Trente ans de gestation

Botanique Floraison exceptionnelle

L’alcantarea de la reine est en fleur ! Cette perle du Jardin botanique sort ses plus beaux atours. Avant de périr…

L’événement est assez rare que pour être monté en épingle. Pour la première fois depuis 1978, l’alcantarea de la reine, une plante qui croît habituellement au sommet des grands arbres de la forêt équatoriale humide, est en fleur au Jardin botanique national de Meise.

Depuis quelques jours, et sans doute encore pour toute cette semaine, cette plante exotique a lancé sa haute hampe florale (plus de trois mètres) vers le sommet de la serre qui l’abrite. Un événement à ne pas manquer !

En milieu naturel, l’alcantarea de la reine vit au sommet des arbres tropicaux, jusqu’à 60 mètres du sol. Ses feuilles imbriquées forment un entonnoir géant

« L’alcantarea est un épiphyte de la forêt tropicale. Autrement dit, il ne pousse pas sur le sol mais sur les branches et au sommet des arbres pour trouver la lumière nécessaire », précise Brigitte Vermaelen, du Jardin botanique.

Mais comment se procurer de l’eau au sommet d’un arbre ? « En formant un entonnoir vivant de plus d’un mètre de diamètre avec ses feuilles, précise notre interlocutrice. Les feuilles de l’alcantarea captent la pluie (jusqu’à 40 litres d’eau), s’en abreuvent et la partagent avec leurs colocataires. Ce puits aérien grouillant de vie est indispensable à l’étrange peuple des cimes. Des dizaines d’autres espèces en dépendent tels des algues, des champignons, des insectes, des orchidées, des grenouilles, et même les très rares singes-lions. Leur vie tourne autour de ces réserves d’eau inespérées, sans que jamais ils ne touchent la terre ferme. »

L’étage supérieur des arbres de la forêt tropicale, la canopée, abrite le plus grand nombre de formes de vie de toute la surface de la planète. Les épiphytes constituent un élément clé de cet écosystème.

Les racines de ces plantes-entonnoirs n’atteignent pas le sol, elles ne peuvent donc pas puiser la nourriture dans la terre. Elles servent seulement à arrimer la plante à l’arbre, sans l’abîmer.

Ce sont les entonnoirs formés par les plantes qui recueillent non seulement la pluie, mais aussi les feuilles et débris qui tombent des arbres. En se décomposant, ceux-ci fournissent des matières organiques que la plante assimile par des écailles absorbantes.

Les botanistes connaissent environ 2.400 espèces de ces plantes-entonnoirs. Parmi les plus connues figurent l’ananas, mais également des plantes d’intérieur appréciées pour leurs couleurs vives comme les Vrieseas, les Tillandsias, les Aechmeas et les Guzmanias.

Parmi les broméliacées, les alcantareas forment un genre limité à 18 espèces. L’alcantarea de la reine, fréquent au Brésil, doit son nom au botaniste liégeois Charles Morren, en référence à Dom Pedro d’Alcantara, le deuxième empereur du pays, ainsi qu’à la reine Donna Maria, sa grand-mère, souveraine du Portugal et du Brésil.

C’est le Belge Jean Linden qui a, en 1868, pour la première fois, exporté du Brésil l’alcantarea et l’a cultivé en Belgique.

Pour quelques jours encore, la hampe florale géante de l’alcantarea de la reine s’élance vers le ciel, avant que la plante ne meure. Emergeant de bractées roses, des petites branches latérales portent une dizaine de fleurs jaunes, qui fleurissent au fur et à mesure. Ces fleurs sont remplies de nectar, un liquide sucré qui attire notamment les colibris, oiseaux pollinisateurs de la plante.

Une floraison aussi rare contribue aussi à la recherche scientifique. Elle permet d’étudier finement l’espèce, ce qui est impossible sans l’étude de la fleur, de vérifier son identification et sa classification dans un genre végétal.

Le Jardin botanique national se situe Nieuwelaan, à Meise.

DU BRULLE,CHRISTIAN
Cette entrée a été publiée dans Sciences et santé, avec comme mot(s)-clef(s) . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.