Ouverture à Pékin des JO de la démesure

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Jamais dans l’histoire, on n’avait autant parlé des Jeux. La Chine veut montrer son ouverture au monde. Mais la polémique est omniprésente. Le moment de vérité est arrivé.

De notre envoyé spécial à Pékin

On y est ! Un peu plus de sept ans après s’être vu attribuer les Jeux de la XXIXe olympiade lors de la session de Moscou, celle où, trois jours plus tard, Jacques Rogge allait succéder à Juan Antonio Samaranch à la présidence du Comité international olympique (CIO), Pékin va enfin s’offrir aux yeux du monde.

Cela se passera ce vendredi 8 août 2008, à 20 h 08 locales (14 h 08 en Belgique), heure du coup d’envoi d’une cérémonie d’ouverture que l’on annonce aussi grandiose que les deux semaines de sport qui vont suivre, pour lesquelles la grosse majorité des dix millions de billets ont trouvé preneur. Après Tokyo, en 1964, et Séoul, en 1988, c’est la troisième fois que les Jeux d’été se disputent en Asie.

Mais c’est surtout la première fois qu’ils ont lieu dans le pays le plus peuplé du monde avec son 1,3 milliard d’habitants.

La vitrine pékinoise est prête et s’il n’y avait ce smog, ce nuage de pollution, qui a fait son retour en force ces deux derniers jours malgré les mesures drastiques qui ont été prises ces dernières semaines pour l’éradiquer, la scène que l’on veut bien montrer serait presque parfaite : une ville transformée par des grands travaux urbanistiques monumentaux qui ont largement influencé le budget global de 40 milliards de dollars, des stades « up to date » dont ceux d’athlétisme et de natation, qui feront date, un environnement floral et décoratif d’où rien ne dépasse et qui donne vraiment l’impression que les Jeux sont là, et des milliers de volontaires, partout en surnombre, toujours prêts à aider et à donner ainsi de leur ville l’image la plus positive possible.

Il ne reste plus, en fait, qu’aux athlètes à entrer en scène !

Mais la cérémonie de ce vendredi lancera surtout les Jeux les plus attendus de l’histoire olympique, ceux dont on a le plus parlé et qui ont suscité le plus la polémique depuis ceux de Berlin en 1936, qui avaient constitué une vitrine de choix pour le régime nazi. Les adversaires des JO de Pékin, les ONG de défense des droits de l’homme, sur la brèche depuis 2001 et qui ont intensifié la pression ces derniers mois, provoquant d’ailleurs un regain de nationalisme chez la population, craignent une mainmise identique à celle des sbires d’Adolf Hitler de la part des autorités chinoises ; selon eux, ils ne serviront qu’à légitimer leur régime répressif grâce à la propagande que la quinzaine qui s’annonce va leur offrir sur un plateau.

En sept ans, disent-ils, malgré les promesses faites à l’époque, aucune amélioration en matière de droits de l’homme n’a été observée, que du contraire. Pour accueillir le monde à Pékin, un « grand nettoyage » aurait été effectué.

« Ne politisez pas les Jeux », a pourtant insisté le président Hu Jintao lors d’une rencontre, fait rare, avec la presse étrangère en début de semaine. Une mission évidemment impossible ici, d’autant que la politique n’a cessé de s’inviter au bal olympique, pratiquement lors de chaque édition des JO, depuis 1936 sous la forme de boycotts, de refus d’invitation, de bagarre dans un bassin de water-polo, de gestes de haute teneur symboliques ou, comble de l’horreur, de prise d’otages sanglante. Les Jeux, au contraire de la Coupe du monde de football, l’autre grande compétition sportive mondiale, ont toujours subi les influences du temps qui passe et de l’époque présente, en raison de leur universalité. Ils constituent un incroyable miroir grossissant. A Pékin, 205 nations auront au moins un représentant parmi les quelque 10.500 athlètes engagés ; chacune d’entre elles peut, quelque part, s’y identifier.

Dans ce débat, le CIO continue de marcher sur des œufs. C’est lui qui a fait le choix de venir ici, en Chine, lors du vote historique du 13 juillet 2001, un vote largement influencé par Juan Antonio Samaranch qui, à l’heure du départ, voulait laisser ce « cadeau » en héritage à un cinquième de la population mondiale… mais aussi à ses grands sponsors, alléchés par les possibilités de cet énorme marché.

Pékin avait échoué une première fois de justesse face à Sydney pour l’obtention des Jeux de 2000, elle allait réussir en deuxième session. Sans se voir poser une seule question sur la problématique des droits de l’homme à l’issue de l’exposé final du comité de candidature.

Comme si, d’avance, on s’en lavait les mains. Comme si, surtout, la chose était entendue dès avant le premier tour de scrutin.

« Le CIO est plus respecté que l’ONU, affirmait récemment le philosophe français Robert Redeker dans les colonnes du Monde 2. Les Etats peuvent aller jusqu’à s’humilier devant lui pour ne pas lui déplaire. On peut déplaire à l’ONU, pas au CIO ! On se plie à à ses désirs pour obtenir l’organisation des JO. C’est la Chine qui est redevable au CIO, et non l’inverse. C’est elle qui, politiquement, a besoin des Jeux, donc du CIO. Elle en a besoin pour des raisons de politique intérieure autant que pour s’affirmer comme une grande puissance planétaire. »

Pris sous le feu des critiques, accusé de mollesse face aux autorités chinoises, Jacques Rogge a tenté de faire front, assurant qu’affronter les Chinois de face était la plus mauvaise chose à faire et qu’il préférait la « diplomatie silencieuse » pour éteindre les feux qui se sont propagés surtout depuis les émeutes et la répression de Lhassa, en mars dernier.

Il continue de dire qu’il préfère parler de « verre à moitié plein » plutôt que de « verre à moitié vide » et que les Jeux, quoi qu’il arrive, laisseront une trace indélébile, qu’ils vont promouvoir progrès et développement (c’est déjà fait !), braquer sur la Chine les projecteurs du monde entier (c’est fait aussi !) et permettre, in fine, à la société chinoise de voir sa situation s’améliorer (ce n’est pas encore tout à fait). Il rappelle que Séoul, au moment de l’attribution des Jeux de 1988, en 1981, vivait sous le joug des militaires et n’entretenait des rapports qu’avec 31 autres capitales ; sept ans plus tard, les premiers vrais JO universels furent suivis par une véritable démocratisation de la Corée du Sud.

La Chine peut-elle vraiment espérer un tel scénario ? Ou juste en rêver ?

LE PORTFOLIO : La cérémonie d’ouverture des JO

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