Retour de la vente à la criée en France

Presse Les vendeurs vont à la rencontre des flux de voyageurs

PARIS DE NOTRE CORRESPONDANTE

Il crie. Il est pourtant visible, avec son grand chariot rouge et sa veste assortie, devant le Train bleu, gare de Lyon à Paris. Mais c’est son job : Mohammed vend les journaux à la criée. Un métier pratiquement disparu, que la SNCF et le syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) ont relancé, pour un test de cinq mois dans 17 gares d’Ile-de-France, à Lyon et au Mans.

De 6 à 12 h, Mohammed égraine de sa voix les 14 titres de quotidiens nationaux qu’il vend devant les quais. Il touche une commission sur les ventes. « Au moins, je suis un peu plus à l’abri que quand je vendais Le Parisien et L’Equipe devant le métro Stalingrad. » Preuve que les vendeurs à la criée n’avaient pas complètement disparu à Paris. La société de vente et de distribution du Parisien dispose d’ailleurs de 200 vendeurs à la criée.

L’idée des diffuseurs, qui cherchent à moderniser leur image : se rapprocher des gens. « C’est un problème en France : la vente de journaux n’est pas suffisamment en contact avec les gens. Le matin, en allant au boulot, ils ne vont pas faire un détour de 50 mètres pour acheter la presse. Et une fois au travail, c’est trop tard, explique Denis Bouchez, directeur de la SPQN. On loupe des ventes. »

Voilà un moyen original de contrer l’offensive des gratuits dans les gares et les métros, surtout depuis l’accord passé entre Bolloré et la RATP (transports publics parisiens), qui permet de distribuer ses gratuits dans les stations de métro.

A Paris, les kiosques situés devant les bouches de métro sont pourtant monnaie courante. Mais le nombre de points de vente a baissé. Alors, depuis quelque temps, la diffusion de journaux s’est étendue aux boulangeries et aux bureaux de tabac. La vente à la criée fait un pas supplémentaire vers l’acheteur.

Mise en place il y a deux semaines, elle atteint, avec 20 vendeurs dans Paris, 1.500 numéros par jour. « Difficile de dire si c’est déjà la vitesse de croisière. Mais nous surfons sur un capital sympathie, et notre objectif implicite est d’atteindre les 2.000 ventes par jour. »

« Ventes additionnelles »

La SPQN est persuadée que les chariots rouges ne vont pas cannibaliser les ventes dans les 400 Relay des gares. « Car ce sont des ventes additionnelles, sur le chemin des gens. » Dans un de ces points Relay, où les voyageurs hésitent à s’engouffrer de peur de rater leur train, Martin, le vendeur, explique : « Les personnes pressées qui achètent leur journal ici, soit ils se découragent s’il y a deux personnes à la caisse, soit ils le volent. » Un argument en faveur des vendeurs à la criée, qu’il voit d’un bon œil.

Le système demande d’être perfectionné : certaines gares ne satisfont pas, alors que les gares de Lyon, du Nord et Montparnasse réalisent de très bons chiffres. La SNCF estime de son côté que la vente de journaux entre « dans le cadre de ses missions de service public ». Un éditeur explique que cette opération « vise à accrocher les flux » de voyageurs qui entrent ou sortent des trains. Si l’expérience s’avère concluante, elle sera poursuivie.

VANHOENACKER,CHARLINE
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