Un président pour la réconciliation

Liban Michel Sleimane a été élu dimanche président de la République
Le pays est à la fête. L’espoir est immense. Pour autant, tous les problèmes ne sont pas réglés. Au travail…

De notre correspondant à Beyrouth

Cent dix-huit voix sur 127… Ce dimanche après-midi, dans l’hémicycle de Beyrouth, le suspense n’aura pas duré très longtemps. L’élection du général Michel Sleimane à la présidence était programmée grâce à l’accord de Doha signé entre la majorité et l’opposition parlementaire la semaine passée. Les Libanais, soulagés par la fin du blocage politique en cours depuis 18 mois, ont pu laisser éclater leur joie.

A 17 h 30, les cloches du pays ont commencé à résonner, aussitôt suivies par des feux d’artifice et de longs tirs à l’arme automatique. Juste après son élection, le général Sleimane – costume gris et cravate assortie – s’est adressé au Parlement, mettant en avant son rôle de rassembleur : « J’appelle de mes vœux l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire du Liban. Et je souhaite que les puissances étrangères œuvrent pour l’unité du pays. Dans ce premier discours, il a également abordé la question qui irrite le régime syrien – le tribunal international chargé de juger les responsables de l’assassinat de Rafic Hariri –, celle du droit de vote des Libanais de la diaspora, et a assuré que l’Etat libanais respecterait toutes les résolutions onusiennes.

L’ambassadeur belge au Liban, Johan Verkammen, a ainsi commenté ce discours : « Le président s’est montré très équilibré, en abordant certains aspects délicats de la situation libanaise, comme celle de la « résistance » et des relations libano-syriennes. Il a également beaucoup parlé de la jeunesse libanaise. Il a ainsi réagi à l’immense vague d’optimisme qui déferle sur le Liban. Espérons que cet état d’esprit perdure, même si personne n’est dupe car les divisions politiques sont toujours là. »

Tous les mauvais feuilletons ont donc une fin, et celui de la présidentielle libanaise vient enfin d’accoucher de son épilogue.

Le général Michel Sleimane, commandant en chef de l’armée libanaise, est devenu le douzième président depuis l’indépendance du Liban en 1943.

« Maintenant que cette question est réglée, nous allons pouvoir reprendre une vie normale ! », s’enflamme Hoda Smat, une mère de famille. Georges Najjar, PDG d’une grosse société, voit lui aussi l’avenir en rose : « Je n’ai plus été aussi optimiste depuis la fin de la guerre en 1990. Nous, les Libanais, nous avons fait de gros progrès depuis 1975 et le début de la guerre civile. Cette fois, nous avons su régler nos différends sans attendre d’avoir 200.000 morts. Le pays va reprendre grâce à Sleimane, je le sens, c’est sûr ! » Comme Hoda et Georges, la majorité des Libanais – toutes tendances politiques et confessionnelles confondues – a envie d’y croire. Cette élection, reportée à 19 reprises depuis le départ du général Emile Lahoud, le 24 novembre dernier, ressemblait à la plus triste des Arlésiennes. Aujourd’hui, elle constitue le point de départ d’une période que beaucoup désespéraient de voir arriver.

Pour Sleimane – qui n’a jamais fait acte de candidature mais dont le nom s’était imposé à tous depuis sept mois –, les choses sérieuses vont vraiment commencer aujourd’hui. A 59 ans, le nouveau président a devant lui deux premiers dossiers à clore le plus rapidement possible. Celui dont les portraits tapissent les murs de Beyrouth par milliers sait qu’il ne pourra pas compter sur un hypothétique état de grâce… Dans un premier temps, il va devoir nommer son Premier ministre. L’actuel titulaire de ce poste, Fouad Siniora, a fait savoir qu’il ne souhaitait pas être reconduit, et pourrait laisser sa place à Saad Hariri, chef de file du principal groupe parlementaire et fils de l’ancien Premier ministre assassiné en février 2005.

Ensuite, l’accord de Doha stipule que l’élection du nouveau président doit déboucher, au plus tôt, sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, incluant des membres de l’actuelle majorité et ceux de l’opposition dominée par le Hezbollah, Amal et le Courant patriotique libre de Michel Aoun. Si toutes les parties présentes au Qatar se sont engagées sur cette voie, les principaux ténors des deux camps aiguisent déjà leurs arguments. Dimanche matin, par exemple, le général Aoun a lancé une OPA sur deux ministères essentiels, Justice et Finances.

Sleimane, qui se veut l’homme de la réconciliation, va donc devoir montrer ses talents de négociateur. Car, ensuite, il va encore devoir gérer l’épineux dossier de la prochaine loi électorale – celle qui encadrera les élections législatives de 2009. « Mais Sleimane est l’homme le mieux placé pour sortir le Liban de la crise, note un diplomate européen. A la tête de l’armée, il a mis en pratique une politique sage et ordonnée, alors qu’il avait très peu de moyens à sa disposition. Espérons qu’il réussisse de la même façon à la tête de l’Etat. » Patron de l’armée pendant dix ans – il avait été nommé commandant en chef sous la tutelle syrienne en 1998 –, Sleimane a conscience de la tâche qui l’attend durant les premières semaines de son mandat : restaurer un climat de confiance dans le pays, politiquement et économiquement, tout en préservant la stabilité sécuritaire. Un triple défi aux allures de travaux d’Hercule.

HURY,DAVID
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