Rauschenberg, l’inventeur perpétuel

Arts plastiques Décès de l’artiste américain

Enfant terrible et fondateur du pop art, Robert Rauschenberg a touché à toutes les disciplines. Il est décédé à l’âge de 82 ans.

Il a été l’homme de la rupture, un explorateur, le fondateur, avec d’autres, du pop art. Un aventurier. Une cote majeure de l’art. Trois de ses œuvres sont proposées aux enchères de printemps par le marchand d’art Sotheby’s. Overdrive (1963) était estimée entre 10 et 15 millions de dollars dans le catalogue édité avant le décès de l’artiste survenu dans la nuit de lundi à mardi.

Robert Rauschenberg est né au Texas en 1925. Photographie, collage, peinture, sculpture, performances, scénographie, édition accompagnent l’irruption des combine paintings dans une œuvre pléthorique. Ces mélanges d’images peintes aboutissent aux objets hybrides des années 1953 à 1955 qui vont caractériser un style issu tant du monochrome blanc, comme une piste d’atterrissage pour la lumière, que de l’expressionnisme abstrait ancré dans les travaux d’un Kurt Schwitters. Dans cette œuvre ouverte sur le hasard, on retrouve les influences du chorégraphe Merce Cunningham et du compositeur John Cage, cette impressionnante conception de simultanéité formulée par d’autres artistes, Sonia Delaunay ou les futuristes italiens. Sa rencontre avec Willem de Kooning sera déterminante.

Le télescopage des combine paintings se transforme après 1960 et fixe sur la toile des images issues de l’actualité américaine, le temps des Kennedy, le durcissement de la guerre du Vietnam et des énergiques rehauts de peinture. Tohu-bohu ? « La peinture est en relation avec la vie, déclara Rauschenberg. J’essaie de situer mon art dans la brèche qui existe entre les deux. »

Des recherches plus abstraites, à base d’impressions peintes sur des plaques de plexiglas, annoncent ensuite la construction d’objets, à partir des années 70. Cet Arte Povera rivalise avec le précaire, le fragile des impressions sur toiles, images tendues sur des mâts de bois : la série Jammer (1976). De la transparence des tissus, le répertoire emprunte l’issue de la photographie, sans abandonner les assemblages dans l’espace, comme la série Kabal American Zephyr commencée dans les années 80.

Rauschenberg joue sur les frontières entre peinture et sculpture, sur la diversité des genres, des matériaux. Tout entier dans la recherche de la dynamique spatiale, il fut un homme à l’écoute du temps et de ses fragments. Ses tableaux sont des blocs d’énergie, une mémoire collective sauvage, extravertie. La course sans fin s’est arrêtée. Le rébus demeure.

La scène, la danse et la photo

Curieux de tout, ouvert à toutes les formes d’art, Robert Rauschenberg croisa inévitablement la route des chorégraphes, musiciens et metteurs en scène qui allaient révolutionner le monde de la danse et du théâtre dans les années 50 et 60.

Cet aspect de son œuvre, loin d’être négligeable, survit aujourd’hui grâce à un grand nombre de films et de vidéos où on le découvre plasticien mais aussi acteur, metteur en scène, chorégraphe, performer…

Mais c’est bien sûr son travail avec d’autres artistes qui aura marqué l’art du XXe siècle de manière indélébile.

En premier lieu, on trouve le chorégraphe Merce Cunningham et le compositeur John Cage, avec lesquels il collabora à de multiples reprises, jusque dans ces dernières années. C’est le cas également de Trisha Brown dont les magnifiques chorégraphies abstraites se sont souvent appuyées sur des éléments de scène époustouflants conçus par Rauschenberg. Bien d’autres ont travaillé avec lui dans le domaine de la danse : Steve Paxton, Viola Farber, Yvonne Rainer, Lucinda Childs…

Voilà autant d’artistes adeptes du mouvement, cette source inépuisable d’inspiration que Rauschenberg traqua aussi dans son travail photographique. Une œuvre qu’on ne manquera pas de redécouvrir à sa juste valeur dans les prochaines années.

WYNANTS,JEAN-MARIE,LEGRAND,DOMINIQUE
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