François Sterchele, une vie et une mort à grande vitesse


Décès Le buteur du FC Bruges sera inhumé mardi à Alleur

François est mort comme il a vécu : à 200 à l’heure. » Rideau, il n’y a rien d’autre à ajouter après la conclusion attristée d’un membre du staff après la brève conférence de presse improvisée jeudi midi dans les locaux du FC Bruges.

Quelques heures plus tôt, un jeune homme de 26 ans venait d’être rattrapé par la mort. Et même pas au tournant puisque c’est visiblement en pleine ligne droite, sur cette tueuse Expressweg (N49) bien connue de ceux qui font la route entre Anvers et Knokke-le-Zoute, que son véhicule a quitté la route. « En bifurquant sur la droite pour une raison inconnue alors que le conducteur roulait à une vitesse inadéquate », annoncera laconiquement le parquet, descendu sur les lieux. Il était environ 3 heures du matin du côté de Vrasene, dans l’entité de Beveren. Quelques heures plus tard, selon un confrère anversois ayant mené son enquête sur place, l’hypothèse de la présence d’un autre véhicule que le footballeur aurait voulu éviter n’était pas exclue par les autorités judiciaires, vu les traces de freinage. Mais, rappelons-le, il ne s’agit à ce stade de l’enquête que d’une hypothèse.

François Sterchele est donc mort sur le coup. L’arbre qu’il a percuté ne lui a laissé aucune chance. Et c’est peut-être mieux ainsi puisque sa Porsche Cayman – ou plutôt ce qu’il en restait – s’est immédiatement embrasée après avoir terminé sa course folle dans un champ.

Seul occupant du véhicule, l’international liégeois, qui portait depuis le début de saison les couleurs du FC Bruges, revenait apparemment d’une soirée au Local, un club privé du centre d’Anvers, où il avait passé la soirée avec ses anciens équipiers du Germinal Beerschot, Hernan Losada et Kenny Verhoeven. Des photos prises sur place circulaient déjà sur le Net jeudi après-midi.

Tirés de leur sommeil dès l’aube, dirigeants, entraîneurs et joueurs brugeois se sont rassemblés jeudi, dès 8 heures du matin, au stade Breydel. Emu jusqu’aux larmes, le président D’Hooghe s’adressait à la presse en fin de matinée. « Nous sommes tous en proie à une détresse indescriptible. François était un vrai Brugeois, on l’a remarqué dès le premier jour. Il avait les valeurs d’ici, à savoir le courage et la combativité. » Assis à côté de son président, Jacky Mathijssen a salué la personnalité attachante du joueur qu’il avait lancé en D1 à Charleroi. « Sterchele était un bon footballeur. François un supercollègue de travail. Mais “Swa” (NDLR : son surnom dans le groupe) le meilleur des équipiers car il était celui de tout le monde. » « Arrivé avec le sourire en l’emportant trop tôt avec lui », comme le dira le capitaine Sven Vermant au nom de ses équipiers.

François Sterchele s’affichait déjà sur les grilles d’un stade Breydel où tous les drapeaux avaient été mis en berne, y compris celui des voisins et colocataires du Cercle. On pouvait le voir tantôt imitant son idole Luca Toni après un but ou embrassant cette vareuse blauw en zwart qu’il a trop furtivement portée. Le tout alors que les premières gerbes de fleurs étaient déposées dans un silence impressionnant et qu’allait se dresser une chapelle ardente, sur le terrain synthétique de l’Olympiapark, où les supporters du Club pourront signer un registre de condoléances, à partir de vendredi et ce, jusqu’au coup d’envoi de la 34e journée. Car le Bruges-Westerlo de samedi aura bien lieu.

« François l’aurait vraisemblablement souhaité », dira Michel D’Hooghe. Mais ce match sera dépouillé de tout (messages publicitaires, animation musicale) sauf de l’essentiel : l’hommage d’un Club à son goleador, arraché bien tôt à l’existence, précisément à cause de sa soif de vivre. Samedi, sur le coup de 20 heures, une minute d’applaudissements ininterrompus parcourra l’échine de tout un stade. Avant que ne résonne, l’envoûtant You’ll never walk alone en présence de ses équipiers au milieu de la pelouse.

Quant aux funérailles proprement dites, elles auront lieu mardi matin à Alleur, non loin du funérarium d’Ans où repose le corps de Sterchele depuis jeudi après-midi.

Décès Le football belge orphelin de l’un de ses artilleurs d’élite

Un extraverti au parcours fulgurant
La fin de parcours de François Sterchele laissera un grand vide dans le panorama de l’élite. Adieu l’artiste !

Lorsque ton heure est arrivée, que tu aies 25 ou 90 ans, tu dois te résigner. Personne n’est maître de son destin. Chaque jour, je peux avoir un accident de voiture et si cela doit se produire, je ne pourrai rien y faire. La disparition d’Ivo Van Damme m’a appris une chose : chacun, même un sportif de haut niveau, doit vivre sa vie comme il l’entend : vivre comme un reclus ne sert à rien. »

En pleine gloire sportive, Ludo Coeck apporta un jour cette réponse à un journaliste qui lui demandait s’il pensait souvent à la mort. Une réponse prémonitoire puisque peu après, l’international belge perdait, à 30 ans, la vie au volant de sa voiture.

Comme Coeck et bien d’autres sportifs de renom, François Sterchele n’a donc pas échappé à son destin. Aussi fulgurante fut sa trajectoire, aussi tragique et brutal apparaît aujourd’hui le décès d’un garçon attachant, toujours souriant, volontiers provocateur mais unanimement apprécié dans la grande famille du football professionnel qu’il a intégrée, sur le tard, avec une rare efficacité.

Fils d’un immigré de Rimini, en Emilie-Romagne, Sterchele n’avait qu’une idole : l’avant-centre du Bayern Munich Luca Toni dont il rêvait tout à la fois d’imiter la fabuleuse carrière et la gestuelle de victoire. A la manière de sa mascotte, François apprit, au fil du temps, à chaque fois qu’il fouettait les filets adverses, à mimer, par trois petits tours de main, la joie incommensurable de tous les buteurs du monde aux yeux exorbités par l’adrénaline de leur exploit. Cette mimique un peu dingue constituait la marque de fabrique du Liégeois qui, après un parcours fulgurant, avait, au seuil de l’été passé, posé son sac en Venise du Nord après avoir conquis tour à tour ses premiers titres de noblesse à Charleroi et au GBA.

Originaire d’Alleur, Sterchele fit son apprentissage de footballeur à Loncin puis au FC Liégeois, pépinière de talents en herbe, avant de prendre, à 19 ans, le chemin de La Calamine, en P1 liégeoise. Cette première étape marquait le début d’un parcours parsemé de pierres blanches. Avec les germanophones, il connut par deux fois en 3 ans les joies de la montée, inscrivant 23 buts lors de sa dernière campagne en D3. L’efficacité remarquable de cet ailier reconverti en attaquant axial éveilla l’attention de La Louvière et du CS Bruges, mais ce fut finalement à Oud-Heverlee qu’il choisit d’atterrir. En terre louvaniste, ce buteur d’instinct quitta sa chrysalide de joueur amateur pour endosser la livrée d’un semi-pro. Avec 29 roses, il se montra plus prolifique encore qu’à La Calamine, portant à la petite centaine son score personnel en divisions inférieures.

L’heure de la consécration avait déjà sonné pour lui quand Charleroi, flairant la bonne occase, réussit, en 2005, à le convaincre de rallier ses rangs. Sacré meilleur finisseur des Zèbres sous l’ère Mathijssen, le Liégeois n’allait toutefois pas s’attarder au Mambourg où sa tête avait été mise à prix pour un montant de 875.000 euros. Une somme que le GBA, club de transition, n’hésita pas à débourser. En neuf mois, le club anversois allait pratiquement multiplier par quatre son investissement. Entre-temps élevé au rang de Diable rouge et sacré, avec 21 buts, meilleur artilleur de la saison 2006-2007 sous la conduite éclairée de Marc Brys, Sterchele était soudainement devenu l’attaquant le plus convoité du championnat.

L’histoire, encore toute fraîche, nous rappelle cette interminable saga estivale au cours de laquelle l’enfant prodige parvenu au sommet de sa parabole fit tour à tour rêver les supporters d’Anderlecht et les sympathisants du Standard. En position de force pour négocier au mieux de ses intérêts un transfert et un contrat plus juteux encore, il étonna tout son monde en optant pour le Club de Bruges plutôt que pour les Mauves ou les Rouches. Pour la première fois de sa carrière, Sterchele avait opéré le mauvais choix. En dépit d’un premier tour remporté, au ras des pâquerettes, par son club, François connut après l’hiver l’avanie des contre-performances en cascade qui hypothéquèrent les dernières chances de Bruges de renouer avec le titre.

Le Liégeois, modèle d’obstination et parangon de l’optimisme à tous crins, n’en continua pas moins à vivre à du cent à l’heure, et même plus, tant sur le terrain que dans la coulisse. Le nouveau golden boy, qui croyait être né sous le signe de la bonne étoile, avait de fait toutes les raisons de voir l’avenir en rose. En pleine force de l’âge et la perspective d’effectuer, un jour, le saut dans un championnat étranger d’envergure, il imaginait peut-être en son for intérieur rejoindre tôt ou tard le Calcio. Par une belle nuit printanière de mai 2008, son rêve s’est fracassé, à la vitesse supersonique, contre l’écorce d’un arbre. A l’heure qu’il est, Ludo Coeck, le gentleman philosophe, l’a déjà accueilli dans le pré fleuri des artistes disparus.

Alors qu’il est toujours en lutte pour la deuxième place du championnat, le FC Bruges, hôte, samedi soir, de Westerlo dans un stade qui prendra l’allure d’une mortuaire n’a pas assez de toutes ses larmes pour pleurer. Les Blauw en Zwart perdent non seulement un camarade, un bon équipier mais aussi un attaquant performant sur lequel ils fondaient beaucoup d’espoir pour poursuivre, l’an prochain, leur quête du renouveau.

Sur le plan purement sportif, le coup est très rude pour le Club flandrien comme il prive d’ores et déjà le nouveau tandem fédéral Vandereycken-Vercauteren d’un attaquant précieux avant même les trois coups de la prochaine campagne éliminatoire de Coupe du monde.

Nul ne saura jamais si Sterchele, tout juste appelé à 4 reprises, avait l’étoffe d’un international en puissance. Mais l’équipe tricolore, elle aussi, ne manquera pas de verser un pleur sur le sort funeste de ce Diable d’homme.

CARTE D’IDENTITÉ
Date de naissance. 14 mars 1982

Parcours.

1987-1992: Loncin

1992-2001: FC Liège

2001-2004: La Calamine

2004-2005: VH Louvain

2005-2006: Charleroi

2006-2007: Germinal Beerschot

2007-2008: FC Bruges

Palmarès.

94 matchs, 41 buts en D1.

Meilleur buteur 2007

Equipe nationale. 4 sélections.

LARSIMONT,FREDERIC,DONNAY,JEAN-LOUIS
LES PORTFOLIOS : François Sterchele
Cette entrée a été publiée dans Sport, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.