Ils ont tué la sous-munition !

Défense Cent onze pays bannissent les bombes à sous-munitions
Tous les alliés des Etats-Unis soutiennent l’accord : l’isolement de Washington est intenable.

Ce type de bombe à rendu impropre au développement des pans entiers de l’Afghanistan et de l’Irak. Lorsque les troupes américaines les ont lancées sur Al-Hilla en 2003, des dizaines de ces bombinettes non explosées se sont fichées dans les murs – notamment de l’hôpital de la ville –, les jardins, les sillons des terres agricoles. Un enfer : parce qu’elles visent non pas à toucher une cible mais à saturer d’explosifs une zone donnée, les sous-munitions se transforment en autant de mines larguées au hasard et tuent davantage en période de paix que durant le conflit. Elles tuent à 98 % des civils, ne blessent ou ne tuent un militaire que dans un cas sur trois millions. Taux d’efficacité : 0,00003 %.

C’est ce type d’armement que 111 pays ont décidé ce mercredi à Dublin de mettre hors la loi, dans une convention qui sera signée le 3 décembre à Oslo. La convention entrera en vigueur six mois après sa ratification par 30 pays, ce qui ne devrait tarder : l’Allemagne a dit renoncer « avec effet immédiat » aux sous-munitions, la France a salué ce texte « destiné à en finir avec le drame humanitaire » des sous-munitions ; la Norvège (pays moteur dans ce processus) parle de « victoire pour le droit humanitaire » ; etc.

Pourtant, les interdits ne sont pas minces : chaque signataire s’engage à ne jamais « utiliser, mettre au point, produire ou acquérir de quelque autre manière, stocker, conserver ou transférer à quiconque, directement ou indirectement » des armes à sous-munitions, sous aucune circonstance. Les signataires s’engagent à détruire leurs stocks dès que possible et au plus tard dans huit ans ; les signataires ne peuvent demander l’utilisation d’armes à sous-munitions (à des pays non signataires).

Le texte, « d’une force incroyable », n’est cependant qu’un « compromis », rappelle Simon Conway, de la Coalition contre les armes à sous-munitions. D’une part, la convention, dans son article 2C, admet l’usage de bombes qui contiendraient moins de dix sous-bombes, pour autant que chacune de ces sous-munitions pèse plus de 4 kg, dispose d’une technologie destinée à viser une cible, et soit dotée d’un système d’auto-désamorçage en cas de non-explosion.

Etats-Unis : un casse-tête

Présent à la conférence, Stan Brabant, de Handicap International Belgique, ne voit pas là une véritable clause d’exception : « Ce dont parle l’article 2C, c’est un autre type d’arme, une autre catégorie : elles ne visent pas à la saturation de zone, elles n’ont pas le même impact postconflit. Voilà un type d’arme qui n’a pas encore été utilisé, et il faudra garder un œil ouvert sur son impact futur. Mais on ne peut pas vraiment considérer cela comme une sous-munition. » De fait, si le 2C parle de sous-bombes de plus de quatre kilos, la sous-munition qui dévaste les enfants d’Afghanistan (le « papillon ») ne pèse, elle, que quelques dizaines de grammes.

Autre problème : les États-Unis ne sont pas partie à l’accord (ni l’Inde, le Pakistan, la Chine, Israël), affirmant que « les sous-munitions ont montré leur utilité militaire, et leur élimination des stocks américains mettrait en danger la vie de nos soldats et celle de nos partenaires ».

Là encore le Belge Stan Brabant se montre positif : « Ce traité pose un gros problème aux États-Unis : tous leurs alliés étaient présents à Dublin et ont soutenu le texte. Ce qui signifie que désormais, tout transport de leurs bombes à sous-munitions via des États alliés – qui, eux, auront mis hors la loi ce type d’arme – va devenir un casse-tête logistique pour Washington. » Bref, pour Handicap International, ce texte est réellement d’une « force incroyable ».

LALLEMAND,ALAIN
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