Le couple diabolique mourra en prison

Arrêt sans surprise. Les Fourniret écopent de la perpétuité. Les familles sont satisfaites du verdict.

De notre envoyé spécial à Charleville-Mézières (FRANCE)

L’avocat commis d’office de Michel Fourniret, le bâtonnier du barreau des Ardennes Pierre Blocquaux, l’avait glissé dans sa plaidoirie : « C’est dans cette même salle que fut prononcée en France la dernière condamnation à mort le 21 mai 1981 ! »

Il s’agissait d’un tueur d’enfant. On a oublié si ce jour-là il y en eut qui crièrent « à mort », s’érigeant ainsi par leurs vociférations contre la décision du président François Mitterrand, élu trois semaines plus tôt, d’abroger la peine capitale.

Vingt-sept ans et sept jours plus tard, devant la même cour d’assises, ces mêmes cris furent entendus alors que des voitures bleues du GIPN (le groupe d’intervention de la police nationale), aux vitres masquées par des sacs-poubelle, au son de sirènes stridentes, emmenaient Michel Fourniret et Monique Olivier vers leur dernière demeure, la maison d’arrêt de Charleville-Mézières.

Perpétuité « perpétuelle » pour lui. Perpétuité assortie d’une période de sûreté de 28 ans pour elle : Olivier, 60 ans, Fourniret, 66 ans, ne sortiront de prison qu’entre quatre planches de sapin au terme de l’arrêt délibéré durant 24 heures à la caserne de la CRS 23 du chef-lieu des Ardennes.

Michel Fourniret avait pris soin, croyons-nous, de réserver une dernière bravade à ses juges. À 15 h 08, lorsque le président Gilles Latapie le salua une dernière fois d’un policé « Bonjour, M. Fourniret, installez-vous », « l’Ogre des Ardennes » apparut transfiguré. Barbe et moustache rasée. Le crâne partiellement tailladé de coups de ciseaux réduisant à des touffes piquantes le tiers3 de son crâne. On l’aurait cru s’être soumis au rasoir grossier du barbier des hautes œuvres, éliminant sous d’autres régimes les pilosités risquant prétendument de distraire la lame de Guillotin du cou du condamné.

« Se retirer dans le silence »

Verdict sans surprise. Sans émotion non plus. Fourniret a bien levé le doigt, comme pour s’exprimer une nouvelle fois. Gilles Latapie, fort de la clôture des débats, n’a pas donné suite au souhait du « monstre », appelant les deux « à faire en sorte que les débats mettent fin à la procédure afin que chacun puisse se retirer dans le silence et l’apaisement ». Une invitation à ne pas interjeter appel, comme la procédure française le prévoit ? Fourniret ne serait pas partant. L’avocat d’Olivier, Me Richard Delgenes « y réfléchit ». Le maigre rabiot de 2 ans (28 ans au lieu de 30) emporté sur les réquisitions de l’avocat général pourrait en tout cas le justifier.

Dans la salle des pas perdus, les parties civiles étaient contraintes d’exprimer leur satisfaction devant une forêt de micros. L’avocat de Marie-Noëlle Bouzet, absente au prononcé, rappelait que la maman d’Elisabeth Brichet « n’attendait rien du verdict » et redoutait que « la sexualité solitaire de Fourniret en prison lui permette de violer encore mentalement d’autres enfants ».

« Qu’ils pourrissent en prison », lançait devant les caméras Francis Brichet le papa d’Elisabeth, brandissant une photo de sa fille assassinée. Mes Reginald de Béco et Isabelle de Moffarts assuraient que leur cliente, Marie-Ascension, était soulagée et souhaitait s’engager, après sa scolarité, au service de victimes, particulièrement celles du Burundi. « Je suis soulagée », lâchait Marie-Jeanne Laville, la maman de la première victime de Fourniret.

Devant le palais de Justice, l’équipe du commissaire Fagnart s’apprêtait à reprendre la route de Dinant. D’autres dossiers restent ouverts en Belgique, principalement celui des jeunes filles au pair qu’aurait assassinées Fourniret. « L’Ogre » aura d’autres rendez-vous avec la Justice.

METDEPENNINGEN,MARC
LE PORTFOLIO : Le procès Fourniret
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