L’arrestation de Karadzic tombe à point nommé

Serbie Son transfert prochain à La Haye satisfait la communauté internationale

Cette grande victoire des démocrates est survenue alors que l’Europe se penchait sur la situation de leur pays.

 BELGRADE

DE NOTRE CORRESPONDANT

La nouvelle a fait le tour de Belgrade en un instant lundi soir. L’arrestation de Radovan Karadzic est inespérée. Car après 11 ans de cavale, le chef politique des Serbes de Bosnie durant la guerre n’était plus un sujet de conversation depuis longtemps, contrairement à son chef militaire, Ratko Mladic.

Insaisissable, le psychiatre de Pale, fief depuis lequel il faisait bombarder Sarajevo, prêtait peu à la rumeur. Jusqu’à une récente interview de l’ambassadeur américain pour les crimes de guerre, Clint Williamson, dans les colonnes du quotidien bosniaque Oslobodenje où il affirmait que Karadzic était bel et bien en Serbie.

Radovan Karadzic a été appréhendé lundi matin, dans un bus, près du centre de Belgrade, selon la version officielle. Car il y a déjà une autre version : celle de son avocat, qui assurait ce mardi qu’il aurait été arrêté vendredi matin, par des hommes non identifiables. Karadzic aurait ainsi passé trois jours au secret avant son transfert au tribunal spécial de Belgrade. Une version des faits invérifiable mais crédible tant son arrestation arrive à point nommé dans le calendrier : mardi s’est tenu en effet un conseil des ministres des Affaires étrangères européen qui devait aborder le cas de la Serbie. Également hier était prévue une visite, finalement annulée, du procureur du TPI, le Belge Serge Brammertz.

C’est la nouvelle donne politique et le résultat d’un accord entre le parti socialiste (SPS) de feu Slobodan Milosevic et le parti démocratique (DS) du président Boris Tadic qui ont permis cette issue, grâce à une coalition gouvernementale pro-européenne formée il y a deux semaines seulement.

C’est donc une grande victoire pour les démocrates serbes, qui semblent avoir convaincu de la nécessité de l’opération les héritiers de Milosevic, dont le leader, Ivica Dacic, est le nouveau ministre de l’Intérieur. Celui-ci, très prudent, a cependant précisé dans un communiqué lundi soir que la police n’avait pas participé à l’opération.

Du reste, la tension était palpable mardi à Belgrade. Lors d’une brève conférence de presse, le procureur pour les crimes de guerres, Vladimir Vukcevic, objet de menaces de mort dans le passé, a semblé fébrile. Il a cependant donné des précisions sur le passé récent du psychiatre de Pale. Méconnaissable, portant lunettes et longue barbe blanche, celui-ci travaillait en tant que médecin dans une clinique privée, sous une fausse identité. Radovan Karadzic semblait donc vivre depuis longtemps à la vue et au su de tous, à Belgrade, loin des scénarios variés et ubuesques qui le prédisaient tantôt dans un monastère monténégrin, tantôt dans une grotte en Bosnie.

Mais surtout, au contraire de la communauté internationale qui félicite la Serbie depuis lundi soir, c’est la discrétion qui prévaut à Belgrade. Comme si l’arrestation de Karadzic était une bombe à retardement.

Pourtant, dans la nuit de lundi à mardi, ils n’étaient guère qu’une cinquantaine d’ultranationalistes du mouvement « Obraz » à scander le nom de l’inculpé numéro 1 du TPIY, face à un dispositif policier impressionnant, devant le Tribunal spécial de Belgrade. Ainsi, dans le clan démocrate, le président ne s’est pas exprimé mardi et le nouveau Premier ministre, Mirko Cvetkovic, a appelé les derniers fugitifs à se rendre volontairement.

Chez le partenaire socialiste, la gêne est palpable. Ainsi, les héritiers de Milosevic précisent qu’ils continuent à s’opposer à toute extradition.

Comme prévu cependant, la première attaque violente est venue des radicaux ultranationalistes, par la voie de leur secrétaire général, Alexandar Vucic : « Karadzic est un héros serbe, il y aura d’importantes représailles », a-t-il menacé.

« Héros », le mot a donc été lâché. Mais l’est-il encore pour une majorité de Serbes ? Son arrestation pourrait bien être la meilleure réponse pour quelqu’un, qui depuis son entrée dans la clandestinité début 1997, a toujours été suivi, même si parfois perdu, par les services secrets serbes et occidentaux. Et s’il a fallu 11 ans pour arrêter l’homme fort des Serbes de Bosnie, c’est bien que la volonté politique, voire l’hostilité de certains, en premier lieu desquels la Russie, a manqué.

Un euphémisme aussi pour décrire la rhétorique du « zéro mort » de l’Otan, ou le double jeu des Américains pendant des années. Mais cette fois la règle a changé. Et la nomination d’un démocrate à la tête des services secrets, il y a quelques jours, pourrait annoncer également la fin de cavale du dernier gros poisson : Ratko Mladic. Pour tourner enfin la page noire des années 90.

L’« impatient » incapable d’écouter les patients

PORTRAIT

Sarajevo

De notre correspondant

Dragan Dabic, barbu à lunettes, travaillait dans une clinique privée de Belgrade. Il gagnait sa vie en s’occupant de médecine alternative… Le masque est tombé : Radovan Karadzic, psychiatre, poète et surtout ancien leader des Serbes de Bosnie, est enfin rattrapé par la justice.

Le personnage est complexe, mais les diplomates et les journalistes qui ont eu le douteux privilège de le rencontrer s’accordent sur un point : Karadzic est un psychopathe dangereux. Né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans une étable du village de Petnjica, dans le massif de Durmitor (montagnes du Monténégro), il passe son enfance dans ce village où tous portent le même nom de famille.

Son père, Vuk, nationaliste serbe, tâte de la prison communiste. A quinze ans, sa mère, Jovanka, décide de l’envoyer faire des études à la ville. Le petit est intelligent : parce que le ticket de bus pour Sarajevo coûte moins cher que celui pour Belgrade, c’est à Sarajevo que Radovan part s’instruire. Avec quelque 100 dinars de plus, le destin de Radovan – et celui de la Bosnie – aurait pris un autre tour.

Il combine ses études en médecine avec une vie de bohème. Il rencontre l’écrivain serbe Dobrica Cosic, chantre de la « Grande Serbie ». Il est séduit. Il commence a s’intéresser à la poésie et à la politique. Ses vers, disent certains de ses amis poètes de l’époque, ne manquent pas de style. Mais de 1974 à 1989, il ne publie rien. Apres avoir terminé ses études de médecine, en 1971, il devient psychiatre à l’hôpital de Sarajevo. Ses anciens collègues se souviennent de lui comme d’un « impatient » incapable d’écouter les patients. Il est choisi comme psychologue de l’équipe de football de Sarajevo puis de l’Etoile Rouge de Belgrade, en 1983. Predrag Pasic, ancien footballeur, explique que « ses méthodes étaient pour le moins bizarres. Il nous demandait de suivre le vol d’un bourdon imaginaire, par exemple… C’était débile, on se moquait de lui… »

Marko Vesovic, écrivain monténégrin resté a Sarajevo durant le siège, connaît bien Karadzic (pour être le parrain de sa fille Sonja). « Il se vantait d’être un des meilleurs psychiatres et poètes de Yougoslavie. La mégalomanie l’a empoisonné. » Karadzic était neurotique et se rongeait déjà les ongles jusqu’au sang. « Il était terrorisé par sa femme Ljiljana, et son beau-père. » Il décrit son ancien ami comme un être instable, faible et rancunier. « Karadzic avait pourtant été accepté par tous à Sarajevo. Mais son projet de Grande Serbie passait par la destruction des Musulmans… » Il était un « villageois qui détestait profondément la ville ».

Au milieu des années 80, Karadzic est accusé de fraude (d’avoir construit une maison dans la montagne, à Pale, en détournant des fonds d’Etat). Il échappe à trois ans de prison.

Karadzic est aussi et surtout un ambitieux. Il trouve à son goût le complet de l’ultranationaliste serbe. En 1990, il est propulsé à la tête du Parti Démocratique Serbe en Bosnie, le SDS. Il est le poulain de Slobodan Milosevic. Il devient riche et le montre. Le 14 octobre 1991, dans une intervention au parlement de Bosnie-Herzégovine, il menace directement les Musulmans.

La guerre. Karadzic est l’un des artisans du « nettoyage ethnique », avec le général Ratko Mladic. Une vague de terreur déferle sur les non-Serbes. Karadzic accuse pourtant les Musulmans et les Croates. Il nie les évidences. « Pas de viols… pas de prisons… ces réfugiés ne sont pas détenus par la force, ils sont détenus par les événements… nos généraux ont de hautes valeurs morales… » Commentant les images de prisonniers squelettiques au camp d’Omarska, il dit : « Quand j’avais trente ans, j’étais maigre comme eux. »

Le cynisme et la mythomanie de Karadzic sont illustres. Après la chute de Srebrenica, il déclare : « Nous aidons les réfugiés qui veulent partir… Srebrenica ne sera plus jamais un nid de terroristes… » Il est accusé de génocide par le Tribunal pénal international de La Haye. Ses forces, dit le Tribunal, ont tué au moins 7.500 hommes et garçons de Srebrenica, en juillet 1995. Il est aussi accusé d’avoir bombardé Sarajevo (quelque 12.000 morts) et d’avoir pris des Casques bleus en otages. La liste est longue.

En 1996, Karadzic est forcé à se retirer de la politique. Il tire toujours certaines ficelles en coulisses. Les forces internationales de l’Otan ne font rien, ou presque, pour l’arrêter et le mener au Tribunal de La Haye. « La Haye n’est pas une Cour de justice mais un corps politique créé pour blâmer les Serbes. » Karadzic, faut-il le préciser, ne reconnaît aucune des charges retenues contre lui.

L’Union européenne ne baisse pas la garde

Les Européens ont salué unanimement mardi l’arrestation de Radovan Karadzic mais ne semblent pas encore prêts à accélérer l’intégration de la Serbie à l’Union, certains voulant maintenir Belgrade sous pression pour obtenir l’arrestation de l’autre grand fugitif des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic.

« Ça fait 13 ans qu’on attend que ce monsieur soit arrêté », s’est félicité le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dont le pays préside l’Union européenne. « Ça change tout pour l’espoir, ça change tout pour la justice internationale », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. Mais il a aussi souligné que sur les trois fugitifs qui étaient toujours recherchés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI), « il y en a un seul qui a été arrêté. Nous en attendons d’autres, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une seule arrestation. »

Plusieurs pays, dont la Belgique et les Pays-Bas, rechignent en effet à entériner dans l’immédiat la première étape vers une adhésion à l’UE, à savoir l’accord d’association et de stabilisation que l’UE a signé avec Belgrade en avril. L’application de cet accord est gelée en attendant une « pleine coopération » de Belgrade avec le Tribunal pénal.

Afin de reconnaître malgré tout « le jalon important » que constitue l’arrestation de Karadzic, le commissaire européen à l’Elargissement, Olli Rehn, a estimé que les pays européens pourraient au moins « dégeler », sinon l’accord d’association dans sa totalité, au moins l’accord de libre-échange qu’il contient. Une option que les pays membres commenceront à examiner au niveau de leurs ambassadeurs dès ce mercredi.

Vu les réserves belges et néerlandaises, les Européens devraient toutefois attendre de voir si le procureur du TPI, le Belge Serge Brammertz, est prêt à déclarer que Belgrade coopère maintenant « pleinement » avec ses services. « Les Pays-Bas et les Belges exigent une prise de position claire de Brammertz », a précisé le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier. (afp)

La Haye attend l’artisan de la purification ethnique

C’était lundi, en début de soirée. Le téléphone de Serge Brammertz, procureur du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, a sonné. « A l’autre bout, un Serbe très haut placé lui a annoncé la bonne nouvelle : Karadzic a été arrêté », raconte un membre de la juridiction internationale.

Cette nouvelle, le procureur l’attendait depuis plusieurs semaines, quand les Serbes l’avaient informé qu’ils avaient retrouvé la trace du fugitif. « C’est une opération 100 % serbe. C’est formidable », se réjouissait-on dans les couloirs de l’institution.

Ex-président des Serbes de Bosnie, Karadzic était réputé protégé par l’Eglise orthodoxe. C’est dans ces milieux que Carla Del Ponte l’avait traqué pendant ses deux mandats de procureur du TPI, confirme Florence Hartmann, son ex-porte-parole : « Nous l’avons cherché en ex-Yougoslavie, mais aussi en Russie et en Grèce, mais c’était de toute évidence des leurres. Karadzic a circulé entre la partie serbe de Bosnie, en Serbie et au Monténégro, dans un espace somme toute assez réduit où les autorités locales n’ont rien voulu faire pendant des années, et où, pareillement, les forces internationales présentes en force n’ont pas fait ce qu’il fallait pour l’arrêter. »

Même si son avocat annonce un recours contre son transfert vers le TPI, une chose est certaine : Radovan Karadzic dormira bientôt dans une cellule du centre de détention de Scheveningen, près de La Haye.

Une prison aux normes les plus modernes, où les détenus se mélangent sans considération pour leur origine ethnique. Les cellules sont ouvertes une partie de la journée. On peut y cuisiner, faire du sport, travailler à son procès.

La première étape de son procès sera sa comparution initiale devant trois juges. Le procureur lui lira son acte d’accusation pour génocide et crimes contre l’humanité, à Srebrenica, Sarajevo et d’autres lieux de sinistre mémoire. Parcourir ce document, c’est se livrer à l’inventaire macabre de la guerre sans pitié menée en Bosnie, au début des années nonante. Car pour le procureur du TPI, l’ex-président des Serbes de Bosnie est l’un des principaux responsables de la purification ethnique.

On lui doit le siège de Sarajevo, 44 mois de terreur, avec son lot quotidien de civils bosniaques abattus par des francs-tireurs serbes ou tombés sous les tirs de mortier. On lui doit les camps de prisonniers où meurtres et tortures étaient monnaie courante.

Karadzic, c’est aussi le viol systématique des femmes érigé en arme de guerre, et l’utilisation de 200 Casques bleus transformés en bouclier humain. Mais il est surtout l’un des instigateurs de Srebrenica, le massacre, en quatre jours de juillet 1995, de 7.400 hommes et adolescents par des bombardements et des pelotons d’exécution à l’arme automatique et à la grenade.

Lors de sa première audience, Karadzic devra plaider. Coupable ? Il faudra quelques audiences de sentence. Sinon, on entrera dans un procès sans doute assez long. Mais le nouveau procureur du Tribunal, Serge Brammertz, nous confiait en arrivant à son poste il y a quelques mois qu’il envisageait de resserrer son acte d’accusation, de se concentrer sur les crimes les plus graves. Donc d’éviter l’écueil du procès fleuve, à la Milosevic, mort dans sa cellule.

« C’est une bonne nouvelle pour l’Europe »

ENTRETIEN

Dominique Moïsi est conseiller spécial de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste des Balkans. Il décortique les implications de l’arrestation de Karadzic.

Cette arrestation, n’est-ce pas la démonstration que les Serbes collaborent désormais vraiment avec les Européens ?

Oui. Si l’on regarde le monde avec les yeux d’un Européen, c’est la première bonne nouvelle pour l’Union depuis très longtemps. On ne peut que contraster le désir d’Europe des Serbes avec les critiques qu’adressent à l’Europe ses membres. Au niveau strictement symbolique, il y a d’un côté l’arrestation de Karadzic, de l’autre côté le vote négatif des Irlandais.

Les Européens félicitent Belgrade, tout en y allant d’un bémol : les Serbes doivent encore capturer le général Ratko Mladic. Cette exigence est-elle nécessaire ?

Les Serbes sont ainsi encouragés à aller plus loin. Mladic s’est montré aussi criminel que Karadzic. Il n’y a aucune raison que l’arrestation de l’un ne mène pas à l’arrestation de l’autre.

Ce raisonnement conduit parfois à oublier les difficultés sociales et économiques que rencontre la population serbe, qui a l’impression d’être victime du passé.

Les bombardements américains sur Belgrade ont donné aux Serbes le sentiment d’avoir été des victimes expiatoires. Il faut les amener sur un chemin différent pour que, lentement, ils prennent conscience de la responsabilité de Milosevic, et donc en partie de la leur. La régression économique et même physique du pays est le résultat de la volonté acharnée de Milosevic de rester au pouvoir et de jouer du nationalisme serbe au Kosovo de la manière la plus irresponsable. Mais il ne faut pas jouer la carte de la responsabilité collective des peuples. Il y a un effort d’éducation à faire. Mais la sensibilité des Serbes ne sera jamais celle des Allemands en termes de catharsis.

Une cinquantaine seulement d’ultranationalistes ont manifesté dans Belgrade contre l’arrestation de Karadzic. Est-ce la fin du nationalisme serbe ?

C’est aller trop loin. Mais ce nationalisme commence à s’affaiblir. A un moment donné, il faudra remplacer une sorte de culture de l’humiliation par une culture d’espoir chez les Serbes. Et l’Europe doit jouer un rôle important ici.

En 1995, à Srebrenica, les Casques bleus hollandais se sont montrés d’une passivité coupable. Le procès de Karadzic sera-t-il aussi celui de l’ONU ?

Il faut qu’il en soit ainsi. Ceux qui sont sur place ont failli à leur devoir d’humanité en restant les bras croisés, passifs, en attendant des ordres qui ne venaient pas. Il faudra aboutir à une vision complète de ce qui s’est passé.

La Russie demande que la justice soit aussi faite dans l’autre camp, chez les Croates, les Kosovars, etc. Taxer le futur procès Karadzic de justice des vainqueurs, n’est-ce pas la réalité ?

Tout à fait. La plupart des crimes ont été commis par les Serbes de Bosnie, mais ils n’ont pas été les seuls. Srebrenica a un caractère unique. Mais la justice n’est pas quantitative et elle ne peut pas être seulement celle des vainqueurs. Il faut porter au banc des accusés ceux qui ont fauté dans l’autre camp.

DELISSE,FRANCOIS,DEPREZ,PHILIPPE,MARTIN,PASCAL,AFP,FRANK,JEAN-JACQUES
LE PORTFOLIO : Radovan Karadzic
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