Mauritanie. Destitution du président, l’armée reprend le pouvoir

e président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, au pouvoir depuis 15 mois, est remplacé par un Conseil d’Etat.

Détentrice du record des putsch réussis ou avortés en Afrique, l’armée mauritanienne conserve son titre. Mercredi dans la matinée, elle a annoncé la destitution du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, au pouvoir depuis seulement quinze mois. Le président déchu, le premier et seul chef d’Etat arabe a être élu à l’issue d’une élection jugée libre et transparente, Ould Cheikha Abdallahi a été remplacé par un Conseil d’Etat dirigé par le général Mohamed Ould Abdelaziz, commandant du bataillon de la garde présidentiel (Basep), et chef d’état-major particulier du président de la république.

La cause de ce nouveau coup d’Etat ? Un décret présidentiel lu quelques heures auparavant à la radio nationale annonçant le limogeage des quatre principaux chefs de l’armée mauritanienne. Outre le général, Ould Abdelaziz, figurent dans cette liste le général Mohamed Ould Ghazouani, chef d’Etat major de l’armée nationale, ainsi que les colonels directeur de la gendarmerie et chef de la garde nationale. Le président déchu leur reproche d’être les instigateurs de la grave fronde parlementaire à laquelle il est confronté depuis plusieurs mois et que mènent des députés issus de la majorité présidentielle.

La fronde avait commencé en avril dernier. Au lendemain de la nomination d’un nouveau Premier ministre, Ould Cheikh Abdallahi avait constitué un nouveau gouvernement dans lequel faisaient leur entrée deux partis issus de l’opposition, les islamistes modérés et les anciens maoïstes, ainsi que plusieurs grandes figures de l’ancien PRDS, le parti du chef de l’Etat Maaouiya Ould Taya dont l’éviction est à l’origine du processus démocratique qui a débouché sur l’élection d’Ould Cheikh Abdallahi lui-même. Dénonçant une trahison des engagements pris durant la campagne électorale par ce dernier, ces parlementaires avaient alors brandi la menace d’une motion de censure contre le nouveau gouvernement. Anticipant sur une telle éventualité qui selon lui, « coûterait cher au pays », puisque devant l’obliger à dissoudre le parlement et organsiner de nouvelles législatives, le chef de l’Etat avait choisi de démettre lui-même la nouvelle équipe gouvernementale. Mais le nouveau cabinet mis en place à la mi-juillet n’a pas donné satisfaction aux « frondeurs » même s’il est entièrement composé de partis issus de la majorité présidentielle. Au lieu d’une motion de censure, les députés demandent la convocation d’une session extraordinaire du parlement. L’ordre du jour : une commission d’enquête sur les activités de la fondation caritative mise sur pied par

l’épouse d’Ould Cheikh Abdalahi au lendemain de l’élection de celui-ci. Les parlementaires l’accusent d’avoir bénéficié de façon illégale de financements publics. En guise de réponse, Ould Cheikh Abdallahi, choisit un entretien exclusif avec la télévision Al Jazeera que ses services ont commandé au publiciste français Jacques Séguela. Réfutant toute les accusations adressées contre la fondation de son épouse, il refuse la requête des « frondeurs » et menace ouvertement de dissoudre le parlement. Il évoque aussi ses relations avec les chefs de l’armée. A mots couverts, ses propos laissent entendre que ce sont ces derniers qui seraient derrière la fronde des parlementaires. Parmi les plus farouches partisans d’une telle perspective, une cinquantaine de députés et sénateurs avaient annoncé, lundi, leur démission collective du parti présidentiel. Mercredi, les locaux de ce dernier avaient été fermés par la police et certains de ses dirigeants mis aux arrêts.

L’Union africaine, l’Union européenne et les Etats-Unis ont unanimement condamné ce nouveau coup d’Etat. Mais la France, l’ancienne puissance coloniale et principal partenaire, du pays, s’est contentée de dire qu’elle était « soucieuse de la stabilité de la Mauritanie ».

LEMINE OULDMEDSALEM

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