Faire battre un cœur à distance

Cardiologie Une partie de la surveillance peut se faire sans contact direct

Les stimulateurs cardiaques peuvent désormais être interrogés sans déplacer
le malade à l’hôpital.

REPORTAGE

TOLOCHENAZ, en suisse

De notre envoyé spécial

Et si un jour votre docteur pouvait écouter votre cœur battre, alors qu’un continent vous sépare ? De la science-fiction ? Pas du tout. Le premier fabricant mondial de stimulateurs et défibrillateurs cardiaques lance en Europe un système de suivi des patients qui ont dû être équipés de l’un de ces appareils. Le stimulateur sert à stimuler le rythme du cœur lorsque sa fréquence ralentit trop. Alimenté par une pile, l’appareil analyse le rythme du cœur, décèle l’apparition d’anomalies et, lorsqu’elles surviennent, déclenche une stimulation électrique qui détermine un battement cardiaque et empêche l’apparition d’une syncope. Le pacemaker entre en action si le rythme cardiaque devient inférieur à un seuil, préalablement déterminé, souvent 60 battements par minute.

Le défibrillateur est un autre type d’appareil permettant de rétablir par un choc électrique un rythme cardiaque normal. Il est utilisé lors des fibrillations (contractions rapides et désordonnées des fibres du cœur) ou pour traiter une tachycardie ventriculaire (accélération du rythme cardiaque née dans le ventricule). Le grand public est familiarisé avec les modèles hospitaliers où l’on pose en urgence deux plaques sur la poitrine, mais il existe une version implantable, de petite taille, reliée au cœur par une sonde-électrode intraveineuse. Environ dix mille patients en Belgique portent un pacemaker, huit cents un défibrillateur.

Pour un patient qui ne présente pas de danger particulier, le port d’un de ses deux appareils (qui réduisent d’environ 40 % le risque de mort subite) implique ordinairement quatre visites par an chez son cardiologue, qui peut « télécharger » les données de l’implant afin de vérifier le fonctionnement du cœur. Toutefois, le voyage imposé au malade peut être long. Dans certains pays, il faut prendre l’avion pour aller voir son spécialiste. Cette visite régulière peut aussi être planifiée à un moment qui n’est pas représentatif de l’activité cardiaque. C’est pourquoi la firme Medtronic, installée près de Lausanne, lance aujourd’hui en Europe un système qui permet de contrôler à distance le fonctionnement de l’appareil et du muscle cardiaque. « Des études montrent que lors de ces visites de routine, l’essentiel du temps, environ une demi-heure, était pris par les tâches de vérification de l’appareil, voire d’extraction des données, puis de leur impression sur des tableaux avant que le médecin en dispose. En routine, le médecin n’est finalement en face à face que quelques minutes avec son patient », explique Keyne Monson, directeur de la gestion du patient chez Medtronic.

Le développement de la technologie permet donc de proposer aujourd’hui de substituer à ces quatre visites de routine une seule visite annuelle, mais plus prolongée et qui peut davantage se consacrer aux conseils personnalisés du médecin. Les trois autres visites sont remplacées par une transmission de données via un boîtier installé chez le patient et simple d’utilisation. Mais cette technique fondée sur la transmission sans fil permet surtout de nouvelles applications de surveillance. Ainsi qu’on le voit sur notre illustration, cet appareillage permet aussi la surveillance régulière et activée à distance, d’un malade qui inspire l’inquiétude. Celui-ci peut même être surveillé durant son sommeil. La sonde placée dans le pacemaker peut par exemple déceler une augmentation de l’eau dans les poumons, ce qui est un symptôme de dysfonctionnement du rythme cardiaque. Le médecin, automatiquement averti selon des seuils qu’il peut fixer, peut alors soit appeler son patient pour adapter la médication, voire prévenir les secours pour une intervention d’urgence. Même s’ils se trouvent tous les deux à des milliers de kilomètres.

« Avec ce système, nous pouvons rassurer à distance »

ENTRETIEN

Le docteur Jean Boland est le chef du service de cardiologie de Centre hospitalier de la Citadelle à Liège.

Vous avez développé le système CareLink dans votre hôpital…

Une vingtaine de patients en bénéficient. Un premier groupe équipés de défibrillateurs proches de leur remplacement. Certains patients sont inquiets de ne pas entendre l’alarme sonore qui l’indique. Avec ce système, nous pouvons, à distance, les rassurer. Un autre groupe est celui des nouveaux utilisateurs qui restent inquiets quand ils reçoivent un choc. Etait-ce approprié ou est-ce que l’appareil est mal réglé ? Je peux maintenant, à distance, recevoir le tracé de leur cœur. J’ai notamment un patient dans ce cas qui vit à Eupen. Faire le déplacement pour lui n’est pas négligeable. Là, j’ai pu le rassurer par téléphone avec les mêmes données que s’il était venu.

Ce système risque-t-il, à terme, de poser des problèmes de contact entre patient et médecin ?

Je ne le pense pas. L’état clinique des malades équipés est varié. Certains ont besoin d’une surveillance rapprochée, nous les voyons de toute façon et l’appareillage permet une surveillance plus large. Pour ceux qui ont un problème plus léger, les voir une fois par an est amplement suffisant. Ils ne doivent plus venir ici pour un contrôle « technique ».

Vous pouvez aussi les contrôler sans qu’ils le sachent ?

Non, parce que la génération des implants est trop ancienne pour cela. Mais permettre d’activer la machine sans que le malade doive contribuer ouvre de nouvelles perspectives de soins.

Il y a quand même un souci ?

Le souci, c’est qu’un médecin et un hôpital sont payés à la visite. Si nous faisons le même travail à distance, il est totalement invisible et n’est pas payé. Pour tester le système, je le fais avec plaisir, mais il faudra adapter le système de remboursement si on veut généraliser cet outil.

SOUMOIS,FREDERIC
Cette entrée a été publiée dans Sciences et santé, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.