La grâce du Tchad pour l’Arche de Zoé

Libération de Philippe Van Winkelberg
France Les six membres de l’association humanitaire sont libres

PARIS

 De notre envoyée permanente

C’est la fin d’un incroyable imbroglio politico-diplomatique. Les six membres de l’Arche de Zoé ont été graciés lundi par le président tchadien Idriss Deby. Ils ont tous été libérés, en cours de soirée, des prisons où ils étaient écroués depuis leur transfert en France le 28 décembre dernier. Condamnés à N’Djamena à huit ans de travaux forcés pour tentative d’enlèvement d’enfants au terme d’un procès éclair, ils avaient vu leur peine commuée en huit ans d’emprisonnement par la justice française.

Voila déjà plusieurs semaines que le président tchadien s’était montré beaucoup mieux disposé à leur égard que lorsque le scandale avait éclaté et qu’il avait alors parlé de « trafiquants d’organes ». Précisément, depuis que la France l’avait soutenu, en février, lors d’une attaque de rebelles qui avait failli le renverser… Simple coïncidence ? Nicolas Sarkozy, qui avait promis de ramener les humanitaires « quoi qu’ils aient fait » plaidait la grâce depuis le début du scandale.

Idriss Deby souhaitait, préalablement, que la question de l’indemnisation des familles soit réglée. Les humanitaires sont condamnés à verser solidairement 6 millions d’euros aux parents des enfants qu’ils voulaient ramener en Europe. « Ce n’est pas à l’Etat français de régler cette question », avait récemment réagi l’Elysée. Qui ne dit mot aujourd’hui sur un quelconque accord d’indemnisation…

Si les membres de l’Arche de Zoé sont graciés, ils n’en ont pas pour autant fini avec la justice. Les enquêteurs français, qui ont prononcé plusieurs mises en examen notamment pour aide au séjour irrégulier en France et pratique illégale de la fonction d’intermédiaire à l’adoption, s’intéressent toujours à leur singulière expédition. Une expédition qui avait brutalement pris fin le 25 octobre dernier. Ce jour-là, à Abéché, à l’est du Tchad, un Boeing 757 s’apprêtait à décoller à destination de l’aéroport de Vatry, près de Reims. Une centaine d’enfants prétendument originaires du Darfour devaient embarquer. Ils devaient être accueillis par des familles françaises mais aussi belges qui étaient en relation avec l’association « Kiro et Louna ». Avant que l’on apprenne que ces enfants n’étaient pas originaires du Soudan mais bien du Tchad et qu’ils n’étaient même pas orphelins.

Un pilote belge, Jacques Wilmart, avait été inquiété. Cet ancien de la Sabena avait bénévolement participé à des rotations pour chercher des enfants. Agé de 74 ans et de santé fragile, il avait été rapatrié en Belgique en novembre et avait bénéficié d’un non-lieu.

MESKENS,JOELLE
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