Un petit printemps de Bucarest

Défense Le sommet de l’Otan s’est achevé par une réunion apaisée avec Poutine

Les chefs d’Etat de l’Otan ont attendu le départ imminent de Poutine pour organiser un sommet. Apaisé.

BUCAREST

de notre envoyé spécial

Apaisement. Le sommet de l’Alliance atlantique entamé mercredi à Bucarest s’est clôturé sans éclat spectaculaire, vendredi, par un Conseil Otan-Russie. C’était la toute première réunion de cet organe de coopération entre anciens ennemis de la guerre froide, au niveau des chefs d’État, depuis… sa création en 2002. La « température » de la rencontre était susceptible de peser sur l’avenir des relations avec la Russie ainsi qu’entre alliés. Le ton du sommet des dirigeants des vingt-six pays de l’Otan avec le président russe Vladimir Poutine, capable de diatribes féroces, a plutôt rassuré, alors que les relations « Est-Ouest » sont à l’orage : Moscou n’a pas digéré l’attitude décisive des Occidentaux sur la sécession du Kosovo serbe, le bouclier antimissiles américain en Europe de l’Est ou l’élargissement de l’Otan.

La messe n’est cependant pas encore tout à fait terminée : un dernier tête-à-tête dans leurs habits présidentiels doit réunir ces samedi et dimanche les présidents Poutine et Bush, à Sotchi, sur la rive russe de la mer Noire (lire ci-dessous). Ils aborderont un sujet de contentieux majeur, totalement occulté par les discours du duo à Bucarest : la défense antimissiles, dont le « bouclier » américain en Europe.

Ce dernier a été pour la première fois adoubé par l’ensemble des Alliés à Bucarest : c’est une « contribution substantielle » à la protection de l’Alliance. Une « percée », se félicite la secrétaire d’État américaine Rice. Mais la Russie, qui juge le projet américain déstabilisant, a pu apprécier que l’Otan n’ignore pas la proposition de Poutine. Le président russe propose « une architecture future » commune en matière de défense antimissiles, à laquelle « États-Unis, Union européenne et Russie auraient égal accès ». Les Alliés se déclarent disposés à « étudier les possibilités de relier les systèmes de défense antimissile des États-Unis, de l’Otan et de la Russie en temps opportun »… La Russie a aussi pu apprécier la décision de l’Otan de ne pas accorder dès la réunion de Bucarest le statut de candidat adhérent à l’Ukraine et à la Géorgie – même si un revirement est certain, peut-être à court terme.

Bref, c’est un Poutine « très modéré », « constructif » et « pas fâché du tout » qui, à un mois de la fin de son mandat, s’est présenté devant les Alliés, de l’avis d’un haut diplomate témoin de la rencontre. Signe de cette bonne volonté, la Russie et l’Otan ont signé juste avant leur réunion un accord qui permettra d’acheminer, via le sol russe, le matériel des armées de l’Alliance en Afghanistan. Aujourd’hui, moins de 7 % des camions de l’Otan transitent par la Russie ; à l’avenir, deux tiers des véhicules pourraient emprunter cette route. Le Conseil Otan-Russie n’a cependant pas accouché de déclaration commune, preuve que les différends sont loin d’être aplanis.

« Mitigé » sur le fond, « serein sur la forme » : le nouveau venu aux sommets de l’Otan, le Premier ministre Yves Leterme, a résumé l’intervention de Vladimir Poutine devant les Alliés. Dans un contexte, dit-il, d’isolement croissant de la Russie, avec l’essor des grands pays émergents et d’expansion de l’Alliance.

« Nous sommes ouverts à la coopération », a lancé Poutine. Mais il a jugé que « mettre fin à l’esprit de confrontation de blocs nécessitera des efforts colossaux. La Russie moderne est diabolisée par certains pays, qui cherchent l’image d’un ennemi ! » C’est particulièrement le cas pour les pays de l’ex-glacis soviétique membre de l’Otan ou aspirant à le devenir, qui cherchent à se mettre sous le parapluie de l’Alliance face aux ambitions de la Russie « moderne ». Notamment celle de vendre son gaz à l’Ukraine à un meilleur prix, quitte à couper les vannes. « On a cherché à obtenir un prix de marché. Ce ne sont pas des ambitions impérialistes » alors que « nous assistons à l’élargissement de l’Otan », a insisté Poutine sous le lustre de l’ex-Palais de Ceausescu. « La guerre froide est finie, la Russie n’est pas notre ennemie et l’Otan est une force pour le bien, réduire les tensions et s’attaquer aux menaces du XXIe siècle », a répliqué en substance le président des États-Unis. George W. Bush n’a parlé que quelques minutes : probablement réserve-t-il sa salive pour Sotchi, une réunion, dit-il, de « deux vieux loups de mer ».

Leterme en forme

Leterme en forme

« C’est un bon sommet pour notre pays ; nous sommes contents », se félicitait déjà jeudi soir, vers minuit, Yves Leterme. « Un sommet quasi historique », enchaînait-il le lendemain dans l’avion le ramenant au pays. Manifestement heureux – « La position tout en nuance de la Belgique y est », juge-t-il –, le Premier ministre a apprécié sa première immersion internationale, entouré des grands de ce monde, quelques heures loin des affres belgo-belges BHV. « On se fait des contacts », résume-t-il sobrement (et pas seulement avec la presse dont il a cherché la compagnie). Bush, Poutine, Sarkozy… Il a même pu inviter son homologue australien, le 11 novembre prochain à Ypres, sa ville natale et le cimetière de tant de soldats des antipodes, pour le 90e anniversaire de la fin de la première Guerre mondiale. Et Leterme de se dire épaté par Bush, qui retient en un coup d’œil tous les prénoms, même le sien ou celui de l’Islandais – « moi pas ». (Ph.R.)

L’Europe de la Défense marque des points

Ardemment défendue par la France qui en a fait une des priorités de sa présidence de l’Union européenne, l’Europe de la défense a fait une percée remarquée au sommet de Bucarest, où elle a obtenu le soutien inédit et crucial des États-Unis, qui s’en méfiaient jusque-là. « Nous reconnaissons la valeur qu’apporte une défense européenne plus forte et plus performante. Plus forte, l’UE contribuera davantage à notre sécurité », indique le communiqué final de l’Otan. De mémoire de diplomate européen, jamais les ambitions militaires européennes n’avaient été encouragées de façon si explicite. (afp)

AFP,REGNIER,PHILIPPE
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