L’agenda islamiste s’impose à Delhi

Inde Electrochoc après les attentats qui ont fait 50 morts et plus de 200 blessés

24 explosions qui en annoncent d’autres. L’Inde se mobilise, arrête un wahhabite, mais veut éviter la guerre intérieure. Ou extérieure !

 Un mort et sept blessés ce vendredi dans une série de huit explosions survenues à Bangalore (Karnataka) ; 49 morts et 200 blessés ce samedi lors de seize explosions survenues en 36 minutes à Ahmedabad (Gujerat). Et la série ne devait pas en rester là : dans la ville diamantaire de Surat (Gujerat) une bombe, activée, a été désamorcée dimanche, et deux voitures ont été localisées, remplies de matériel pour confectionner de nombreuses autres bombes.

Si les explosions de Bangalore étaient moyennes, celles d’Ahmedabad avaient pour objectif la mort et la terreur : les terroristes ont attendu les premières explosions et le début d’hospitalisation des blessés pour faire sauter une énième charge piégée à la porte même des urgences du principal hôpital. Les urgentistes, paniqués, avaient ainsi à traiter les cas sévères qui arrivaient en traumatologie, et les blessés graves qui gisaient à même le couloir des salles d’opération.

Qui a frappé ? Un groupe islamiste mal identifié, les « Moudjahidin indiens », qui, quelques minutes avant la première explosion, ont envoyé de Bombay aux médias un mail annonçant que le peuple allait bientôt « sentir la terreur de la mort ». Le groupe parle de revanche pour les émeutes de 2002 au Gujerat où 2.500 personnes sont mortes, en grande majorité des musulmans.

Les moudjahidin avaient déjà revendiqué l’attentat de mai dernier à Jaipur (63 morts), et prouvé leurs dires en livrant le numéro de série d’un des « vélos explosifs » utilisés. Ils parlaient alors de « guerre ouverte contre l’Inde », présentée comme trop proche des Etats-Unis.

Dans un ultime mail ce week-end, les moudjahidin ont envoyé un avertissement, qui laisse présager de probables actions futures au Radjastan, en Uttar Pradesh, au Madhya Pradesh, en Andhra Pradesh, à Karnataka et au Maharashtra, États qu’ils accusent de harceler, emprisonner et torturer les musulmans. Les services indiens considèrent par ailleurs que le Kerala serait un autre objectif possible.

Mais qui sont les moudjahidin ? Certaines de leurs actions portent la signature du Harkat-ul Jihad al-Islami, groupe extrémiste basé au Bangladesh et qui a pris racine en Inde. Mais cela pourrait aussi être un nouveau nom pour le Simi (Mouvement étudiant islamique indien), ou pour l’un des groupes qui opèrent au départ du Pakistan avec l’appui des services pakistanais : le Lashkar-e-Toiba et le Jaish-e-Mohammed. Problème : l’analyse est malaisée car, depuis un certain temps, ces groupes ont modifié leurs explosifs et renoncé au RDX ou cyclonite, puissant explosif militaire qui était la signature des services pakistanais.

Dans le Times of India, des professionnels du renseignement pointent la responsabilité d’extrémistes wahhabites qui ont semé la zizanie religieuse en Inde et déjà soutenu dans le passé la cause des Moudjahidin indiens. Comme pour confirmer cette thèse, la police a appréhendé lundi un activiste du Simi, par ailleurs membre d’une secte wahhabite militante, le « Ahle Hadees », lié au groupe pro-pakistanais Lashkar-e-Toiba. Par le profil de cet unique suspect, qui était en fuite depuis six ans mais serait lié aux attentats de samedi, on déduit que beaucoup de groupes islamistes radicaux actifs en Inde sont interconnectés. Et c’est contre l’islamisme radical en général que se mobilise la fédération indienne.

Après avoir appelé au calme et renforcé les mesures de sécurité, le Premier ministre Manmohan Singh s’est rendu ce lundi au Gujerat et a félicité la population locale pour sa résistance, affirmant que ces attentats avaient pour objectif de « détruire le tissu social ». Bien vu : la menace d’un déchirement communautaire du pays est réelle ; les ultranationalistes ressassent le thème de la nécessaire unité du pays, tandis qu’au Gujerat (État dirigé par un nationaliste hindou), l’armée craint une montée de violence après la crémation des corps de victimes hindoues.

Pour éviter que l’extrémisme n’induise l’extrémisme, le gouvernement a révolutionné son agenda, délaissant les affrontements partisans, le récent « deal nucléaire » indo-américain et la courte majorité de confiance que venait de décrocher la semaine dernière le gouvernement. Priorité à l’antiterrorisme avec la relance, par le ministre de l’Intérieur Shivraj Patil, de l’idée d’une agence fédérale en charge de la lutte contre le crime et le terrorisme, bref un FBI à l’indienne. Une idée ancienne, mais qui butte sur les méfiances nationales. La coordination fédérale du renseignement est elle aussi un défi.

Coïncidence ? Alors qu’Inde et Pakistan ont repris en mai leur difficile dialogue de paix, l’armée indienne a affirmé ce lundi, pour la première fois depuis 1999, que l’armée pakistanaise avait fait incursion sur le sol indien, tuant un soldat indien. Une crise militaire se greffe à la crise sécuritaire. Chaud !

LALLEMAND,ALAIN
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