L’inflation au plus haut depuis 23 ans : 5,21 % !

Sur base annuelle, la hausse des prix atteint des sommets.
En cause : le prix des produits pétroliers. Les réponses à vos questions.

Un taux d’inflation de 5,21 % sur base annuelle et une augmentation de 0,89 % par rapport à avril : en mai, l’inflation a atteint des sommets qu’on n’avait plus vus en Belgique depuis 1985.

Les prix des carburants et du mazout de chauffage sont principalement à l’origine de cette flambée. Responsable aussi, dans une moindre mesure : le prix des denrées alimentaires.

Où s’arrêtera-t-elle, l’inflation ?

Pouvoir d’achat La hausse des prix atteint 5,21 % en mai sur base annuelle
C’est la plus forte augmentation en 23 ans. Premier moteur de la hausse : le carburant et le mazout.

Bon nombre d’experts pariaient sur une embellie. C’est raté. L’inflation a continué de grimper au mois de mai. Sur base annuelle, la hausse atteint 5,21 %. Par rapport au mois d’avril, la hausse est de 0,89 %.

1Pourquoi l’inflation s’accélère-t-elle ? Le gros de l’augmentation tient au prix des carburants et du mazout de chauffage. Il est vrai qu’en mai, le baril de brut (159 litres) s’est permis d’enfiler comme jamais les records historiques, tutoyant même les 135 dollars. Sur le mois de mai, le prix moyen est à 125 dollars alors qu’il y a un an, le marché en donnait 67 dollars. Pour les calculs, c’est assez simple : en un an, le prix du baril a doublé. Pourquoi ? La demande mondiale ne faiblit pas, l’offre ne suit pas vraiment et la spéculation subsiste au moment où la crise financière retient bon nombre d’investisseurs à distance des marchés boursiers.

A titre secondaire, un autre facteur a joué en mai : le prix des produits alimentaires frais. Il y a un an, une météo riante avait dopé l’offre en fruits et légumes, poussant les prix à la baisse mais, cette année, ce facteur ne joue plus. Globalement toutefois, les économistes se réjouissent que l’emballement des prix alimentaires, qui avait nourri l’inflation en début d’année, ne semble plus de mise. Un des moteurs de la hausse récente des prix paraît s’être éteint ou du moins calmé.

2La hausse va-t-elle se poursuivre ? Les économistes n’osent plus trop jurer de rien mais ils s’attendent tout de même à ce que l’inflation se calme en fin d’année. Les optimistes espèrent la voir revenir vers les 2 % mais d’autres ne la voient pas sous les 3 % d’ici à décembre. « Souvenons-nous que le baril de pétrole valait 91 dollars en moyenne en décembre 2007. Donc, même si les prix pétroliers se stabilisent à leur niveau actuel de 125 dollars, il y a aura un effet mécanique à la hausse par rapport à la fin de l’année dernière », prévient Ivan Van de Cloot, économiste chez ING. On ajoutera que les prix du gaz et de l’électricité, restés sages ces derniers mois, suivent avec retard ceux des produits pétroliers. Sur un point au moins, il y a unanimité : les prix pétroliers sont imprévisibles.

3Les salaires vont-ils augmenter ? La Belgique connaît un système d’indexation automatique des salaires. Cela signifie que lorsque les prix augmentent, les rémunérations suivent. Mais la hausse ne se répercute pas immédiatement. Pour une raison : les salaires belges ne sont pas liés à l’inflation, mais à l’indice santé, qui correspond à l’indice des prix, expurgé du tabac, de l’alcool et des carburants. Quand l’indice santé augmente de 2 % en moyenne sur quatre mois, les salaires du secteur public grimpent dans la même proportion, deux mois plus tard. Pour les allocations sociales, la hausse intervient dès le mois suivant. Et les salariés du privé ? Tout dépend du secteur d’activité. Dans le secteur chimique, textile et socioculturel, la hausse suit celle des salaires publics. Dans les autres secteurs, la hausse intervient à intervalle fixe (tous les mois, tous les deux mois ou tous les ans, selon les secteurs). La Belgique a déjà connu deux sauts d’index récemment : en décembre 2007 et au début de ce mois. Un nouveau saut était attendu pour le premier trimestre de l’an prochain. « Il est possible qu’il intervienne finalement à la fin de cette année », estime Ludovic Dobbelaere, économiste au Bureau du plan. Vincent Bodart, chercheur à

l’Ires, partage cet avis. Mais si le saut d’index intervient en décembre, les salaires ne seront adaptés, dans le meilleur des cas, qu’au début de 2009.

4L’indexation automatique est-elle menacée ? En période forte inflation, les prix augmentent, et les salaires suivent, en raison du mécanisme d’indexation. Les patrons sont donc tenus de mettre la main au portefeuille. Personne n’ose actuellement remettre en cause l’indexation automatique des salaires, car les syndicats s’y opposeraient immédiatement, actions à l’appui. Mais la Fédération des entreprises de Belgique plaide pour une adaptation du système. La fédération patronale souhaite que patrons et syndicats puissent négocier pour un an ou deux une marge d’augmentation maximale, intégrant à la fois les hausses réelles et la prise en compte de l’inflation. Ce système permettrait aux patrons de pouvoir prévoir les hausses dans leur budget, puisqu’elles seraient chiffrées a priori, et non a posteriori, comme actuellement. Les syndicats s’opposent à ce qu’un tel système, qui s’applique déjà dans certains secteurs, soit généralisé, estimant qu’il s’agirait là d’une remise en cause de l’indexation automatique des salaires. Le point sera l’une des questions les plus chaudes des négociations interprofessionnelles, qui débuteront cet automne.

GERARD,PAUL,DEMONTY,BERNARD

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