Un « oui, mais… » au peuplier OGM

Environnement Le Conseil de biosécurité favorable à la reprise d’un essai

Soumis à des critères sévères, un essai de peupliers transgéniques pourrait être mené à Gand. La balle est dans le camp politique.

Un peuplier ne fait pas le printemps. » Sur les marches du cabinet du ministre fédéral de l’Environnement Paul Magnette (PS), une poignée de militants de Greenpeace ont fait planer, ce lundi, leur hostilité aux organismes génétiquement modifiés. Cible de leurs flèches, un projet d’essai sur des peupliers transgéniques vient de recevoir un feu vert du Conseil fédéral de biosécurité.

Pour mémoire, l’expérience porte sur un essai que souhaite conduire en plein air le département de biologie de l’UGent, pendant six ans, sur des peupliers. La modification génétique consisterait à diminuer la teneur en lignine – qui confère la rigidité au bois – des feuillus, ce qui pourrait favoriser la production à plus faible coût d’un biocarburant dit de deuxième génération…

Alors qu’il considérait le dossier très faible en décembre, le Conseil fédéral de biosécurité avait renvoyé l’université gantoise à ses études en formulant une série de questions. Les nouveaux éléments apportés par le professeur Wout Berjan ont, semble- t-il, rassuré cet organe d’avis qui a assorti sa décision de conditions afin d’éviter toute forme de dissémination. Les exigences ont trait à l’obligation d’arracher les fleurs des peupliers deux fois par semaine et ce afin d’éviter la fécondation ou la germination. De même, la destruction des tailles est imposée pour prévenir la dispersion des rejets dans la nature.

Cet avis positif ne préjuge pas de l’issue finale de ce dossier soumis à la décision conjointe des ministres fédéraux de l’Environnement et de la Santé. Et, précise-t-on au cabinet Magnette, cette décision ne sera pas prise avant les débats relatifs aux organismes génétiquement modifiés programmés dès le 12 mai lors du Printemps de l’environnement.

« Le ministre Lutgen confond avis scientifique et politique »

« Ces débats porteront sur la création d’un organe d’évaluation éthique et socioéconomique des OGM et de renforcer l’information et l’étiquetage afin de mieux éclairer la liberté des choix du consommateur, précise le cabinet Magnette. Quand aux peupliers, nous avons jusqu’au 27 mai pour répondre à cette demande d’essai. »

Ministre wallon de l’Environnement, Benoît Lutgen (CDH) n’a pas attendu cette échéance avant de s’exprimer sur l’opportunité de cet essai. Dans un communiqué publié ce lundi, Benoît Lutgen a répété son hostilité à ce projet en demandant aux ministres fédéraux de faire preuve de « cinq minutes de courage politique ». « Le risque de dissémination de cette variété génétiquement modifiée n’est pas totalement contrôlable, expose Benoît Lutgen. Réaliser ce type d’essais représente un danger pour les variétés de peupliers présentes dans notre Région et pour notre biodiversité en général. »

Dans le même communiqué, le ministre ne manque pas d’allumer des « écologistes politiquement modifiés » (EPM) sur base de la position favorable défendue par le représentant de la Région bruxelloise au Conseil de biosécurité. « Une décision qui isole et lèse les intérêts de la Région wallonne », juge le ministre.

La réponse à cette attaque frontale n’a pas tardé : « Il s’agit d’un mauvais jeu, estime Evelyne Huytebroeck (Ecolo), ministre bruxelloise de l’Environnement. Le ministre Lutgen confond avis scientifique et décision politique. L’avis du Conseil de biosécurité, rendu collégialement, est scientifique. Son rôle n’est pas de rendre un avis d’opportunité. Ce rôle appartient au pouvoir politique. Et (…) je réaffirme ma position en faveur d’un territoire sans OGM. »

« Un danger pour la biodiversité »

ENTRETIEN

Membre du Conseil fédéral de biosécurité, Philippe Baret est responsable de l’unité de génétique à l’Université catholique de Louvain (UCL).

Le Conseil de biosécurité vient de donner un feu vert conditionnel à un essai sur les peupliers transgéniques. Pourquoi ?

Ce dossier, assez faible au départ, s’est enrichi de réponses qui ont permis au Conseil de conclure qu’il n’y aurait pas de risques à mener cet essai en milieu quasi confiné si les conditions que nous posons sont respectées.

Quel est l’intérêt de mener ce type d’expérience sachant que le risque de dissémination, dans l’hypothèse de culture à grande échelle, serait non négligeable ?

Le rôle du Conseil de biosécurité n’est pas de se prononcer sur l’opportunité d’une demande, mais bien de veiller à ce qu’elle remplisse des conditions de sécurité suffisantes pour pouvoir être menée.

Et qu’en pensez-vous ?

A titre personnel, je reste sceptique sur cette innovation visant à produire des agrocarburants, tant pour des questions de risque, que de pertinence. A l’échelle commerciale, on ne maîtrise pas les risques d’interactions entre les populations de peupliers. Ce type de cultures ferait peser un danger pour la biodiversité et les filières sylvicoles. Ce qui me semble dangereux, c’est qu’on joue sur une caractéristique fondamentale : la lignine. C’est le constituant qui fait qu’un arbre est un arbre !

Le système actuel d’évaluation des risques ne touche-t-il pas à ses limites ?

Ce dossier témoigne du fait que le système actuel d’autorisation fonctionne de manière trop compartimentée. C’est le principe du saut d’obstacle pour les demandeurs. Une fois qu’une haie est franchie, on passe à la suivante. Il nous manque une instance qui puisse aborder les dossiers de manière comparative et étudier tant la pertinence d’une innovation, ses risques, que ses bénéfices supposés pour la société. On a fait des progrès sur le plan de l’évaluation des risques, mais cette seule approche ne suffit plus.

Le ministre wallon Benoît Lutgen s’émeut du fait qu’un représentant de la Région bruxelloise aurait soutenu cet essai…

Le Conseil de biosécurité fonctionne comme un organe d’évaluation scientifique indépendant du pouvoir politique. Je ne trahirai pas le secret des délibérations. Et à titre personnel, il me semble sain que l’avis d’un conseil scientifique soit posé en toute indépendance. Libre ensuite au politique de prendre la décision qu’il souhaite…

SCHOUNE,CHRISTOPHE
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