Le pouvoir prêt à changer de mains

Zimbabwe Robert Mugabe négocierait son abandon du pouvoir avec Tsvaringai

Coup de forcE, deuxième tour ou accord négocié :
l’issue définitive des élections
n’est pas encore connue

Quelle que soit l’issue des pourparlers et des pressions diplomatiques, une page d’histoire se tourne au Zimbabwe : Robert Gabriel Mugabe, héros de la lutte de libération, dirigeant exemplaire durant les premières années de son règne avant de se transformer en dictateur atrabilaire, a perdu le pouvoir quasi absolu qu’il exerçait depuis 1980. Même si la Commission électorale tarde à annoncer le résultat définitif des élections, l’évidence s’est déjà imposée : l’opposition, menée par Morvan Tsvangirai, le leader du Mouvement pour un changement démocratique, l’emporte avec une marge qu’aucune fraude ne pourrait plus rogner. Raison, sans doute, pour laquelle Robert Mugabe aurait, mardi après-midi, entamé des négociations au sujet des modalités de son abandon du pouvoir.

Contrairement aux prévisions, l’entrée en lice d’un troisième homme, Simba Makoni, ancien ministre des Finances, issu du sérail, n’a pas éparpillé les votes de l’opposition, mais divisé le camp présidentiel lui-même, ce qui explique les 60 % qu’aurait remportés Tsvangirai. Cet ancien syndicaliste, maintes fois maltraité, injurié, battu par les nervis du régime, a démontré qu’il était l’homme qui symbolisait les espoirs de renouveau et de mieux-être d’une population épuisée.

Le raz de marée n’a pas seulement ébranlé Mugabe, il a emporté plusieurs de ses proches : Patrick Chinamasa, le ministre de la Justice, vaincu dans l’un des bastions du parti présidentiel, la ZANU-PF, ainsi que d’autres piliers du pouvoir, la vice-présidente Joyce Mujuru, le ministre de la Sécurité et du Territoire Didymus Mutasa, le très puissant ministre de la Défense Sydney Sekeramayi. De telles défaites érodent les appuis dont le président pourrait encore se prévaloir, au sein de l’armée et des forces de sécurité, les derniers piliers du pouvoir. Il n’est pas certain qu’une épreuve de force, qui balaierait le verdict des urnes, bénéficierait de l’appui unanime de ceux qui avaient naguère accompagné Mugabe dans son combat.

Le sort à réserver au président octogénaire est cependant un enjeu qui dépasse le cadre du seul Zimbabwe. L’Union européenne, par la voix de la présidence slovène, s’est exprimée clairement, appelant Mugabe à quitter le pouvoir. Auparavant, les Occidentaux s’étaient contentés d’appeler à la publication rapide des résultats des élections législatives et présidentielles. À la veille du scrutin, les Européens peu désireux d’attiser la rhétorique nationaliste avaient fait preuve d’une grande retenue, se contentant de plaider en faveur d’élections vraiment démocratiques. On peut espérer que si Mugabe finit par quitter le pouvoir, les mesures d’embargo qui avaient privé de visa les dirigeants et durement pénalisé la population finiront par être levées.

Du côté africain, l’issue de cette épreuve de force est suivie avec crainte et attention. En effet, les voisins du Zimbabwe redoutent un scénario à la kenyane, qui se solderait par des affrontements violents entre partisans. Si Mugabe lui-même ne craint pas le recours à la violence (il l’a montré en réprimant implacablement une révolte en pays Matabele, au début des années 80), la victoire de l’opposition paraît trop évidente pour pouvoir aisément être confisquée et la volonté de sanctionner le pouvoir sortant semble avoir été partagée par tous les groupes ethniques du pays qui ont été, il faut le dire, également touchés par la misère et la récession…

Quoique vaincu, le vieux lion n’a cependant perdu ni toutes ses griffes ni toute sa crinière : en Afrique australe, l’opinion n’apprécierait pas que le doyen des chefs d’État africains soit chassé dans l’humiliation. C’est ce qui explique la prudence du président sud-africain Mbeki et le silence attentiste des autres capitales.

BRAECKMAN,COLETTE
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