La terre gronde au Sichuan

286801-01-07.jpg
Chine Un séisme de 7,8 sur l’échelle de Richter a frappé l’Ouest

Les autorités chinoises annonçaient environ 10.000 morts ce dimanche soir, à minuit.

PÉKIN

DE NOTRE CORRESPONDANT

Wen Jiabao, chef du gouvernement chinois, a le visage tiré. De la cabine de son avion qui le mène de la province du Henan (centre du pays) à celle du Sichuan (centre ouest), quasiment incapable de dégager ses yeux de sa feuille, il ânonne le texte qu’il vient d’écrire à l’intention de la population chinoise. « Mes camarades citoyens, face à un tel désastre, nous avons besoin de calme, de confiance, de courage et d’une organisation efficace. » À l’image de la puissance du choc qui a touché son pays, son sourire traditionnel a disparu.

Même si l’après-midi est loin d’être terminée, la rapidité de ce voyage confirme que les dommages du tremblement de terre d’une magnitude de 7,8 sur l’échelle de Richter, qui a touché le Sichuan à 14 h 28, heure locale, sont bien supérieurs aux quatre morts annoncés par l’agence de presse officielle. Wen Jiabao ne se doutait pas que, quelques heures plus tard, le bilan partiel s’élèverait à 10.000 morts.

Dans ses vêtements traditionnels noirs, il semble avoir vieilli de dix ans en quelques heures. Sans doute n’a-t-il pas oublié que les séismes étaient autrefois interprétés comme le signe du mécontentement du ciel envers les dirigeants de l’empire chinois. Un mois et demi avant la mort de Mao Zedong, la terre avait ainsi remué à Tangshan, tuant officiellement 242.419 personnes, peut-être jusqu’à quatre fois plus. Ce séisme reste encore perçu dans l’imaginaire populaire comme un jugement céleste à l’encontre du dirigeant chinois et de la « bande des quatre » qui avait alors pris le pouvoir.

Lundi, les médias nationaux n’ont pas tardé à se mettre en branle autour de l’accident. CCTV1, la chaîne de télévision nationale d’information, a mis en place une émission spéciale. Des sismologues, qui exposent sur des cartes la situation géographique du comté de Wenchuan (l’épicentre du séisme) et des villes alentour, alternent avec des reportages dans les provinces sinistrées. En dehors du Sichuan, le Gansu, le Shanxi et la municipalité autonome de Chongqing ont en effet annoncé de nombreux morts et disparus.

Un à un, les journalistes dévoilent des immeubles écroulés, réduits à l’état de débris, des bâtiments fendus.

Une école de dix-huit classes d’environ cinquante élèves s’est ainsi effondrée dans le village de Dujiangyan, à une centaine de kilomètres de l’épicentre.

Tandis qu’une femme pleure son fils sous les décombres, deux fillettes racontent comment elles se sont échappées en courant plus vite que les autres. Vers 14 h 30, le bâtiment avait soudain commencé à remuer dans tous les sens. Les images ne montrent que des tas de pierres et de bétons sortis de terre. Des hommes, sur les gravats, essaient d’extraire des élèves.

Alors que les minutes s’écoulent, l’Etat chinois prend les choses en main. Wen Jiabao réapparaît à l’écran. Il a changé de tenue, son ton est plus assuré. Assis à une table, entouré de militaires et d’aides de camps, il donne des ordres à ceux qui l’entourent.

Après le choc, l’heure est à l’action. Comme il l’avait annoncé dans son avion, « nous pouvons dépasser le désastre avec le travail commun du public et des soldats sous la direction du Comité central du Parti communiste et du gouvernement ».

La peur ne s’est pas limitée aux provinces limitrophes de l’accident. La plupart des grandes tours de Shanghai et de Pékin, à plus de 1.500 km du Sichuan, ont elles aussi bougé, et l’on a dû évacuer leurs occupants. Le Quotidien du peuple, le quotidien officiel, a également provoqué un début d’hystérie générale dans la capitale en annonçant une seconde secousse entre 22 heures et minuit. Le message a été retiré après que le directeur du Bureau des tremblements de terre eut démenti… Mais l’information avait été diffusée par SMS.

Jacques Rogge, le président belge du Comité international olympique (CIO), a promis son soutien aux autorités chinoises : « Le mouvement olympique est à vos côtés, et plus particulièrement durant ces moments difficiles. Nos pensées vont vers vous », a dit le Belge qui parlait lundi « catastrophe gigantesque. »

DE BOURBON,TRISTAN
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.