Manuscrits de Breton : 3,6 millions d’euros

Art « Le Manifeste » dope les enchères, à Paris

Le Musée des lettres et manuscrits emporte le magot au prix d’une sacrée bataille d’enchères. Les « Ecrits sur l’art » en Pléiade.

L’ensemble des neuf manuscrits surréalistes signés de l’écrivain français André Breton, dont le célèbre Manifeste du surréalisme, a atteint mercredi chez Sotheby’s à Paris 3,6 millions d’euros avec les frais. C’est le plus haut prix jamais atteint par un manuscrit du XXe siècle. Le collectionneur français Gérard Lhéritier, fondateur du Musée des lettres et manuscrits à Paris a bataillé contre plusieurs enchérisseurs au téléphone pour acquérir cet ensemble offert par le pape du surréalisme à sa première épouse, Simone Collinet.

Estimé entre 800.000 et 1,2 million d’euros, l’ensemble comprend une icône de la culture, le seul manuscrit complet connu du Manifeste du surréalisme, 21 pages dont 20 de textes rédigés d’une fine écriture bleue sur vélin crème. Breton y développe les principes d’un des mouvements artistiques les plus importants du XXe siècle. Etaient proposés d’autres manuscrits importants, comme celui de Poisson soluble, fruit de quatre années d’écriture automatique entre 1921 et 1924.

Les manuscrits avaient d’abord été vendus séparément. Le Manifeste avait atteint 740.000 euros. Ils ont ensuite fait l’objet d’une proposition de vente avec « faculté de réunion ». Cette procédure relance les enchères à partir de la somme globale atteinte, pour permettre à un unique enchérisseur d’emporter le lot complet.

Papier bible pour un pape

Autre événement, la Bibliothèque de La Pléiade édite le quatrième et dernier volume relié pleine peau des Ecrits sur l’art, flanqué d’un album sous coffret présentant une iconographie choisie et commentée par Robert Kopp.

Ce volume rassemble des écrits publiés ou inédits appartenant à la période allant de 1954 à sa mort, en 1966. Breton a cessé de « se désirer ailleurs » et l’écrit, sans la fécondité jaillissante des premières ruades, correspond à une forme de sagesse acquise par l’expérience. L’heure n’est plus à la pensée fiévreuse, mais est riche de textes courts portant sur l’art, la littérature.

Ce tome IV est la voix de Breton apaisée. Le surréalisme et la peinture en est la pièce maîtresse. Journal des saisissements successifs dans une syntaxe frémissante, « l’œil à l’état sauvage » se place face à Man Ray, Duchamp, Dali, Max Ernst, face aux « figures de pensée » de Magritte et la galaxie de l’aventure surréaliste.

L’écriture poétique des Constellations, L’Art magique, livre-culte au prix d’un laborieux travail préliminaire de documentation, les entretiens de Perspective cavalière s’accompagnent de textes inédits. Ces derniers feux parfois superfétatoires sont ceux d’un pape qui avait encore projeté d’écrire une sorte de Voyage autour de ma chambre testamentaire, passant en revue les tableaux et objets qui composaient le décor de l’atelier du 42, rue Fontaine. Titre envisagé : Quelle ma chambre au bout du voyage ?

André Breton, Ecrits sur l’art et autres textes, Œuvres complètes IV, Bibliothèque de La Pléiade, 1.584 p., 68 euros. Prix de lancement jusqu’au 31 août, 59 euros.

LEGRAND,DOMINIQUE
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