Les records pulvérisés : Hergé à 764.000 euros

Marché de l’art La bande dessinée fait une entrée fracassante

La bande dessinée, qui débarque sur le marché de l’art, a vu ses prix pour des œuvres originales s’envoler lors de la vente aux enchères organisée samedi à Paris par Artcurial. Une gouache de Hergé a pulvérisé à 764.200 euros le record mondial pour la BD (voir Le Soir du 29 mars).

Artcurial avait réuni 650 œuvres. La vente totale était estimée à 1,5 million d’euros. Elle a atteint 3,4 millions. « C’est un marché en plein développement, on a des acheteurs de l’Europe entière. On n’a plus honte de dire qu’on collectionne de la BD », explique Eric Leroy, l’expert de la maison.

Un public essentiellement masculin, plutôt jeune et décontracté, se pressait samedi à la vente qui se déroulait à l’hôtel Dassault, sur les Champs-Elysées. Mais l’apparente décontraction n’a pas empêché les affaires.

L’encre de Chine et gouache réalisée par Hergé en 1932 pour la couverture de Tintin en Amérique, estimée 280.000 euros, a été vendue 764.200 euros (avec les frais), enfonçant le précédent record détenu par un dessin d’Enki Bilal, Bleu sang, adjugé 177.000 euros en mars 2007. « La gouache a été acquise par un connaisseur averti et pas par un spéculateur », affirme Eric Leroy. L’œuvre d’Hergé était la pièce maîtresse de la vente. « Enchère exceptionnelle », « joli combat », ont dit les connaisseurs.

D’autres originaux ont été vendus bien au-dessus de leur estimation, telle une planche, en acrylique de couleur et mine de plomb, de La tétralogie du monstre d’Enki Bilal, estimée 30.000 euros et adjugée 145.000 euros hors frais.

Raisonnable ?

Un portrait de Corto Maltese par Hugo Pratt (feutre noir, aquarelles de couleurs et gouache blanche, voir page 43), estimé 30.000 euros, a été adjugé 250.000 euros sans les frais. « On est en face d’un travail d’artiste, et en même temps on est dans l’émotif », commentait Alain, un collectionneur quelque peu ébahi par la flambée de certains prix. « On est sur un marché émergent, commente-t-il. La bande dessinée n’est plus marginale, elle entre véritablement dans l’art : tant mieux pour les gens qui dessinent… et ceux qui collectionnent. »

« Ce n’est pas raisonnable ! », a-t-on cependant entendu dans le public lorsqu’une encre de Chine et gouache de couleur de Bilal pour La femme piège estimée 20.000 euros a été adjugée à 95.000.

La nostalgie est le premier moteur du marché de la BD et les classiques des journaux Tintin ou Spirou sont parmi les plus prisés. Mais avec la génération suivante, la BD a fait sa révolution graphique dans les années 1970, et certains dessinateurs, Hugo Pratt, Bilal ou Rosinski, sont devenus des artistes cotés. (afp)

AFP
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