Un immense symbole

Chypre La rue Ledra rouverte entre les deux parties de Nicosie

L’espoir renaît sur l’île. Un cap symbolique important a été franchi. Malgré
un incident en fin de journée

Istanbul

De notre correspondante

La rue Ledra (« Lokmaci » en turc) est étroite, mais jeudi, à 9 heures, la foule s’est engouffrée avec émotion là où, depuis 45 ans, des barricades bloquaient le passage. Les maires grec et turc de Nicosie – la seule capitale divisée d’Europe – ont célébré côte à côte, par un lancer de ballons, la réouverture au public de ce qui était auparavant le cœur de la ville.

En 1963, à l’époque des conflits entre communautés chypriotes grecque et turque, la très commerçante rue Ledra, qui traverse la cité du nord au sud, fut coupée en son milieu par les premiers fils barbelés. Onze ans plus tard, en 1974, au moment de l’intervention militaire turque dans le nord, cette artère est devenue le symbole de la division de l’île. Sa réouverture a été qualifiée hier de symbole « historique ».

La décision de rouvrir la rue Ledra a été prise il y a à peine deux semaines par le nouveau président, Dimitris Christofias, élu en février, et par son « homologue » Mehmet Ali Talat, président de la République turque de Chypre Nord (autoproclamée en 1983 et reconnue par la seule Turquie). Les 70 mètres de « no man’s land », où avaient poussé les herbes folles, ont été déminés par l’ONU, et les bâtiments non entretenus ont été sécurisés. La rue Ledra est désormais le deuxième point de passage piétonnier de Nicosie.

Nouvelle dynamique

« Cette ouverture est symbolique, mais elle n’aura aucun impact important si elle reste isolée », nuance Ahmet Sözen, professeur à l’université de Magosa (Famagusta), au nord de l’île. La création d’un nouveau point de passage entre le Nord et le Sud ne devrait effectivement pas bouleverser les habitudes des Chypriotes. Depuis 2003, il existe cinq autres « postes frontières » le long de la « ligne verte » et, malgré cela, les relations entre les deux communautés restent tendues. Selon une étude des Nations unies, 40 % des Chypriotes grecs ne sont jamais passés dans le Nord depuis 2003, contre 30 % pour les Chypriotes turcs. « Les mesures qui renforcent la confiance entre les parties, comme l’ouverture de la porte de Lokmaci, doivent être absolument accompagnées d’un processus stable de négociation », estime Ahmet Sözen.

Après quatre années stériles au plan politique, et la crainte croissante que la division ne devienne permanente, les deux leaders chypriotes ont repris le taureau par les cornes, dans une opération qualifiée par beaucoup comme celle « de la dernière chance ». Le 21 mars, ils se sont engagés à entamer de nouvelles négociations, dès la fin juin. Echaudées par l’échec du plan de paix de 2004, pour lequel Kofi Annan avait ardemment milité, les Nations unies se sont réjouies de ce ton « très positif ». « Les deux leaders ont montré leur envie d’arriver à une solution juste et durable et je pense que les Chypriotes ont le droit d’avoir des attentes », s’est félicité mardi le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques de l’ONU, l’Américain Lynn Pascoe.

Un premier pas concret depuis quatre ans en direction de la paix, malgré un incident en fin de journée : les autorités grecques ont fermé le passage pour protester contre la présence de policiers turcs dans le secteur.

NERBOLLIER,DELPHINE
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