La perpétuité pour Ait Oud

Assises de Liège Les parents des fillettes se disent « réjouis et soulagés »

L’assassin de Stacy et Nathalie écope de la peine maximale. Aucune circonstance atténuante n’est retenue.

Debout. Raide. Immobile et impassible. Serré dans sa chemise blanche et les yeux fixés vers le sol ou vers le fond de la salle, Abdallah Ait Oud est sans réaction. Pourtant, l’arrêt que vient de lui lire le président Stéphane Goux, après deux heures et quart de délibérations, est sans appel. Et il est dur : réclusion à perpétuité et dix ans de mise à disposition du gouvernement.

Ce mercredi, la Cour et le jury n’accordent aucune circonstance atténuante à Ait Oud, reconnu coupable la veille de l’enlèvement, du viol et de l’assassinat des petites Nathalie Mahy et Stacy Lemmens, en juin 2006. « La Cour a tenu compte de l’extrême gravité des faits qui ont touché deux jeunes enfants sans défense, au mépris total de la vie humaine. Elle a également retenu vos antécédents qui prouvent votre dangerosité, lance le président. Il s’agit d’une peine très grave qui correspond à la gravité des faits que vous avez commis. J’espère que vous vous amenderez en prison. »

Interrogé à l’issue de l’audience, Jean-Baptiste Andries, le magistrat de presse, commente : « Avec une telle peine, Ait Oud pourrait sortir au plus tôt après dix ans de détention. » Comme il en a déjà purgé deux, il serait libérable en 2016. Cette décision revient au tribunal d’application des peines. Il peut accepter la remise en liberté, l’assortir de conditions ou encore la refuser. La mise à disposition du gouvernement, elle, permet au SPF Justice de maintenir le condamné à sa disposition durant dix ans.

L’audience s’est ouverte par le réquisitoire de Marianne Lejeune. Elle demandait la perpétuité. L’avocat général sollicitait une mise à disposition du gouvernement de 20 ans, convaincue que l’assassin était en état de récidive légale – c’est le cas mais pour des délits et non pour des crimes.

A la sortie de la salle, les familles des victimes étaient souriantes, se disant réjouies et soulagées et estimant que l’essentiel est acquis : Ait Oud ne pourra plus faire de mal à d’autres petites.

La peine ne deviendra définitive que dans quinze jours, soit le délai dont dispose la défense pour se pourvoir en cassation. « Nous allons voir s’il y a des moyens sérieux qui peuvent être développés, lance Mes Olivier Martins. Il y a eu certains manquements aux droits de la défense. À Liège, chacun avait déjà condamné l’accusé avant le procès. Il n’en aurait peut-être pas été de même à Mons par exemple. »

La mise à disposition : une mesure de protection

Protéger la société : c’est la raison pour laquelle un juge peut, au-delà d’une condamnation à une peine de prison, imposer une « mise à disposition du gouvernement ». Comme une peine après la peine, pour les cas les plus sensibles.

Pour Ait Oud, condamné à la perpétuité et mise à la disposition du gouvernement de dix ans, ça signifie : dès 2016, le Tribunal d’application des peines (TAP) peut décider de sa libération mais le gouvernement, par le ministre de la Justice interposé, peut s’y opposer et maintenir en prison l’assassin de Stacy et Nathalie durant une période supplémentaire de dix ans.

La précédente législature avait prévu de confier au TAP, et non plus à l’exécutif, le contrôle de la mise à disposition. Mais les arrêtés d’exécution attendent toujours…

Le juge doit prononcer cette mesure pour tout récidiviste condamné à plus de 5 ans (peine criminelle) pour infractions sexuelles, terrorisme avec mort d’homme, viol, torture, enlèvement de mineur ayant entraîné la mort, etc.

DELEPIERRE,FREDERIC,BORLOO,JEAN-PIERRE
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