Et pendant ce temps-là… La guerre en Ossétie

La Géorgie a annoncé vendredi soir avoir repris le contrôle de la quasi-totalité de sa république rebelle d’Ossétie du Sud, où des affrontements auraient fait plus de 1.400 morts. Les forces géorgiennes « contrôlent tout le territoire de l’Ossétie du Sud, à l’exception de Djava », une localité au nord de la capitale Tsinkhvali, a déclaré le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, dans une allocution télévisée.

David déclare la guerre à Goliath

Géorgie Le président Saakachvili veut prendre le contrôle de l’Ossétie du Sud

Les Russes volent au secours des Ossètes. Les combats font rage. Ils auraient fait des centaines de morts.

La gueule patibulaire, le fusil en bandoulière, des Russes, soldats réguliers ou « volontaires », gravissaient vendredi par centaines, juchés sur des tanks, en camions ou autobus, le col qui relie l’Ossétie du Nord (Russie) à l’Ossétie du Sud (Géorgie). Et ils étaient les bienvenus en entrant dans cette région séparatiste, autoproclamée indépendante au lendemain de la chute de l’URSS et que la Géorgie tentait depuis jeudi soir de reconquérir par la force. « L’Ossétie unie, ensemble avec la Russie et Poutine ! », proclamait un slogan peint sur un mur, le long de la route qui serpente dans les superbes montagnes du Caucase vers le cœur de la république indépendantiste. Des dizaines de chars lourds et camions de toutes sortes, transportant troupes, munitions, matériel, se succédaient sur la route…

Les témoignages faisaient état de nombreuses victimes et de destructions matérielles importantes dans les pires combats dans la région depuis que l’Ossétie du Sud a obtenu son indépendance de fait lors d’une guerre contre le pouvoir central de Tbilissi en 1992. La capitale régionale, Tskhinvali, serait dévastée. La ville a été « presque entièrement détruite par les nombreux bombardements à l’arme lourde », a assuré le commandant des forces russes de maintien de la paix, le général Marat Koupakhmetov. D’aucuns parlaient vendredi soir de 1.400 morts.

« La Géorgie a pris le contrôle de la quasi-totalité de l’Ossétie du Sud, dont Tskhinvali », a annoncé vendredi soir le président géorgien Mikheïl Saakachvili, dans ce qui tient sans doute davantage de l’intox que de l’info.

La Russie a accusé les troupes géorgiennes d’avoir tué dix de ses soldats de maintien de la paix stationnés dans la région, alors que la Géorgie a affirmé que l’aviation russe a bombardé plusieurs villages et une base aérienne, détruisant des avions et faisant plusieurs victimes. Tbilissi a également déclaré avoir abattu quatre avions de combats russes au-dessus de son territoire, une information que Moscou n’a pas commentée.

Les Etats-Unis, l’Otan, l’Union européenne et l’OSCE ont appelé les protagonistes à la retenue, les exhortant à résoudre leurs différends par le dialogue. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a déclaré vouloir ouvrir un couloir humanitaire, mais n’avait pas encore été en mesure de venir en aide à la population civile.

Les combats ont éclaté alors que les regards du monde entier étaient rivés sur la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Pékin. Le président Mikhaïl Saakachvili pourrait avoir opté pour la surprise pour tenter de reprendre le contrôle de cette région comme il s’y est depuis longtemps engagé. Il a cependant imputé l’agression à la Russie.

La Russie a confirmé vendredi soir avoir envoyé des renforts, et le Premier ministre Vladimir Poutine a déclaré que la Géorgie s’exposait à des représailles. Le président Dimitri Medvedev a de son côté souligné que la Russie protégerait ses ressortissants « où qu’ils soient ». La plupart des Ossètes du Sud ont effectivement la nationalité russe, offerte par Moscou comme du reste aux habitants de l’Abkhazie (nord-ouest), autre région géorgienne aux velléités séparatistes soutenue par Moscou.

Dans la soirée de vendredi, la Russie a annoncé l’interruption de toutes ses liaisons aériennes avec la Géorgie à compter de ce samedi. Pendant 18 mois, d’octobre 2006 à mars 2008, Moscou avait déjà suspendu les liaisons aériennes, terrestres et maritimes entre la Russie et la Géorgie après l’arrestation dans ce pays de quatre officiers russes accusés d’espionnage.

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait reprendre vendredi soir une réunion d’urgence consacrée à l’escalade des combats à la demande de Tbilissi, a déclaré un diplomate à l’ONU. La nuit précédente, les quinze membres du Conseil de sécurité n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord sur une déclaration appelant les parties à renoncer à l’usage de la force.

Au cours de ce mois, le Conseil de sécurité est présidé par la Belgique (en l’occurrence par l’ambassadeur Jan Grauls). (afp, ap)

Repères

Géorgie. La Géorgie est grande comme deux fois la Belgique et compte 4,5 millions d’habitants. Depuis l’arrivée au pouvoir de Mikheïl Saakachvili, en 2004, à la faveur d’une « révolution rose », la Géorgie est tournée vers l’Occident. Elle aspire à rejoindre l’Otan et l’UE, ce qui met en colère les Russes. Ceux-ci défendent leur « zone d’influence », mais aussi les minorités russes de Géorgie, séparées de la mère patrie suite à l’effondrement de l’URSS.

Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud est une région séparatiste du nord de la Géorgie. Depuis le début des années 90, elle demande son rattachement à l’Ossétie du Nord, qui fait maintenant partie de la Fédération de Russie. Des conflits armés ont déjà opposé les Ossètes du Sud aux Géorgiens, avec de fortes interférences russes. L’Abkhazie, à l’ouest de la Géorgie, est l’autre région séparatiste. Elle aussi bénéficie d’un appui réel de la part de Moscou.

Caucase. Forteresse naturelle, avec les plus grands glaciers d’Europe, le Caucase a toujours été convoité. Il l’est plus que jamais à présent, en raison de sa place au cœur de réseaux énergétiques cruciaux. Il est le théâtre de trois crises nées de l’Histoire : 1) Rebelles musulmans contre Russie dans le Caucase du Nord, et surtout en Tchétchénie ; 2) Géorgie contre Ossètes du Sud et Russie ; 3) Arménie contre Azerbaïdjan au sujet du Nagorny Karabakh.

LABAKI,MAROUN,QUENELLE,BENJAMIN

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