Anderlecht a 100 ans

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Le Sporting est né dans un café de la rue d’Aumale le 27 mai 1908. Cent ans plus tard, il est la référence du football belge.

La saison 2007-08 s’est achevée en feu d’artifice pour Anderlecht. Vice-champion par la grâce d’une remontée fantastique sur le FC Bruges, le Sporting a mis un point d’honneur à boucler l’exercice par un succès de prestige en finale de la Coupe de Belgique. Un succès d’autant plus beau qu’il est platonique puisqu’en terminant la compétition au long cours à la deuxième place du classement, derrière le Standard, les Mauves étaient d’ores et déjà qualifiés pour les éliminatoires de la prochaine Ligue des champions. Ce final somptueux couronne le travail opiniâtre d’une équipe de dirigeants dont il convient de souligner les immenses mérites à l’heure où le RSCA célèbre avec éclat ses 100 ans d’existence.

Si, flanqué du matricule 35, il n’est pas le plus ancien du pays, un privilège que détient l’Antwerp, Anderlecht s’est érigé, au fil des décennies en référence du football belge. Son véritable envol se situe dans l’après-guerre, avec un premier titre national conquis en 1947, l’année de naissance d’un certain Rensenbrink qui, bien plus tard, allait aider les Mauves à s’installer dans la durée sur le tréteau européen. Depuis lors, le Sporting n’a cessé d’imposer son hégémonie à toute la concurrence belge. Recordman absolu des podiums, il n’a, depuis… 1938, plus jamais terminé un championnat au-delà de la 6e place du classement. Cette extraordinaire régularité lui a permis de fidéliser à jamais sa clientèle mais aussi de forcer le respect et de conquérir l’estime de tous ses adversaires qui louent sa faculté à gérer aussi efficacement le succès que les difficultés du moment.

Gavé d’émotion, de spectacle et de succès, le public le plus exigeant a appris à apprécier et affectionner la gestuelle de cette phalange bruxelloise élevée au pinacle sous la direction éclairée de Pierre Sinibaldi, le véritable précurseur du style anderlechtois empreint tout à la fois de technicité, de vivacité, d’agilité, d’improvisation, d’intelligence et, bien évidemment, de percussion. Depuis plus d’un demi-siècle, le RSCA charme les connaisseurs et épate ainsi les puristes par la qualité du jeu déployé par des joueurs recrutés tous azimuts selon des exigences cadrant avec la philosophie et les ambitions, toujours revues à la hausse, de ses patrons.

L’époque est définitivement révolue, au Parc comme partout ailleurs, où une équipe était bâtie, de la cave au grenier, sur le seul talent belge. S’il avait eu un jour le bonheur d’identifier lors d’un Belgique-Hollande 11 Anderlechtois sous la vareuse des Diables, le Sporting n’hésita pas, pour assurer sa pérennité, à recruter par la suite hors de nos frontières les renforts susceptibles d’insuffler un nouvel élan à ses couleurs. Le Sporting connut d’abord, avec les Mulder, Bergholtz, Ruiter, De Bree, Dusbaba, Haan, Ressel, Geels, Van Poucke et bien sûr Rensenbrink la vague hollandaise à laquelle succéda le maelström nordique. Nielsen, Brylle, Olsen, Frimann, Andersen, Arnesen, Mortensen et Petersen précédèrent dans la cour des grands Pär Z

etterberg, ultime chaînon d’une filière en voie d’extinction. Mais comme le talent est universel, le Sporting est aussi allé chercher son bonheur dans l’Est européen puis sur le continent africain avant de se tourner, désormais, vers l’eldorado sud-américain.

Pour autant, Anderlecht n’a jamais laissé passer l’occasion qui s’offrait à lui de mettre le grappin sur le gratin belge. Aussi loin qu’on remonte dans le temps, des regrettés Verbiest et Puis à son dernier Soulier d’or Mbark Boussoufa, en passant par Lozano, Scifo, Degryse ou Tchité, il est toujours parvenu, tantôt en puisant dans sa patience, tantôt dans son compte en banque à convaincre les meilleurs éléments exerçant leur art en Belgique à rallier ses rangs. S’appuyant sur sa puissance de feu financière, il a constamment animé le marché des transferts, réinjectant dans le circuit l’argent qu’il avait capitalisé au gré de ses conquêtes, au grand soulagement, parfois, de ses plus farouches opposants tout heureux de pouvoir compter sur le Sporting pour renflouer leur propre trésorerie.

À deux reprises, toutefois, le RSCA trembla sur ses bases. Puisant dans sa cassette personnelle, Constant Vanden Stock le tira d’abord d’embarras au moment d’acquitter l’ardoise, particulièrement pimentée, présentée par le fisc au terme de l’enquête diligentée par le juge Bellemans sur le circuit de l’argent noir dans les clubs de foot. Anderlecht sortit aussi durement éprouvé, par la suite, du séisme engendré par l’arrêt Bosman qui, sur la scène internationale, sonna le glas de ses plus belles espérances. Le champion belge toutes catégories des finales et des trophées européens mit longtemps avant d’intégrer dans son mode de gestion la libre circulation des pros en fin de contrat.

La nouvelle direction articulée autour du trio Vanden Stock-Collin-Van Holsbeeck semble avoir enfin maîtrisé la donne contemporaine. Elle n’est pas pour autant parvenue au bout de ses peines. Alors que l’influence mauve et blanc n’est plus ce qu’elle fut, jadis, dans les sphères fédérales, la nouvelle direction est confrontée avec l’obligation d’agrandir son stade et l’impérative nécessité de combler l’important retard qu’elle accuse maintenant en matière de formation. Il lui faut, aussi, plancher sur l’avenir d’un club qui ne pourra pas éternellement se reposer sur la cellule familiale pour assurer sa gestion. Un jour viendra où le clan devra, sans doute la mort dans l’âme, modifier les structures juridiques du RSCA, à charge pour lui d’accepter le partage du pouvoir, voire même de courir le risque de voir le loup débouler dans la bergerie. Peut-être, en fin de compte, sera-ce le tribut à payer sur le chemin, sinueux mais exaltant, de la résurrection européenne.

Jean-Louis Donnay

LES PORTFOLIOS : RSCA Anderlecht

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