Le TAS donne des ailes à Oscar Pistorius

JO Le double amputé peut « poursuivre son rêve »

Le TAS déboute l’IAAF : le Sud-Africain peut participer aux JO avec ses prothèses. Reste à réussir les minima…

Comme il le dit lui-même, Oscar Pistorius peut « poursuivre son rêve ». Vendredi, le Tribunal arbitral du sport (TAS), saisi en appel, a donné raison au double amputé sud-africain. En clair, celui-ci peut participer aux Jeux olympiques en utilisant ses prothèses. Dernière condition, de taille : réussir les minima olympiques imposés par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), à savoir un temps, sur 400 m, de 45.95, voire 45.55 si un de ses compatriotes venait à atteindre également ces minima. Le record personnel d’Oscar Pistorius est actuellement de 46.34… « Oh !, si ce n’est pas à Pékin, ce sera à Londres en 2012, » a commenté avec philosophie le Sud-Africain lors d’une conférence de presse à Milan.

« Le TAS a admis l’appel déposé par (…) Oscar Pistorius contre la décision rendue par le Conseil de l’IAAF le 14 janvier, a indiqué le tribunal installé à Lausanne. La décision du Conseil de l’IAAF est annulée avec effet immédiat et l’athlète est éligible pour participer à des compétitions IAAF en utilisant des prothèses de type “Ossur Cheetah flex foot” ».

Le 14 janvier dernier, le Conseil de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) avait décidé de ne pas autoriser Pistorius à participer à ses compétitions sur foi du rapport d’un expert allemand qui estimait que le coureur de 400 m tirait avantage de ses prothèses en fibre de carbone.

Un mois plus tard, Oscar Pistorius (21 ans), qui a été amputé des deux jambes à 11 mois en raison d’une maladie congénitale, avait déposé un recours de cette décision devant le TAS, en affirmant s’appuyer sur « un dossier très solide », grâce notamment aux études effectuées par sa propre équipe de scientifiques. Selon lui, « plusieurs instituts américains (…) ont répondu qu’ils n’étaient pas forcément d’accord avec les résultats des tests » du laboratoire allemand.

Oscar Pistorius, qui a accumulé les succès dans les compétitions pour handicapés où on le surnommait également « Blade Runner », avait déclenché la polémique lorsqu’il avait décidé de concourir avec des valides dans des épreuves phares. Ses jambes artificielles en fibre de carbone, fixées au-dessous des genoux, avaient suscité des interrogations sur l’équité sportive.

« Une formation d’arbitres du TAS a été constituée pour trancher cette affaire, a indiqué le Tribunal. Et cette formation a déterminé que l’IAAF n’avait pas apporté la preuve que l’article 144.2 (NDLR : qui stipule qu’un athlète “ne peut tirer profit d’une aide mécanique ou autre”) de son règlement avait été transgressé ».

« La formation du TAS a considéré que l’IAAF n’avait pas apporté la preuve que les effets biomécaniques de l’usage d’une telle prothèse donnaient un avantage à Pistorius par rapport aux autres athlètes n’utilisant pas un tel équipement », conclut le TAS.

A l’époque, le rapport du Professeur allemand, Peter Bruggemann, semblait pourtant imparable. Il avait notamment déclaré que « l’athlète disposait d’un avantage considérable par rapport à des athlètes sans prothèses. » Bruggemann avait comparé les performances de Pistorius avec celles de cinq athlètes valides capables de réussir le même temps que lui sur 400 m (46.34).

« Sa capacité aérobie (NDLR : respiratoire) était plus mauvaise que la leur, tandis que sa capacité anaérobie était comparable, a relevé Bruggemann. Cela veut dire que s’il réalise les mêmes chronos que les cinq athlètes témoins, c’est grâce à ses prothèses. »

Les tests ont également permis de mettre en évidence que les prothèses restituaient mieux l’énergie, « de l’ordre de 90 % alors qu’elle est de 60 % pour un athlète valide. » Les lames lui offrent aussi une plus grande stabilité. « Sa course est linéaire, superbe, et donne, d’une certaine façon, une impression de facilité. (…) C’est un autre type de mouvement, » estimait Bruggemann. Pas le TAS…

Une décision sympathique mais dangereuse
Commentaire

En guise de préambule, une précision s’impose : Oscar Pistorius est un athlète remarquable, au courage incommensurable et, dans un sport de plus en plus en panne de repères, il fait absolument figure d’exemple. Il a surmonté un handicap qui en aurait abattu plus d’un pour devenir « l’homme sans jambes le plus rapide », comme il se surnomme lui-même. Chapeau.

Cela étant dit, la décision prise ce vendredi par le Tribunal arbitral du sport (TAS), si elle fait peut-être plus pour l’intégration des moins valides que tout ce qui a été fait auparavant, relève plus à nos yeux du « politically correct » que du bon sens. Elle a aussi été rendue possible par la mauvaise gestion du dossier par la Fédération internationale d’athlétisme.

Si on heurte sans doute le bon sens en se demandant si un athlète handicapé possède un avantage sur un athlète valide, dans le cas présent, la question mérite clairement d’être posée, à l’image de la guerre des conclusions scientifiques contradictoires que se livrent les uns et les autres, en fonction du camp qu’ils défendent.

Comme se pose celle des limites que la décision du TAS va peut-être engendrer. Car avec la « jurisprudence Pistorius », on risque bel et bien d’entrer dans une nouvelle ère. Même s’il a clairement été précisé que la sentence ne valait que pour l’athlète sud-africain et que pour le type de prothèses qu’il utilise actuellement, on se demande ce qui se passera lorsque la technologie développera de nouveaux produits ou lorsque d’autres athlètes moins valides défieront les fédérations internationales. Les athlètes bioniques sont peut-être derrière la porte… même s’ils sont peut-être moins contestables que les athlètes dopés !

Entre le droit à la compétition équitable et celui de chaque être humain de concourir, le TAS a donc opté pour la deuxième solution. C’est peut-être sympathique. Mais aussi dangereux.

AFP,WILMOTTE,THIERRY,VANDE WEYER,PHILIPPE
LES PORTFOLIOS : Les JO
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