Deux fuites nucléaires en dix jours

Tricastin
France/ Jean-Louis Borloo contraint à une « remise à plat » de la sécurité des sites
Au moment où le pays relance le nucléaire, deux incidents révèlent un manque de rigueur des sous-traitants.

DE NOTRE CORRESPONDANTE Passé le cap d’un nouvel incident nucléaire, c’est une polémique, et une péninsule d’interrogations que soulève la maintenance des sites Areva.
Hier, l’annonce d’une fuite d’uranium dans une usine de fabrication de combustibles nucléaires, à Romans-sur-Isère (Drôme) est survenue en pleine affaire du Tricastin, cet autre site d’Areva, une usine de retraitement située entre Valence et Marseille.
Il y a dix jours, un épanchement d’uranium avait rendu impropre l’utilisation et la consommation de l’eau, dans un pays où le nucléaire fournit 80 % de l’électricité.

La fuite de jeudi, provoquée par la rupture d’une canalisation enterrée, a été constatée dans l’usine franco-belge FBFC, lors d’une opération d’entretien. Et la société elle-même a déclaré que la rupture de la canalisation daterait « de plusieurs années ».
Par ailleurs, des enquêteurs de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont constaté la « non-conformité de cette tuyauterie vis-à-vis des exigences de la réglementation».
Si Areva a rapidement assuré que cet incident n’a « strictement aucun impact sur l’environnement » et propose de classer l’incident en niveau 1 (sur une échelle de 7), l’ASN a attendu avant de se prononcer sur la gravité, et a finalement confirmé l’absence d’impact, estimant la quantité d’uranium épanchée entre 120 et 750 grammes.
A la gestion calamiteuse de la crise concernant la première fuite, et à la lenteur à réagir des autorités politiques, s’est ajoutée une découverte : des points anormaux de concentration en uranium dans l’eau au Tricastin subsistent dix jours après l’incident.
Ils ont révélé une contamination plus ancienne. Sans doute vieille de 30 ans : des déchets militaires enfouis de 1964 à 1976 sont mis en cause. Sans l’incident du 7 juillet, cette contamination antérieure serait passée inaperçue.
Selon Jacques Repussard, directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), si rien n’a été fait, c’est qu’il n’y a pas « d’inquiétudes particulières sur le plan sanitaire ». Mais il reconnaît toutefois qu’« on ne comprend pas très bien ce qui se passe ».
C’est donc en pleine polémique que survient la nouvelle fuite, et alors que Nicolas Sarkozy vient d’annoncer, début juillet, la relance du nucléaire, avec la construction d’une nouvelle centrale.
Mercredi, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, a fini par réagir, en annonçant qu’il avait saisi le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire – une instance qu’il a lui-même mise sur pied il y a à peine un mois – et qu’il a chargé, notamment, de procéder à une inspection immédiate de « l’état des nappes phréatiques situées près de toutes les centrales nucléaires ».
Jeudi, Areva a annoncé que le directeur général de sa filiale, l’usine du Tricastin, avait été limogé. Quant à Jean-Louis Borloo, il s’inquiète de la « légèreté de la maintenance » de cette usine, parle de « faute professionnelle » et ajoute : « Mon sentiment, c’est que plus on s’éloigne du cœur du sujet, moins il y a de rigueur ».
Il a rappelé qu’en 2006, la France a comptabilisé 114 incidents de niveau 1, comme ceux du Tricastin ou de Romans-sur-Isère, contre 86 incidents en 2007. Il les qualifie de « petites anomalies », alors que les associations de défense de l’environnement livrent leur colère en cascade dans les médias.
Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, dénonce un « sous-investissement dans la sécurité, la protection de la santé humaine et de l’environnement » et elle trouve « aberrant et inacceptable que la politique nucléaire ne fasse pas l’objet d’une évaluation globale en termes de coûts et d’avantages, évaluation confiée à une commission extérieure au lobby nucléaire ».
Pour la vérification de tous les sites nucléaires lancée par Jean-Louis Borloo, le réseau Sortir du nucléaire réclame aussi un organisme indépendant. Quant à Greenpeace, l’association voit dans ces incidents « la faillite de toute une filière dangereuse, coûteuse et inutile ».
Vendredi, en fin d’après-midi, Jean-Louis Borloo a annoncé une « remise à plat » des procédures de contrôle du nucléaire, notamment dans les « dispositifs d’information, d’analyse et de sécurité ». Industriels, opérateurs, militaires et associations : tous les acteurs seront entendus par les autorités d’ici l’automne.

VANHOENACKER,CHARLINE
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