Ping-pong et chat perché

Asile Le bourgmestre de Bruxelles dénonce l’absence du fédéral

Six grues occupées par les sans-papiers. Certains, à bout de force, ont été évacués, mardi soir, par les pompiers.

 Les sans-papiers sont désormais une trentaine à donner de la voix du haut des six grues où ils se sont installés. Après la place De Brouckère et ses quatre engins occupés, deux autres chantiers ont été pris d’assaut, dans la nuit de lundi à mardi. L’un à proximité du Palais des Beaux-Arts, sur le rond-point Schuman, cœur du quartier européen. Mardi soir, toutefois, la tension, a monté d’un cran. Totalement à bout de force, plusieurs sans-papiers ont été évacués, à leur demande, par les pompiers.

Une stratégie qui ne semble pas vraiment émouvoir Annemie Turtelboom, la ministre (Open VLD) de la Politique de migration et d’asile dont la circulaire devant fixer les critères de régularisation est en rade depuis plusieurs mois, faute d’accord au sein du gouvernement fédéral. A l’instar du directeur général de l’Office des étrangers (Le Soir de mardi), la ministre refuse de négocier sous la pression et renvoie la balle aux communes, responsables de la sécurité et de l’ordre public. Voilà donc la Ville de Bruxelles placée aux premières loges.

Une patate chaude que ne goûte visiblement pas Freddy Thielemans, le bourgmestre socialiste. Il a interrompu ses vacances pour se rendre compte de la situation. « C’est le rôle d’un bourgmestre que de savoir ce qui se passe sur son propre territoire, indique-t-il. « Moi, quand je suis confronté à un problème majeur, je quitte la campagne, je reviens et je prends mes responsabilités, ce que certains responsables politiques de ce pays n’ont apparemment plus le courage de faire. Il est temps qu’on arrête de jouer au ping-pong. »

Une allusion à peine voilée au départ en vacances des ministres du gouvernement fédéral. Pris à partie aussi, celles et ceux « qui encouragent les sans-papiers à prendre des risques irresponsables et de jouer avec leur vie. » Comme à travers une grève de la faim. « C’est contraire à ma philosophie, il ne s’agit pas là d’un moyen normal dans un état démocratique. »

En pratique, le bourgmestre n’est pas près de faire donner l’assaut. « Il est un peu facile de la part du gouvernement fédéral de renvoyer la balle aux bourgmestres qui n’ont pas les moyens légaux d’intervenir. » Le maïeur a donc souligné que la police avait pour mission d’encadrer les occupants en évitant que le mouvement d’occupation ne s’amplifie.

Une situation qui pourrait toutefois évoluer si les gestionnaires des chantiers occupés décidaient de déposer plainte. Ce qu’a d’ores et déjà fait un entrepreneur en déposant une requête devant le juge des référés pour obtenir l’évacuation des sans-papiers occupant le chantier du futur casino de Bruxelles, a annoncé la RTBF dans son journal télévisé. Cette requête devrait être signifiée ce mercredi aux sans-papiers. « Si la justice prend une décision, je l’appliquerai », a précisé Freddy Thielemans.

« Pour l’instant, nos entreprises ne sont plus en mesure de garantir la sécurité sur les chantiers occupés », a regretté, de son côté, Robert de Mûelenaere, administrateur-délégué de la Confédération de la construction cité par l’agence Belga. La Confédération appelle donc les autorités à trouver une solution d’urgence. Elle invite aussi ses affiliés à sécuriser les chantiers.

Et il y a urgence. Problématique depuis deux jours, la paralysie totale des grues le sera plus encore plus dès la semaine prochaine, à l’heure de la rentrée et de la fin des congés du bâtiment. « Lundi, il devrait y avoir entre 100 et 120 ouvriers sur le chantier. »

LEPRINCE,PATRICE

Cette entrée a été publiée dans Belgique, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.