GTA 4, le grand méchant jeu vidéo qui fait fureur

Plus que le dernier tube à la radio ou que le dernier film, le jeu vidéo Grand Theft Auto IV (GTA IV) est le très gros carton commercial du moment dans le domaine du divertissement.

Avec 6 millions d’exemplaires écoulés la semaine de sa sortie – 3,6 millions rien que pour le premier jour ! –, il est bien parti pour battre tous les records.

Ce succès, GTA IV le doit à deux facteurs : l’énorme campagne de pub organisée par l’éditeur américain Take Two Interactive et surtout, sa très mauvaise réputation.

Meurtres, rackets, braquages, drogues, sexe… GTA est le grand méchant jeu par essence. Ce jeu violent rend-il les enfants violents ? Est-il immoral ? Ces questions font controverse.

Le « GTA IV » expliqué aux nuls
Jeu vidéo C’est « le » produit du moment

Il fait fureur et déclenche des fureurs. Grand Theft Auto bat tous les records. Qu’en penser ?

Le grand méchant jeu est de retour et comme on s’y attendait il casse la baraque. Grand Theft Auto IV est le quatrième épisode d’une série qui a fait de l’éditeur américain Take Two Interactive un acteur essentiel du monde des jeux vidéo. Avec 3,6 millions d’unités écoulées dans les premières vingt-quatre heures de son lancement, GTA IV a drainé 310 millions de dollars. Considérant son coût de développement (100 millions), le jeu est bien parti pour devenir l’un des best-sellers de tous les produits culturels, loin devant les livres de Harry Potter, Titanic, ou Pirate des Caraïbes.

GTA n’a pas seulement profité de ses propres qualités. Le jeu a aussi surfé sur une solide campagne de pub, et surtout sur la mauvaise réputation qu’on ne cesse de lui faire. Aux Etats-Unis où GTA a été interdit à la vente des moins de 17 ans, mais aussi en Europe où il est recommandé aux seuls +18 ans. Indécent, violent, provocateur, amoral… tous les qualificatifs ont été lancés d’un côté. De l’autre, on répond en accusant les censeurs d’ignorer la nature des jeux vidéo et d’exploiter la peur des parents face à des jeunes soudainement devenus hors contrôle. Un point s’imposait donc. GTA expliqué aux parents et aux curieux.

1GTA, qu’est-ce donc ? Niko Bellic est Serbe. Sans le sou, illégal, il débarque à Liberty City, parfaite réplique de New York, à la poursuite du rêve américain et cherchant à régler de vieux comptes datant de la guerre en ex-Yougoslavie. Niko retrouve son cousin Roman, affairiste sordide et sans envergure, qui le pousse progressivement sur la pente du crime. De petits boulots en coups de main (au sens propre), il commence par récupérer de l’argent, parfois en usant de violence, mais passe rapidement à son premier « contrat », son premier meurtre. Tout y passe : des bagarres, des injures, des poses de machos, des braquages de banques, des fusillades, des drogues, du sexe… Le joueur contrôle Bellic et enchaîne des missions de plus en plus périlleuses. Car la police veille ; et les concurrents sont nombreux et décidés.

2GTA rend-il les enfants violents ? C’est le leitmotiv de ceux qui s’inquiètent du contenu explicite et violent de certains jeux. La question fait controverse et resurgit à chaque fois qu’un jeune adulte commet des meurtres sanglants en pleine rue, comme le fit Hans Van Themsche à Anvers ou les jeunes du lycée Columbine aux Etats-Unis. Pour faire court, disons qu’aucune étude sérieuse, indépendante et d’une envergure suffisante ne prouve que la pratique intensive des jeux vidéo violents entraîne des comportements violents chez les joueurs. Pour autant, aucune étude ne dit l’inverse. La seule quasi-certitude scientifique porte sur l’influence délétère de la télé. Pour les jeux, tout au plus note-t-on une plus grande excitation chez certains, une plus grande « verbalisation » autour des scènes vécues. Pour Nicolas Zdanowicz, psychiatre à l’UCL, « chez certaines personnes asociales et à tendances psychopathiques, le jeu vidéo violent peut être un entraînement au passage à l’acte ».

3GTA un jeu immoral ? Il ne s’agit pas à proprement parler d’un jeu immoral, mais bien d’un jeu où le joueur a le choix de faire des choses immorales. On peut voler des voitures, brûler des feux rouges, écraser des piétons, dealer de la drogue, tuer des innocents… Ou choisir de ne pas le faire. Et encore : si une voiture de police veille, le héros peut être pris en chasse, rattrapé et puni.

Par ailleurs, GTA peut être lu comme une critique acerbe du modèle américain. On y retrouve une « Weasel (belette,) News », une télé qui ressemble point par point à l’ultra conservatrice et populiste Fox (renard) News. GTA tourne en ridicule les infos caricaturales, les émissions débiles, les pubs bêlantes, exploitant des blondes stupides, des yachts gigantesques et des bagnoles rutilantes. Partout, le fameux « rêve américain » est déconstruit dans sa recherche effrénée et violente d’argent, de sexe et de drogue.

4Pourquoi plaît-il à ce point ? « Il exploite la nostalgie de l’enfance, comme ces jeux qui commençaient par “on disait que…”, décode Zdanowicz. Mais il y a aussi le fait que nous avons tous bon gré mal gré intégré les lois et les contraintes et que ce jeu nous permet, sans aucun risque, d’exprimer la partie sombre de notre personnalité – violente, meurtrière même –, une part intrinsèque à la condition humaine. A la limite, plus la société nous contraint, plus elle alimente nos frustrations et nos rages ».

Le jeu est à la fois un moyen d’expression innocent et un exutoire bienvenu – comme pour cette petite fille qui arrache la tête de sa poupée.

5GTA est-il un bon jeu ? « De gustibus et coloribus… », dit l’adage. Dans la masse des softs ludiques, chacun prend ce qui luit plaît. Mais, oui, GTA a les qualités qui font un tout grand jeu. Un univers très étendu, sans contrainte où tout est possible en terme de déplacements et d’action. Contrairement aux jeux les plus classiques, il n’y a pas un seul chemin pour progresser, ni un seul chemin pour gagner. Le moteur du jeu enveloppe un scénario très varié, où les répétitions sont rares. Des moteurs graphiques nouveaux et performants, un look de comics américain flamboyants et extrêmement travaillés, une grande durée de jeu, une bande-son fabuleuse, tous les éléments de la palette sont réunis. Pour les amateurs, GTA IV est un vrai must.

6Faut-il l’acheter ? Avec les jeux vidéo, il est inutile de diaboliser et de se référer aux bons vieux jeux d’antan. Ce serait vouloir que Pulp Fiction ressemble à Bugs Bunny. S’approcher sans a priori, découvrir et décoder. Se rappeler aussi que le jeu vidéo n’est plus une activité d’enfants exclusivement. Reste qu’à juste titre les plus jeunes doivent être tenus à l’écart d’un tel jeu ou au moins encadrés. Et à tout le moins, une remise en contexte un décodage s’imposent et l’imposition de limites dans la durée. Sans oublier que GTA est un jeu… pour grands.

DE MUELENAERE,MICHEL
Cette entrée a été publiée dans Culture, Médias, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.