Ardisson, « bigger than life »

Télévision L’animateur fête 20 ans de télé et passe au cinéma

En 20 ans, Thierry Ardisson a changé la télé en France. Pour le meilleur ou pour
le pire ? Il assume tout.

PARIS

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Il ne mate pas la télé. « Pas le temps de regarder / Car c’est moi qui la fais » : ces paroles de Noir Désir siéent à l’homme en noir qui, à l’occasion de ses 20 ans d’antenne, éclaire sa carrière avec une franchise qui le rendrait presque transparent. « Je ne regarde que LCI et MTV Idol », explique Thierry Ardisson, l’animateur qui brille par ses idées quand les provocs et scandales ne leur font pas d’ombre.

Ce samedi, il transforme son émission Salut les Terriens, sur Canal + et Be TV, en « Ardiversaire », avec les poulains qu’il a découverts – Christine Bravo ou Frédéric Taddéï, qu’il considère comme son héritier en télé – ou ceux qu’il a produits – Bruno Solo, Yvan Le Bolloch. Voilà 23 ans qu’il a mis les pieds dans le PAF avec fracas, et s’il compte les pertes – trois ans d’arrêts de jeu –, ça fait vingt ans d’antenne pile-poil.

Le but de Thierry Ardisson se résume ainsi : « j’ai envie de voir mes idées à l’écran », qu’il s’agisse de pub, d’émissions ou bientôt de cinéma. Il se concentre sur un domaine, veut parvenir au top, et une fois qu’il y trône, il passe à autre chose.

Démonstration : « Quand je rêvais d’être écrivain, j’ai voulu être numéro un des ventes : j’ai fait deux best-sellers, Louis XX et Confessions d’un baby-boomer. J’ai voulu faire une grande émission, j’ai fait Tout le monde en parle. Maintenant que je me suis lancé dans le cinéma, c’est pour faire un carton ou décrocher une Palme d’or. »

Au stade de l’écriture dans six projets de films, « dont cinq et demi sont des idées de moi », lorsqu’il s’agira de tourner, monter, et vendre, Thierry Ardisson lèvera le pied en télé. La France marche au cinéma d’auteur, mais « il n’y a pas des Truffaut, Chabrol ou Godard à tous les coins de rue ».

Alors, il opte pour la méthode américaine : « Un producteur a une idée de film ou achète les droits d’un livre, il fait écrire un scénario, et il prend un réalisateur qui fait une adaptation du scénario. C’est la stratégie Gaston Gallimard : si un jour l’éditeur trouve Marcel Proust, tant mieux. Mais il n’intervient que pour mettre l’auteur au top. »

Son top à lui, ça a été Tout le monde en parle, sur France 2. Remercié par le service public parce qu’il officiait en même temps sur Paris Première et qu’il refusait de choisir entre les deux, il est arrivé sur Canal avec ce qu’il qualifie de « premier talk à l’américaine » de la télé française, parce qu’il travaille avec un pool d’auteurs qui lui prépare des vannes. Une nouvelle façon de présenter, à la Jay Leno ou David Letterman, qu’il a dû apprendre sur le tas, comme il a toujours fait en télévision.

Cette émission-culte du service public doit aussi son succès à sa productrice, Catherine Barma, dont il explique l’apport : « Elle a convaincu des gens de venir dans mon émission. Son apport créatif, il est nul, l’apport de prod est normal. Mais personne ne voulait venir chez moi : “Qu’est-ce que je vais faire chez ce connard qui va m’emmerder ?” Catherine est arrivée à me vendre à des gens. »

Comment ? « Elle est casse-couilles », explique-il avec une pointe de tendresse due à deux décennies de collaboration. Mais « elle n’a pas compris que je ne l’emmène pas ave moi sur Canal ». Elle produisait déjà la quotidienne et l’hebdo de Laurent Ruquier, « elle n’aurait pas eu le temps de produire une troisième émission ». Ils sont brouillés.

Parler de Tout le monde en parle, c’est l’occasion pour lui d’aborder sa « théorie » : le secret, c’est le montage. « Souvent, il faut poser trois fois la même question à l’invité avant qu’il ne vous réponde vraiment. Donc, je prends la première fois que je pose la question, et la troisième fois que l’invité répond. C’est juste pour que le téléspectateur ait un meilleur spectacle à la sortie. »

Une méthode qui lui a été reprochée : « Il manipule. » Alors « on faisait exprès de garder ma “plantade” quand je me plantais au lancement. Mais pour garder les gens éveillés jusqu’à deux heures du matin, il faut que ce soit “bigger than life”. Et en direct, ça ne peut pas le faire », par manque de rythme.

Son autre théorie, il vient de l’exposer à la commission Copé sur le service public : « Si on veut que les gens s’intéressent à Brett Easton Ellis ou Houellebecq, on ne peut pas les présenter “sec”. Sinon on fait du Guillaume Durand et 7 % de parts de marché (PDM). Pour faire 29 % de PDM avec des gens comme ça, il faut des bimbos : il faut que ça soit spectaculaire. Les gens ne sont pas cons, on peut leur parler de tout, à condition de savoir l’emballer avec des filles, des lumières, de la musique et du montage. »

Quant à la suppression de la pub dans le service public décrétée par Sarkozy, « c’est la porte ouverte au copinage, ça va être comme à l’ORTF : si vous êtes copain avec le patron, vous aurez des émissions, puisqu’il n’y aura plus de sanction. L’audimat c’est bien, parce qu’il faut bien qu’il y ait un juge de paix ».

Dans un documentaire qui lui est consacré sur Canal Jimmy, il ne cache pas son côté « producteur qui aime l’argent », et revient sur ses succès ou ses erreurs avec une nonchalance feinte, comme si tout ce qu’il avait fait était d’une évidence implacable. De la même manière, il méprise les propos de Michel Malausséna, auteur de Les animateurs, où il se fait flinguer : « Ça porte un nom en anglais : la “butler littertature”, “la littérature de majordome”. Le mec a un jour travaillé chez un patron et il dit : “Un jour, mon patron a pété à table”. »

En admettant, comme l’explique l’auteur de ce best-seller, qu’« Ardisson ne porte pas de caleçon », il a réussi à populariser la culture avec des questions sur le slip.

Salut les Terriens spéciale ardiversaire, Be TV, samedi 22 h 10 en crypté.

Rediffusion dimanche, 18 h 25 en clair.

VANHOENACKER,CHARLINE
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