Un brûlot en pétard mouillé

Pays-Bas Condamnation unanime du film de Geert Wilders

La vidéo de Geert Wilders est jugée plus inoffensive qu’annoncé. La communauté musulmane reste sereine.

AMSTERDAM

DE NOTRE CORRESPONDANT

Les Pays-Bas sont sur le qui-vive. Au lendemain de la diffusion du film anti-islam du député d’extrême droite Geert Wilders, le royaume batave redoutait avant tout les réactions des pays musulmans étrangers. Jugé plus inoffensif qu’annoncé, ce court-métrage de quinze minutes a en effet été accueilli avec calme dans la communauté musulmane néerlandaise.

Des images d’attentats, de prêches haineux d’imams, mais pas de page du Coran brûlé ou déchiré. Plus de peur que de mal, tel est le sentiment général après la sortie tant redoutée de Fitna. Loin du brûlot annoncé, Fitna se résume à une compilation grossière d’images d’archives.

Après avoir assimilé le Coran à un livre nazi, Geert Wilders ne présente que des images déjà diffusées d’attentats ou d’exécutions sommaires. L’assassinat du cinéaste Theo van Gogh n’est que brièvement évoqué. Seules références au Coran, la couverture du livre saint représentée à la première image du film et la récitation de plusieurs versets qui condamnent les non-croyants.

« Ce n’est pas une provocation mais la dure réalité. Je pense que l’islam et le Coran sont un danger, dans le futur, pour la liberté aux Pays-Bas. Je veux avertir les politiciens », a déclaré le député islamophobe qui n’a pas hésité à reproduire les caricatures danoises dans son film. Il a décliné toute responsabilité en cas de violences ou de boycott des Pays-Bas.

Pour parer au pire, des mesures de sécurité préventives ont été déployées autour du parlement et des bâtiments gouvernementaux dans les heures ayant suivi la diffusion du film. De même, dès le lendemain, le gouvernement a aussi reçu l’assurance des représentants religieux et des associations d’immigrés qu’ils lanceraient un appel au calme au sein des communautés marocaines et turques. La grande prière du vendredi s’est d’ailleurs déroulée sans incident. « Pour ma part, je ne vois rien de contraire à la loi. La liberté d’expression implique aussi ce genre de films. La seule chose à faire est d’en débattre, de voir ce qui est vrai et de voir les commentaires qu’il mérite. Quoi qu’il en soit, la réaction des musulmans aux Pays-Bas est très calme », a réagi Sadik Harchaoui de l’Institut pour le développement culturel. Selon le professeur en islamologie Maurits Berger, Fitna ne serait ni insultant ni provoquant pour les musulmans. Pour désamorcer la situation, le gouvernement a immédiatement pris ses distances. « Le film assimile l’islam à la violence. Nous rejetons cette interprétation. La grande majorité des musulmans condamnent l’extrémisme et la violence. Nous regrettons que Monsieur Wilders ait sorti son film. Il a pour seul objectif d’offenser… Mais ce sentiment ne saurait légitimer des actes d’agression

ou des menaces », a déclaré le Premier ministre dès jeudi soir.

Soutenu dans sa démarche, le gouvernement a reçu l’appui de l’ensemble de l’opposition. Les libéraux ont notamment estimé que leur collègue populiste Wilders n’a pas profité de la plate-forme médiatique dont il bénéficiait pour formuler des propositions concrètes pour lutter contre l’islam radical et l’intégration des étrangers.

Malgré tout, cette ambiance fébrile risque de perdurer aux Pays-Bas. Reprenant le flambeau de Geert Wilders, une organisation d’ex-musulmans prépare un dessin animé dont la sortie est prévue le 20 avril. Outre la mise en scène de versets du Coran supposés violents et pervers, le prophète Mahomet y est présenté comme un pédophile. Selon les premières images diffusées au cours d’un programme d’actualités, son personnage, en érection, inviterait une petite fille à entrer dans une mosquée pour y avoir des relations sexuelles…

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