Bill Gates prend sa retraite


Logiciels Fin d’un règne

Ce vendredi sera le dernier jour à plein temps de Bill Gates chez Microsoft, qu’il a fondé il y a 33 ans.

Il a un air d’un premier de classe, avec ses lunettes longtemps un peu vieillottes, sa mèche sur le front et ses pulls à col en V. Les admirateurs du jeune féru d’informatique timide devenu homme le plus riche de la planète diront qu’il a une tête de petit génie. Ses détracteurs, qui fustigent le quasi-monopole de Microsoft sur les systèmes d’exploitation des PC de la planète, diront qu’il a une tête… à claques.

Bill Gates, le fondateur du numéro un mondial de logiciels, ne laisse personne indifférent. Incarnation même du « self-made-man », qui a débuté dans un garage et terminé au sommet du classement Forbes des milliardaires, abandonnera complètement ce vendredi les rênes de Microsoft à son ami fidèle, Steve Ballmer, qu’il connaît depuis Harvard, et qui depuis 2000 dirige le groupe comme président exécutif. Comme annoncé dès juin 2006, Bill Gates, pour l’heure toujours « Architecte en chef » de Microsoft restera président non exécutif du conseil d’administration mais consacrera désormais son temps à sa fondation humanitaire (lire ci-dessous).

Au départ programmeur passionné, Bill Gates est devenu en 30 ans une légende de l’informatique. Né le 28 octobre 1955, sa fortune est aujourd’hui évaluée à 58 milliards de dollars, ce qui fait de lui le troisième homme de plus riche du monde, derrière l’investisseur américain Warren Buffett et le magnat mexicain des télécoms Carlos Slim. Jusqu’en 2006, Bill Gates était resté pendant 13 ans premier du classement établi par le magazine Forbes.

Bill Gates se prend d’intérêt pour les ordinateurs en 1973, alors que ceux-ci étaient encore loin de passionner les foules. Ses parents, un avocat et une institutrice, le laissent bidouiller dans le garage familial ses premiers appareils et programmes informatiques. Il intègre la même année la prestigieuse université Harvard mais n’y restera que deux ans, car il laisse tomber ses études et, à 19 ans, préfère fonder sa propre entreprise avec son ami Paul Allen. Le 4 avril 1975, Microsoft est né. Les deux jeunes gens rachètent un logiciel d’exploitation, le modifient un peu, tout en le rebaptisant MS-DOS (Microsoft Disk Operating System), et le proposent au géant du secteur, IBM. Mais ils gardent leurs droits de propriété intellectuelle, une décision qui va assurer leur fortune.

IBM ne demande pas l’exclusivité et leur permet d’installer le logiciel, rebaptisé plus tard Windows, sur les machines de ses concurrents. Très vite, il équipera un nombre grandissant d’appareils, et aujourd’hui est un quasi-monopole, faisant tourner plus de 90 % des ordinateurs mondiaux.

Le groupe entre en Bourse en 1986. Compte tenu des divisions de titres et des dividendes, l’action est passée de l’équivalent de 0,09 dollar à l’époque à près de 29 dollars aujourd’hui. Les actionnaires de Microsoft n’ont que peu de raisons de se plaindre. Certes, le groupe a perdu près de la moitié de sa valeur depuis fin 1999, touché par l’explosion de la bulle des valeurs internet. Mais par une (très) généreuse politique de dividendes et de rachats d’actions, ce sont des milliards de dollars que la firme de Bill Gates a reversés dans le portefeuille de ses fidèles.

Aujourd’hui, Microsoft, qui emploie 80.000 salariés dans le monde, affiche la 3e capitalisation boursière aux USA avec 270 milliards de dollars, et loin devant ses rivaux Google, IBM et Apple, et le groupe a réalisé lors de son exercice 2006-2007 un chiffre d’affaires de 51,12 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 14,07 milliards.

Le parcours de son fondateur, symbole d’une Amérique « où tout est possible », ne fait pour autant pas rêver tout le monde. Les partisans des logiciels dits « libres » (non protégés par un droit de propriété intellectuelle), tiennent Bill Gates pour l’incarnation du Mal. Quant aux concurrents de Microsoft, ils n’ont eu de cesse depuis des années d’intenter des actions en justice contre le géant, l’accusant d’abuser de position dominante. Cela a notamment donné lieu à un bras de fer mémorable entre le groupe de Redmond et la Commission européenne, cette dernière condamnant Microsoft à payer plusieurs centaines de millions d’euros d’amendes.

Le retrait de Bill Gates intervient pourtant à un moment délicat pour le géant américain, dont le modèle économique, les logiciels payants, est fragilisé. Le groupe vient en outre de rater le rachat de Yahoo !, nº 2 mondial de la publicité sur internet et doit trouver d’autres voies pour se développer dans ce secteur.

Une diversification cruciale, car l’avenir est incertain pour ses deux principales sources de revenus : le système d’exploitation Windows et les logiciels Office (Word, Excel, Powerpoint). Pour Windows, la dernière version, Vista, sortie fin 2006, a suscité une avalanche de critiques : Microsoft n’a vendu que 150 millions de licences. L’autre pilier des revenus du groupe, les logiciels de bureau Office, est lui de plus en plus concurrencé par des produits gratuits, comme les logiciels en ligne de Google ou les logiciels libres (Star Office, Open Office).

Steve Ballmer, le successeur de Bill Gates, se retrouve donc sous pression, Mais son vieux « copain » ne sera sûrement pas loin. Avec 9 % du capital de Microsoft, Bill Gates en reste le premier actionnaire. On n’efface pas comme ça 33 ans d’une vie.

La fondation la plus riche

La fondation de Bill Gates et sa femme Melinda est devenue en l’espace de quatorze ans la plus importante œuvre humanitaire privée dans le monde. La Fondation Bill & Melinda Gates, qui depuis sa création a accordé plus de 16 milliards de dollars d’aides, s’investit dans la santé et le développement dans les pays pauvres, et dans l’éducation aux Etats-Unis.

Elle a été lancée en 1994 par Bill Gates, qui lui avait alors donné l’équivalent de 94 millions de dollars en actions Microsoft. Elle devient un géant caritatif quand en 2006, leur ami, le milliardaire Warren Buffett, à l’époque le deuxième homme plus riche du monde, promet de lui donner l’essentiel de sa fortune, soit 10 millions actions « B » de son groupe Berskhire Hatwaway. Ce don représente, au cours actuel, 40 milliards de dollars, à apporter sur plusieurs années. Les dons affluent, et aujourd’hui riche de 37,5 milliards de dollars, la Fondation donne en moyenne 1,5 à 2 milliards chaque année.

Les Gates, dont le patrimoine avoisine les 58 milliards de dollars, surtout en actions Microsoft, comptent au final donner 95 % de leur fortune. Ils n’en dédaignent pas pour autant une forme de luxe non ostentatoire. Ils se sont fait construire une immense demeure high-tech dominant un lac à Medina, non loin du siège du groupe à Redmond, dans l’Etat de Washington, dont le prix, avec les terrains environnants, est évalué à 125 millions de dollars. Bill Gates a aussi acheté en 1994 un ouvrage de Leonardo Da Vinci, le Codex Leicester, pour 30 millions de dollars et possède un rare exemplaire d’une bible de Gutenberg. (afp)

PADOAN,BERNARD

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