Don Diego Pistolero

Cinéma Maradona et Kusturica font leur show à Cannes

Maradona était une idole des stades. Le voilà acteur et rebelle d’un portrait que lui consacre Kusturica.

Cannes

De notre envoyé spécial

Quel show ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que mardi soir, sur le tapis rouge du Festival de Cannes, Diego Maradona et le cinéaste Emir Kusturica, double palmé d’or sur la Croisette, ont assuré le spectacle. Entre eux, il y avait un ballon rond, qui a circulé d’une tête à l’autre, face à des photographes déchaînés. Mais il suffit de voir le portrait que le cinéaste consacre au footballeur pour prendre conscience que les ressemblances vont bien au-delà.« Nous sommes Diego et moi des enfants de la guerre. Nous appartenons lui et moi à deux des vingt-quatre pays qui ont été bombardés depuis la Seconde Guerre mondiale. »

Enfant de Sarajevo, Kusturica nourrit depuis près de 25 ans un cinéma habité par le fantôme de la guerre. Et Maradona, qui se prétend dans le documentaire ambassadeur du peuple argentin, n’a jamais oublié ni pardonné le choc de la guerre des Malouines. Tant sur grand écran qu’en conférence de presse, les Anglais, mais aussi les Américains, continuent d’en prendre plein les dents. « Il paraît, dit-il, que quand on devient connu, on ne peut plus parler de Bush. Eh bien moi, j’ai un avis, et à travers moi, le peuple argentin peut exprimer le sien. » On vous donne la traduction simultanée ? Dans le film, Maradona traite Bush d’« assassin ». Et explique que le prince Charles a « du sang sur les mains ».

Si Diego Pistolero manie la gâchette, ce n’est pas à la façon d’un Mike Tyson, présent sur les mêmes marches trois jours plus tôt, et lui aussi cible d’un doc de choc, signé James Toback. Compare-t-on les dieux du stade et des rings, tous deux réhabilités après être tombés très bas ? Maradona y va de son analyse : « Tyson est un personnage de souffrance. Moi, je vis dans la joie. » Kusturica enchaîne, en enlaçant chaleureusement son nouvel ami : « Sur le plan philosophique, nous sommes deux dionysiaques. Et nous appartenons à des cultures, moi les Balkans, lui l’Amérique latine, qui ont en commun le sens de la fête… et la dette au Fonds monétaire international. Chez nous, l’énergie est plus forte que la rationalité. En ce sens, on n’appartient pas au monde d’aujourd’hui. Nous sommes des êtres du monde ancien. »

Le réalisateur d’Underground ajoute, en faisant allusion aux démons de la cocaïne qui ont bien failli emporter ce bon petit diable de Diego : « C’est son côté dionysiaque qui lui a permis de revenir à la vie. » « Eh oui, ajoute Maradona en pointant son voisin, et c’est pour ça qu’on est devenu des amis. »

Malicieux, Maradona peut aussi se faire mauvais. Et prendre des airs de suffisance, en croisant les bras et en plantant la tête en l’air, façon Duce. Quand on lui parle par exemple du roi Pelé. Vieille loi de la nature : deux coqs dans une basse-cour, ça n’a jamais fonctionné. Dans le film, Maradona chambre le « roi », en laissant entendre qu’il l’aurait aisément surpassé dans l’histoire et le talent s’il n’avait pas cédé aux sirènes de la cocaïne. Mais face aux journalistes de Cannes, il en remet une couche. « Ecoutez, je m’étais promis de ne pas parler de Pelé, après tout ce qu’il a pu lâcher sur moi. Mais je vais vous dire : il n’a aucune dignité pour parler de moi. Il a de nombreuses casseroles et histoires louches derrière lui. Alors… »

Kusturica intervient : « Pelé est enfermé dans le monde du foot. Diego, lui, amène de l’humanité. » On demande au cinéaste si un autre footballeur aurait pu lui donner envie de faire un autre portrait filmé. Kustu répond : « Il n’y en a qu’un et c’est Z

idane, le seul joueur contemporain que je considère comme un héros. »

Fin du show. Maradona a rangé son flingue. Les deux hommes s’en repartent comme ils étaient venus : bras dessus, bras dessous.

CROUSSE,NICOLAS
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