Un nouvel échec pour le commerce mondial

L’Organisation mondiale du commerce est confrontée à un nouvel échec. Malgré neuf jours de négociations intensives à Genève, les 153 Etats membres n’ont pu s’entendre sur de nouvelles règles libéralisant les échanges mondiaux.

 Principale cause de l’échec : un bras de fer entre les Etats-Unis et les grands pays émergents, l’Inde en tête, au sujet des mécanismes de protection des marchés agricoles de ces derniers.

L’OMC à nouveau dans l’impasse

Commerce mondial Les négociations de Genève s’achèvent sur un échec

Un bras de fer entre les Etats-Unis et l’Inde a précipité la fin des espoirs. Le directeur Pascal Lamy ne désarme pas.

Les négociations engagées depuis neuf jours à Genève pour tenter de trouver un accord dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué mardi faute d’accord entre pays riches et certains pays en développement sur l’agriculture.

« Cette réunion a échoué », a constaté mardi soir le directeur général de l’OMC Pascal Lamy, lors d’une conférence de presse.

Selon une source proche des négociations, « les Etats-Unis et l’Inde n’ont pas accepté les propositions de compromis, on est arrivé à une impasse ». M. Lamy a pour sa part refusé de se livrer au « jeu des accusations » et d’identifier les responsables de l’échec.

Entamées en novembre 2001 à Doha au Qatar, les négociations sur la libéralisation du commerce mondial auraient dû en principe s’achever fin 2004. Mais un échec retentissant à Cancun avait contraint les 153 Etats membres à jouer les prolongations sous la direction d’un Pascal Lamy déterminé à les faire aboutir. Et qui ne s’avoue pas vaincu : « Je vais essayer de remettre tout ça sur les rails », a-t-il dit.

La représentante américaine au Commerce Susan Schwab a pour sa part déploré mardi que les négociateurs soient arrivés très près d’un accord vendredi dernier mais sans toutefois parvenir à conclure.

« Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, il est ironique que le débat se soit focalisé sur comment et de combien les pays pourraient augmenter leurs barrières face aux importations de denrées alimentaires », a-t-elle déclaré à la presse.

Elle faisait allusion au souhait exprimé par l’Inde de pouvoir fixer un seuil bas pour le déclenchement du mécanisme de sauvegarde en agriculture.

Celui-ci permettrait à un pays en développement d’augmenter ses tarifs face à un afflux d’importations de produits agricoles ou à une forte baisse des prix pour ces produits sur son marché. Washington s’y opposait, estimant que le mécanisme pourrait devenir un outil protectionniste.

Tant Mme Schwab que le négociateur indien Kamal Nath ont toutefois fait part de leur optimisme sur la suite du processus et de leur foi dans le système multilatéral de négociations.

« La confiance placée par mon pays dans l’Organisation mondiale du commerce et le système multilatéral reste intacte et je suis sûr (…) que nous pourrons surmonter cela pour progresser et atteindre notre but », a déclaré M. Nath.

Mais un diplomate indien a déploré que les Etats-Unis aient refusé de bouger sur le mécanisme de sauvegarde. « C’est une question d’importance vitale pour nous », a-t-il souligné.

Selon d’autres, la rigidité de Washington sur cette question avait tout d’un jeu de poker menteur pour tenter d’échapper à une négociation sur les subventions américaines pour le coton.

« Les Etats-Unis ne pouvaient se permettre de lâcher du terrain sur le coton et ne voulaient même pas en discuter. En tenant bon sur le mécanisme de sauvegarde, ils savaient que l’Inde ne lâcherait pas non plus et porterait la responsabilité de l’échec », a affirmé un diplomate d’un pays asiatique sous le couvert de l’anonymat.

Pascal Lamy avait décidé fin juin de convoquer les pays membres de l’OMC à compter du 21 juillet pour trouver un accord. Il avait alors évalué les chances d’accord à plus de 50 %. Le cycle de Doha avait déjà connu un échec en septembre 2003 lors de la conférence de Cancun (Mexique) qui s’était déjà transformée en affrontement Nord-Sud autour de la question agricole.

Les négociations de Genève ont également mis à jour d’importantes divisions au sein de l’Union européenne. Neuf pays, conduits par la France et l’Italie se sont publiquement opposés aux concessions faites par le commissaire européen chargé du commerce, Peter Mandelson qui négociait au nom des 27 pays de l’UE.

L’Union européenne a négocié « ouvertement et de bonne foi », a indiqué M. Mandelson, parlant pour sa part d’un « échec collectif ». « Aucun paquet n’est parfait, et je ne cache par le fait qu’il y ait eu des sujets difficiles. Mais l’UE est unie dans son soutien à un cycle de Doha ambitieux. »

L’OMC a échoué. Mais Pascal Lamy ne désarme pas et annonce : « Je vais continuer à m’investir pour un meilleur système commercial mondial. »

Le cycle de Doha va donc visiblement encore jouer les prolongations. (d’après afp)

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