Le blues des librairies

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Presse Les éditeurs s’inquiètent de la chute des points de vente

Devant la baisse des points de vente, les éditeurs comme Rossel s’organisent.

Profond malaise. Crise de confiance. » Walter Agosti, le président de Prodipresse, la principale association francophone de libraires indépendants, trace un sombre portrait de l’état d’esprit de sa profession. Les difficultés du métier ne datent pas d’hier. Mais depuis le début de l’année, la situation semble s’aggraver. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre le 1er janvier et le 31 mai 2008, on recense 54 fermetures de librairies, contre seulement 11 ouvertures. Soit un solde négatif de 43. Selon Prodipresse, 200 à 250 points de vente seraient à reprendre en Belgique, même si plusieurs sont encore en activité, faute de repreneur. Le métier n’est plus guère attirant. Simone Cremer, spécialiste dans le rachat et la vente de librairies, estime que 60 % des points de ventes ne sont rentables que pour une personne, moyennant 12 à 13 heures de travail par jour.

Les causes de la crise actuelle sont multiples. Les libraires pointent la nouvelle concurrence des magasins dits de proximité, dont le nombre explose (GB Express, Proxy Delhaize, Shop’n Go.) et qui ont souvent un rayon librairie, le nouveau système de crédit des AMP (Agence et messageries de la presse), source d’importants problèmes de trésorerie, la baisse des ventes de produits à marge élevée (presse, papeterie), non compensée par celles des produits à faible marge (loterie, recharge GSM…), la lourdeur des tâches administratives (liées aux AMP, aux produits promotionnels…), les incertitudes sur l’avenir – que va-t-il se passer lorsque les produits de la Loterie nationale seront sur internet ? -… « Il y a des tas de gens qui sont dans la profession depuis des années mais qui arrêtent car ils n’ont plus envie de travailler 12 heures par jour pour avoir toujours moins de clients et pour ne pas savoir où ils vont », déplore Walter Agosti. Pour redynamiser la profession, les libraires ont fait plusieurs propositions au gouvernement comme l’instauration du prix unique du livre, la limitation de la vente de tabac aux seules librairies ou la création par la Loterie nationale de jeux qui leur sont exclusivement destinés.

Rossel teste le distributeur automatique

L’appauvrissement du réseau de librairies indépendantes inquiète les éditeurs de journaux. Ils y voient une des causes de l’érosion de leurs ventes. L’achat d’un journal est souvent un acte impulsif. « A chaque disparition d’une librairie, nous perdons un point de contact avec des lecteurs potentiels », explique Daniel Van Wylick, directeur général du Soir.

Une disparition que la multiplication des rayons librairie dans les grandes surfaces ne compense que partiellement : le journal est un produit qui se vend tôt le matin, heure à laquelle les magasins sont fermés. Pour retrouver cet accès au lecteur et lui donner l’idée d’acheter un journal, Rossel, l’éditeur du Soir et des titres du groupe Sud Presse, s’est lancé dans des modes de distribution alternatifs. « En tant que leader du marché, nous devons faire preuve de dynamisme en la matière », continue Daniel Van Wylick.

Depuis un an, Le Soir est vendu à la criée, le matin, à quelques carrefours aux entrées de Bruxelles. « Les ventes restent marginales mais l’opération rencontre un franc succès, commente Jean Wouters, directeur de la distribution chez Rossel. On touche un public de gens qui étaient des acheteurs très irréguliers. » Depuis un mois, c’est un autre mode de distribution beaucoup plus inhabituel encore qui est testé : la vente en distributeurs automatiques. Aux Etats-Unis, les journaux se vendent quasi exclusivement via ces boîtes métalliques dotées d’un monnayeur et placées aux carrefours. En Belgique, la densité du réseau de librairies rendait cela inutile. Jusqu’à il y a peu… Une dizaine de boîtes ont déjà été placées à Bruxelles et dans le Brabant wallon. Il devrait y en avoir une centaine d’ici à la fin de l’année. Le coup de grâce pour les libraires ? « Pas du tout, rétorque Jean Wouters. Au contraire. Ces boîtes sont, dans la plupart des cas, associées à une librairie située à proximité. Les exploitants doivent en assurer l’approvisionnement et touchent la même marge sur le prix du journal. Il s’agit en quelque sorte d’une extension de leur commerce. » Si, dans certains endroits, les boîtes ne seront pas reliées à des

librairies, c’est parce qu’il n’y en a tout simplement plus. Reste à gérer un problème non négligeable : le vandalisme. Les boîtes sont costaudes. Mais il y aura des petits soucis. A part une boîte taguée, tout va bien pour l’instant. Jean Wouters estime qu’il est encore trop tôt pour tirer un premier bilan de l’expérience : « Les ventes démarrent doucement mais c’est normal, il faut que les gens s’habituent. »

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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