Timoleon Jimenez, alias Timochenko, l’un de ses plus anciens compagnons d’armes, a lu l’information à ses troupes, dans une vidéo diffusée dimanche par la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur. « Il est mort des suites d’un infarctus dans les bras de sa compagne, entouré de sa garde rapprochée et des hommes qui assuraient sa sécurité », a annoncé le rebelle.

La nouvelle avait été donnée vendredi soir par le ministre colombien de la défense Juan Manuel Santos, dans une interview accordée à une journaliste de l’hebdomadaire Semana. Quelques heures plus tard, le chef de l’État-major colombien confirmait l’information.

De Manuel Marulanda, tout avait été dit. Ce fils de paysan libéral, qui avait pris le maquis dans les années 40 pour fuir la violence conservatrice, puis fondé, avec d’autres guérilleros, en 1964, la guérilla des Farc, était devenu une figure mythique pour le groupe armé, et pour le pays le symbole d’une guerre interminable. Aussi surnommé « Tirofijo » (« Tir sûr »), pour son habileté à manier le fusil, il avait été enterré une vingtaine de fois par les médias colombiens, tantôt terrassé par la tuberculose, rongé par le cancer, assassiné par ses hommes ou tué dans un bombardement. Autant d’hypothèses démenties par les faits. Depuis sept ans, sa silhouette courbée n’était cependant plus apparue publiquement. Bien qu’affaibli par des années de jungle, il était pourtant consulté pour chaque décision prise par le groupe armé. « C’était l’homme de la cohésion des Farc », a insisté le chef de l’État-major colombien. Pour le remplacer, la guérilla a officiellement nommé Alfonso Cano, Guillermo Saenz dans la vie civile. Un homme de 52 ans, non pas venu de la terre comme son prédécesseur, mais des bancs de l’université. Diplômé d’anthropologie, combattant depuis 1985, il était jusqu’ici à la tête du mouvement politique des Farc, considéré comme un partisan de la ligne orthodoxe, marxiste, du groupe armé. « Un dur

», selon les dires de sa famille. Il y a quelques années, au cours d’une rencontre à Bogota, son frère avait affirmé que son influence sur l’organisation était de plus en plus marquée. Si l’ascension d’Alfonso Cano n’est pas une surprise, l’inconnue porte sur les conséquences de la mort de Manuel Marulanda. Les analystes divergeaient hier. Pour certains, rien ne changerait dans la stratégie de la guérilla. Mais selon le responsable communiste Carlos Lozano, bon connaisseur du groupe armé, sa disparition « laisse un grand vide pour l’organisation ». « Tirofijo » était une figure fédératrice. Il était seul à trancher lorsque les sept membres du secrétariat des Farc, son organe de décision, n’arrivaient pas à se mettre d’accord.

Après la mort le 1er mars du porte-parole Raul Reyes en Equateur, puis celle d’un autre membre du secrétariat, Ivan Rios, tué par un de ses hommes, la guérilla, affaiblie, « vit le pire moment de son histoire », dit le ministre colombien de la Défense.

Premier effet des offensives militaires, les chefs régionaux ont de plus en plus de mal à communiquer, ce qui retarderait toute prise de décision, y compris sur le dossier des otages. Le pouvoir compte sur ce morcellement pour réussir à convaincre ceux qui serait actuellement les geôliers d’Ingrid Betancourt et d’autres enlevés de se rendre avec leur butin humain.

Hier, le président Alvaro Uribe a laissé entendre qu’un tel coup de théâtre ne serait pas impossible. « Des membres du groupe terroriste ont contacté le gouvernement pour se rendre avec des otages », a-t-il lancé dans un discours.

En échange, Bogota leur promet une juteuse récompense, et une liberté conditionnelle dont ils pourraient bénéficier en France. Une solution que le premier ministre français François Fillon jugeait envisageable dans une interview, il y a deux mois déjà.

Mais les familles des otages restent extrêmement prudentes sur ce sujet. Officiellement, le groupe armé exige toujours la libération de ses combattants pour relâcher ses otages.

RENAUDAT,CHRISTINE
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