Un superbe écrin pour un trésor enfin dévoilé

Arts plastiques Le Musée de la Photographie fait peau neuve à Charleroi
Rénové et considérablement agrandi, le Musée de la Photo peut déployer son activité dans un espace idéal.

On en parle déjà comme du plus grand musée de la photographie en Europe. Et si cela fait sourire certains, on leur conseillera simplement d’aller y voir par eux-mêmes.

Le Musée de la Photographie, créé en 1987 dans l’ancien carmel à Mont-sur-Marchienne, près de Charleroi, s’offre une nouvelle jeunesse avec une importante rénovation et, surtout, la construction d’une aile résolument contemporaine mettant idéalement en valeur les collections et le travail de cette institution que bon nombre de pays nous envient.

L’ancien carmel, rénové dès 1987 par une équipe de bénévoles, avait déjà été restauré et réaménagé par le bureau l’Escaut au milieu des années 90. Aujourd’hui, il se voit augmenté d’une nouvelle aile, sorte de double inversé du cloître, qui place d’emblée le Musée de la Photographie dans les institutions phare de notre pays. Il suffisait d’entendre l’enthousiasme de nos collègues flamands et étrangers, vendredi lors de la visite de presse, pour se convaincre que l’on tient là un outil exceptionnel. L’alliance d’une architecture contemporaine, innovatrice (supports du porte-à-faux réalisés en panneaux de bois massif contrecollés, façade garnie de profilés d’aluminium…) et d’un contenu exceptionnel enfin pleinement mis en valeur. Une infrastructure du XXIe siècle, capable d’attirer tous les publics et de donner à Charleroi une image nouvelle, résolument positive.

Ce travail de rénovation et d’agrandissement, on le doit au bureau l’Escaut Architecture et plus particulièrement à son fondateur Oliver Bastin (voir page 26) et à sa collaboratrice Eloisa Astudillo.

« Nous avons bénéficié de conditions exceptionnelles, souligne Olivier Bastin. Je suis l’évolution du musée depuis les années 90 quand j’y suis intervenu pour la première fois avec les artistes Francis Alys, Edith Dekyndt, Jean-Claude Saudoyer et Marc Feulien. Nous avons ensuite réalisé la première phase de travaux de rénovation. Et commencé à plancher sur une extension ».

Celle-ci est pourtant reportée à des jours meilleurs et, en 2000, le musée change de direction. Georges Vercheval, fondateur et directeur de l’institution, part à la retraite et est remplacé par Xavier Canonne. Ce dernier souhaite reprendre sans tarder le dossier de l’extension mais le projet prévu ne le convainc guère. Il relance donc les discussions : « Il s’est passé deux ans entre mon arrivée et le moment où on a vraiment commencé à travailler avec le bureau l’Escaut. Avec le recul, je me dis que c’est une très bonne chose. Durant ces deux années, j’ai pu déceler les manques, sentir les vrais besoins. »

Durant six mois, les architectes et l’équipe du musée se voient pour discuter, réfléchir, proposer. « Ce fut une collaboration exceptionnelle, souligne Olivier Bastin. Durant ces six mois, nous n’avons rien dessiné, de façon à ce que la pensée reste libre et que le résultat puisse émerger petit à petit entre nous. Ainsi, un jour, c’est Xavier Canonne qui a proposé de situer l’extension là où elle est aujourd’hui. C’était notre idée depuis le début mais nous n’en avions jamais parlé. C’est lui-même qui l’a proposé. » Aujourd’hui, le nouveau bâtiment se dresse au milieu d’un parc dont la plupart des visiteurs ignoraient l’existence. Un parc entouré par les immenses tirages sur bâche avec lesquels le musée annonce ses expos temporaires.

Du parc, on admire la façade de la nouvelle aile, couverte de profilés d’aluminium. En fonction du parcours du soleil, des couleurs apparaissent, différentes selon les saisons. Le regard, la lumière, cette proposition de l’artiste Jeanine Cohen se marie parfaitement avec un lieu dédié à la photographie.

Mais si celle-ci se déploie même à l’extérieur, la nature, elle, pénètre dans le musée. D’une part, un jardin d’hiver, idéal pour se reposer, attend les visiteurs au rez-de-chaussée. D’autre part, les salles offrent de multiples ouvertures sur le parc et l’ancien potager réaménagé par une plantation de fougères.

Dans un tel espace, les collections peuvent enfin se déployer pleinement (lire en page 45). Et accueillir en prime les archives de Vidéographie(s) dont les petits bijoux sont diffusés un peu partout sur des moniteurs. Mais un musée moderne est aussi un lieu de rencontre, d’information, de discussion, de convivialité. Rien de tout cela n’a été oublié : bibliothèque parfaitement isolée du bruit extérieur, cafétéria donnant sur le parc, espace éducatif coloré et design…

Le Musée de la Photographie possède désormais tous les atouts pour faire courir les foules belges et internationales. Ne soyez pas les derniers à le découvrir.

Musée de la Photographie, 11 avenue Paul Pastur, Mont-sur-Marchienne (Charleroi), du mardi au dimanche de 10 à 18 heures. Infos : 071-43.58.10, www.museephoto.be.

WYNANTS,JEAN-MARIE

Cette entrée a été publiée dans Belgique, Culture, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.