Aimer ce qu’est Christophe

Musique Aujourd’hui sort son nouvel album, « Aimer ce que nous sommes »
Le chanteur Bevilacqua publie un superbe album, entre slows 60’s, électro, cordes, Adjani et Truffaz.

Depuis qu’il a sorti, en 1996, le révolutionnaire Bevilacqua, le chanteur Christophe, ex-crooner latino pour slows en tout genre, est devenu une légende. Confirmée, cinq ans plus tard, par le magique Comm’si la terre penchait.

Féru d’électronique comme il l’est de voitures de course, Christophe devient expérimental, considère dorénavant ses disques comme des collages instinctifs, dénués de tout attachement à un style particulier – sinon le sien –, ou à une quelconque mode de la chanson.

Ses disques sont autant de rêves et de désirs, de collisions et de fulgurances. Il en va ainsi, plus que jamais, avec le nouveau Aimer ce que nous sommes qui respire avant tout la liberté.

Cette liberté, le chanteur parisien d’origine italienne, l’a gagnée grâce au succès de son dernier disque et de cette tournée, la première en 26 ans, qui s’est soldée par un époustouflant CD et DVD Live à l’Olympia, témoin d’un spectacle original, fou, avant-gardiste et émouvant.

Conforté dans ses choix artistiques, le Beau Bizarre a pris son temps (six ans !) pour réaliser, entre Paris, Londres et Séville, un disque énorme, à la fois fourre-tout sonore et minitrip hallucinogène, déclarations d’amour et de passions, de vie et de mort. Le tout en 1 heure 18 minutes 57 secondes de chant, de musique, de parlés entremêlés…

Avec des slows à tomber raide, comme le single « Mal comme », mais aussi de longues plages qui se mordent la queue, une Isabelle Adjani qui fait « Wo wo wo wo », la trompette d’Erik Truffaz qui perce la brume (Christophe avait collaboré à son dernier album Arkhangelsk) ou les cordes d’Eumir Deodato. Une voix de femme, des chœurs d’enfants…

Christophe, pointilliste, impressionniste, dessine ses couleurs, entre parfums de femme (« Odore di femina » de plus de sept minutes) et cinéma…

Songe d’une nuit d’été, très sensuel malgré la voix métallique du chanteur, ce disque a de quoi faire planer. Il surprend sans cesse, nous emmène dans des territoires non encore exploités. Guitares hard rock, chants et rythmes flamencos s’entremêlent sous la baguette du chef d’orchestre voyageur.

Et pour conclure ce disque, sur le mode d’un Godard récitant le générique du Mépris, son ami Daniel Filipacchi récite, en près de dix minutes, le texte de l’histoire de l’enregistrement, avec le nom de tous les participants. Générique de fin pour une symphonie électronique concoctée par le Mexicain Murcof, vu récemment aux Nuits Botanique, aux côtés d’Ibrahim Maalouf et de l’Ensemble Musiques Nouvelles.

La Belgique, on la retrouve aussi au travers de la voix d’Els Pynoo, la chanteuse de Vive la Fête qu’il adore au point d’avoir écrit une chanson, intitulée « Els Pynoo », qui ne se retrouve pas sur ce disque… Ainsi qu’avec les photos de la pochette, signées du plasticien bruxellois Stefan De Jaeger.

A 62 ans, Christophe reste ce cheval sauvage, cabré comme une Ferrari, cet oiseau de nuit ne faisant rien comme tout le monde, vivant ses rêves qu’il dépose tels quels sur la bande sonore de sa vie. Le cocktail peut parfois paraître décousu, ses collages éreintants, ses choix kitsch ou d’avant-garde, c’est selon. Mais Christophe ne laisse pas indifférent. Il s’agit là de l’œuvre d’un vrai créateur qui ressent la musique plus qu’il ne la pense.

Christophe, Aimer ce que nous sommes (AZ-Universal).

COLJON,THIERRY
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