« A demain si vous le voulez bien »

Radio Lucien Jeunesse avait présenté « Le Jeu des mille francs » durant 30 ans

C’était un mythe de la radio de papa : Lucien Jeunesse, l’homme du « Jeu des 1.000 francs », est mort à 89 ans.

Chers amis, bonjour ! » Trente ans durant, de 1965 à 1995, ces trois mots lancés de manière enjouée sur le coup de midi quarante-cinq ont rythmé le quotidien de millions de Français qui ont définitivement fixé à ce moment précis l’heure de leur repas. Car Lucien Jeunesse est entré dans les foyers par un cérémonial immuable : scandée à sa façon inimitable d’ancien chanteur de charme et d’opérette, l’invariable formule d’accueil du Jeu des mille francs se doublait bientôt d’une description historico-touristique de Lavaur, dans le Tarn, ou Baraqueville, dans l’Aveyron. Au terme d’un suspense insoutenable d’un quart d’heure au cours duquel il aura régulièrement rappelé que « l’heure est grave », Lucien Jeunesse lançait une de ses deux phrases fétiches : « À demain, si vous le voulez bien ! » (du lundi au jeudi) et « À lundi, si le cœur vous en dit ! » (pour le vendredi). Eh bien, ce lundi, le cœur ne lui en a plus dit : Lucien Jeunesse est décédé à l’âge de 89 ans mais, pour tous ses admirateurs, il part en ayant touché le super-banco.

De son vrai nom Lucien Jeunnness, cet animateur emblématique était un mythe de la radio de papa, l’incarnation, au même titre que Zappy Max (il est âgé lui de 87 ans), d’une certaine idée de la radio de l’après-guerre, distrayante et populaire mais courtoise, proche des gens, distillant savoir et bonne humeur dans un touchant ensemble.

Par hasard, la disparition de Lucien Jeunesse intervient au moment où France Inter, la radio qui le diffuse quotidiennement, fête les 50 ans de ce Jeu des milles francs. C’est en effet le 19 avril 1958 que Henri Kubnick a présenté, depuis un chapiteau installé dans le village du Blanc, dans l’Indre, un jeu improvisé au principe simplissime : répondre à six questions sur les sujets les plus divers. Très rapidement, les auditeurs commencent à envoyer leurs propres questions. Kubnick cède le relais à d’autres animateurs, Maurice Gardett, Albert Raisner, Roger Lanzac et, en 1958, Lucien Jeunesse, connu comme acteur et chanteur. Son style inimitable, sa gentillesse, ses interprétations improvisées d’opérette, ses déclamations de poésies donnent une autre dimension à ce jeu rythmé par les trois questions bleues, les deux questions blanches, la question rouge, le banco et le super-banco.

En 1995, Pierre Bouteiller, alors patron de France Inter, décide que Le Jeu des mille francs, démodé et provincial, et Jeunesse ont fait leur temps et les envoie à la casse. Le tollé sera aussi grand que lorsque RTL commettra, quelques années plus tard, la même erreur avec Les grosses têtes de Philippe Bouvard. Le jeu est réintégré à l’antenne et confié à Louis Bozon qui, avec son ton à lui, assure la relève.

Car Le Jeu des mille francs est toujours bel et bien vivant : en 2001, il est devenu Le jeu des mille euros, et avec 1,12 million d’auditeurs chaque midi, c’est toujours l’émission la plus suivie de France à cette heure-là. Quant à Louis Bozon, il arrêtera de présenter ce jeu cinquantenaire en juin, passant le flambeau à Nicolas Stoufflet, animateur des matinales de France Inter.

L’émission, malgré le rajeunissement de ses candidats, traîne une image un peu vieillotte : celle d’un animateur sur le retour sillonnant la France profonde de salles des fêtes en halls polyvalents flanqué de son technicien également préposé au xylophone décomptant les secondes de son célèbre « ding-ding ». Si cette image est juste, elle repose aussi sur celle propagée par le film Tandem de Patrice Leconte (1987) dans lequel Jean Rochefort alias Michel Mortez et Gérard Jugnot reforment ce couple. Un film superbe mais jugé « méchant » par Lucien Jeunesse : « Il avait été fort affecté de la sortie de ce film, expliquait lundi Jean Rochefort: je l’ai supplié d’aller le voir et il en était sorti, je crois, ému et touché ».

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS
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